
« Osez ! Osez voter l’abolition. » Il y a quelques mois, dans les colonnes du grand quotidien libanais Nida’ el-Watan, j’adressais ces mots aux parlementaires libanais. Ils ont osé. Ce mardi 11 août 2026, le Parlement libanais a voté l’abolition de la peine de mort.
Je mesure mes mots : c’est un événement historique. Pour le Liban, bien sûr. Pour tous ceux qui combattent depuis des décennies la peine capitale. Mais surtout pour le monde arabo-musulman, où ce vote constitue une véritable révolution politique, juridique et civilisationnelle.
Il faut comprendre ce qui vient de se produire à Beyrouth. Depuis plus de vingt ans, le Liban n’exécutait déjà plus : la dernière exécution remontait à 2004. Mais la peine capitale demeurait inscrite dans la loi et pouvait toujours être prononcée par les tribunaux. Désormais, le Liban franchit la frontière essentielle qui sépare le moratoire de l’abolition : l’État renonce juridiquement au pouvoir de tuer au nom de la justice.
Il y a quelques mois encore, lorsque j’étais interrogé par Nida’ el-Watan sur la proposition de loi alors en préparation, j’expliquais qu’une abolition libanaise constituerait un tournant dans l’histoire mondiale de ce combat. Je rappelais qu’aucun pays du monde arabe n’avait encore accompli ce geste. La Turquie avait certes aboli la peine capitale en 2004, mais dans un contexte très particulier, celui de sa candidature à l’Union européenne. Le Liban ouvre aujourd’hui une autre voie : celle d’un pays arabe du Moyen-Orient qui décide lui-même de rompre avec la peine de mort.
Et ce précédent peut compter bien au-delà des frontières libanaises. Car toutes les grandes conquêtes politiques commencent quelque part. Pendant longtemps, on nous a expliqué que certaines sociétés n’étaient pas prêtes, que certaines cultures ne pourraient jamais accepter l’abolition, que la situation sécuritaire ou le terrorisme rendaient la peine capitale indispensable. Le Liban apporte aujourd’hui une réponse éclatante à ces arguments. Quel pays, davantage que lui, a connu la guerre, le terrorisme, les assassinats politiques, les conflits confessionnels et les menaces permanentes ? Et c’est précisément ce pays qui, contre les obstacles théologiques d’un Islam souvent dévoyé, ici par le Hezbollah et ses affidés, décide que la justice peut être ferme sans devenir une justice qui tue.
Je veux aussi penser aujourd’hui à tous les abolitionnistes libanais. Dans les années 2000 déjà, une formidable coalition avait failli arracher cette abolition. Je m’étais rendu au Liban à son invitation et à celle de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il s’en était fallu de peu. Beaucoup de ceux qui se battaient alors auraient pu se décourager. Ils ne l’ont pas fait. Plus de vingt ans après, leur persévérance est récompensée. Il faut leur rendre hommage.
À présent, il faut souhaiter que ce courage des Libanais soit contagieux. Que d’autres Parlements, d’autres gouvernements, d’autres sociétés du monde arabe regardent vers Beyrouth et se disent : puisque le Liban l’a fait, pourquoi pas nous ?
Mais le vote libanais raconte peut-être quelque chose de plus grand encore. Depuis l’arrivée du président Joseph Aoun, le Liban semblait engagé dans une forme de révolution politique et institutionnelle. Cette abolition en constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus puissants.
Soyons plus directs : l’abolition de la peine de mort est une victoire poltlique du Liban sur le Hezbollah dont la doctrine et la théologie sont à mille lieux de la modernité.
Dans une région trop souvent enfermée dans les guerres, les affrontements religieux, les ingérences et les logiques de vengeance, le Liban choisit d’envoyer au monde un message de modernité et de réconciliation entre l’Orient et l’Occident.
J’avais dit aux députés libanais : « Osez. » Ils ont osé.
Après l’abolition de la peine de mort, les Accords d’Abraham ?
Beyrouth : nouvelle capitale du monde libre.
Michel Taube
















