Edito
10H50 - mercredi 12 août 2026

Feria de Béziers : la France des fêtes populaires et traditionnelles

 

 

Du 12 au 16 août, Béziers va une nouvelle fois vivre au rythme de sa Feria. Bandas, bodegas, corridas, flamenco, rues pleines jusqu’au milieu de la nuit : pendant cinq jours, plusieurs centaines de milliers de personnes vont transformer la ville. C’est un grand événement populaire unique dans la région.

Et tout commence mercredi soir par une procession et une messe. À 19 heures, la Vierge prendra la direction des arènes, accompagnée par la Lyre biterroise, avant la messe célébrée à 19 h 30 avec peñas et bandas en la présence de Robert Ménard. Suivront le grand défilé inaugural puis le pregón du maire. Christianisme, histoire locale, culture occitane, traditions taurines et influences espagnoles : Béziers assume tout, sans chercher à réécrire ce qu’elle est. C’est précisément ce qui rend cette Feria intéressante et unique bien au-delà de Béziers. Les grincheux parleront de populisme alors que c’est du pur populaire.

Août, le mois où le Sud retrouve ses traditions

Il suffit de parcourir le Sud de la France en juillet et en août. Les Fêtes de Bayonne viennent de rassembler leurs foules blanches et rouges. Mont-de-Marsan a célébré la Madeleine. Dax s’apprête à vivre sa Feria. Béziers ouvre la sienne. À cela s’ajoutent des dizaines de fêtes votives, courses camarguaises, abrivados, processions et fêtes patronales de la Gascogne à la Méditerranée.

Bien sûr, on y boit, on y mange et on y danse beaucoup. Mais réduire ces rassemblements à de gigantesques fêtes de village serait passer à côté de l’essentiel. Ils sont aussi des moments de transmission. Les générations s’y mélangent, les familles reviennent, les mêmes musiques résonnent, les mêmes couleurs réapparaissent et des villes entières se retrouvent autour de rites qui existaient bien avant ceux qui les célèbrent aujourd’hui.

Dans une France devenue beaucoup plus diverse culturellement, la question de ces traditions communes devient centrale. Une société multiculturelle peut juxtaposer des communautés et leurs cultures respectives. Elle fabrique beaucoup plus difficilement des références communes. Le risque est alors celui d’une société où chacun célèbre ses fêtes, fréquente ses lieux et entretient ses propres références.

Les grandes fêtes populaires françaises proposent exactement l’inverse : elles n’interrogent personne sur son origine. Elles offrent une tradition locale à tous ceux qui souhaitent la partager. Pendant cinq jours, on peut être né à Béziers ou y être arrivé la veille : la Feria est à tout le monde. L’intégration passe aussi par là.

Béziers, douze ans de transformation

Cette Feria prend une dimension particulière lorsqu’on observe ce qu’est devenue Béziers depuis l’arrivée de Robert Ménard à la mairie en 2014.

La ville sortait alors de plusieurs décennies difficiles. L’ancienne cité prospère du vin et du commerce avait subi les crises économiques, la paupérisation d’une partie de sa population, la fermeture de nombreux commerces et la dégradation progressive de son centre. Son patrimoine était considérable, mais la ville avait perdu une partie de son attractivité et surtout de sa réputation.

Douze ans plus tard, on peut apprécier ou non Robert Ménard, ses prises de position et son parcours politique. Mais la transformation de Béziers est difficile à contester lorsqu’on parcourt aujourd’hui son centre-ville.

L’espace public a été réaménagé, les façades restaurées, le patrimoine remis en valeur, les Halles transformées, les Allées Paul-Riquet réinvesties. Propreté, sécurité, esthétique urbaine et revitalisation commerciale ont été placées au centre de la politique municipale.

Feria de Béziers : la France des fêtes populaires et traditionnelles

Ménard a surtout fait de l’identité de Béziers un outil de reconquête de la ville. Là où beaucoup de municipalités cherchent à gommer ce qui pourrait sembler trop traditionnel, trop local ou insuffisamment conforme à l’air du temps, Béziers a choisi d’en faire une force.

La Feria en est chaque année le couronnement. Pendant cinq jours, Béziers expose tout ce qui constitue son identité : ses arènes, son histoire chrétienne, son héritage occitan, ses influences espagnoles, sa culture taurine et cette manière méridionale d’occuper la rue et l’espace public. La ville ne cherche pas à devenir une métropole interchangeable. Elle revendique au contraire ce qui la distingue.

Une France qui ne s’excuse pas d’exister

C’est probablement la principale leçon de ces Ferias. Depuis des années, les pouvoirs publics dépensent des sommes considérables pour fabriquer du « vivre-ensemble », organiser des événements censés créer du lien ou imaginer de nouvelles formes de cohésion. Pendant ce temps, des traditions vieilles parfois de plusieurs siècles continuent à remplir spontanément les rues.

Il y a là une contradiction que notre époque devrait regarder de plus près. On ne crée pas une société uniquement avec des politiques publiques. Une communauté nationale ou locale repose aussi sur ce qu’elle transmet : une langue, des monuments, une gastronomie, des fêtes, des croyances, des habitudes et une mémoire.

Cela n’implique évidemment pas de figer la France dans une carte postale. Les traditions évoluent, se transforment et absorbent de nouvelles influences. La Feria de Béziers elle-même est le produit de multiples héritages. Mais intégrer de nouveaux venus suppose précisément qu’il existe quelque chose auquel ils puissent s’intégrer.

À force de vouloir rendre nos sociétés toujours plus inclusives, nous avons parfois fait exactement l’inverse : multiplier les identités particulières sans suffisamment défendre ce qui pouvait les réunir.

Voilà pourquoi la Feria de Béziers n’est pas anecdotique et tout le monde fait la fête ces soirs là. Comme Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan et toutes les fêtes populaires qui rythment l’été dans le Sud, elle montre qu’une identité locale forte n’empêche pas l’ouverture. Elle peut au contraire en être la condition.

Mercredi soir, une procession entrera dans les arènes. Les bandas joueront, la messe sera célébrée et la ville basculera pour cinq jours dans la fête. Béziers ne demandera à personne d’où il vient. Mais elle saura parfaitement où elle est et d’où elle vient.

 

Sébastien Boussois

Docteur en sciences politiques, consultant et chercheur en géopolitique, collaborateur scientifique CNAM Paris, directeur de l’IGE (Institut Geopolitique Européen). Consultant médias, rédacteur en chef du PAN, hebdo francophone impertinent (www.pan.be)