
À ceux qui doutent encore des dégâts que peut occasionner le wokisme lorsqu’il accède au pouvoir, il suffit désormais d’observer New York et l’action de son nouveau maire, Zohran Mamdani.
Il faut lire le témoignage à la fois émouvant et inquiétant de l’avocat Eli Albrecht, que publie Opinion Internationale. Il y décrit ce qu’il considère comme une succession de mises à l’écart et de décisions hostiles à la communauté juive depuis l’arrivée de Mamdani à la mairie.
Le dernier épisode est particulièrement troublant.
Le maire vient de dévoiler les dix-huit membres de son Comité consultatif sur la magistrature, censé être « véritablement représentatif de New York ». Selon Eli Albrecht, aucun de ses membres n’est juif. Pas un avocat, pas un ancien juge, pas un professeur de droit juif dans une ville qui abrite l’une des plus importantes communautés juives au monde, et particulièrement dans le monde du droit et de la justice.
Pris isolément, on pourrait parler d’un hasard, d’un choix contestable ou d’une maladresse. Mais Albrecht replace cette décision dans une succession de mesures et de prises de position qui, selon lui, dessinent un phénomène beaucoup plus préoccupant : l’effacement progressif des Juifs de certaines institutions et représentations de la ville.
L’abandon par Mamdani de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (reconnaissant l’antisionisme comme une forme et de la paravent facile de l’antisémitisme), la modification des consignes de la police de New York concernant la protection des lieux de culte, le retrait des Juifs de la carte municipale des héritages de l’immigration, la création aujourd’hui du comité judiciaire Judenrein, pour reprendre les termes d’Abrecht, on le voit venir, quelque chose est en train de changer à New York.
Rappelons que 960 000 Juifs vivent à New-Yorkais, soit un habitant sur neuf. Or les violences contre les juifs augmentent : selon les données du NYPD rapportées pour les sept premiers mois de 2026, 205 crimes de haine antijuifs ont été enregistrés, contre 189 sur la même période en 2025. Les Juifs restent surtout la cible de plus de la moitié des crimes de haine recensés dans la ville. En juillet, un homme portant une kippa a été poignardé à l’Upper West Side lors d’une attaque qui a également visé un homme asiatique.
Cette ville fut pendant plus d’un siècle l’un des symboles les plus éclatants de la réussite juive américaine. Les Juifs ont contribué à son économie, à ses universités, à sa justice, à sa presse, à sa culture, à son cinéma, à sa finance et à sa vie intellectuelle.
N’en déplaise aux antisémites, New York sans les Juifs ne serait tout simplement plus tout à fait New York.
Et voilà qu’au nom d’une idéologie qui prétend pourtant faire de la représentation des minorités l’une de ses obsessions, l’absence totale de Juifs d’une instance aussi symbolique que ce comité judiciaire ne semble provoquer qu’un silence embarrassé.
Certes, Mamdani a maintenu le Mayor’s Office to Combat Antisemitism et son budget 2027 prévoit 26 millions de dollars par an pour l’Office for the Prevention of Hate Crimes.
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Mais comme nous le rappelle l’avocat Albrecht, l’antisémitisme, avant de basculer dans la violence, commence toujours par l’exclusion, la marginalisation, la mise à l’écart… Dans un silence coupable et hypocrite.
La contradiction du wokisme apparaît ici avec l’éclat de l’injustice.
On compte, on classe, on représente, on exige que chaque minorité soit visible. Mais lorsqu’il s’agit des Juifs, cette obsession de la représentation semble soudain disparaître. Une minorité peut donc devenir invisible sans émouvoir ceux qui passent leur temps à dénoncer l’invisibilisation des autres.
L’expérience Mamdani dépasse largement les frontières de New York.
Elle constitue un laboratoire politique pour la gauche radicale occidentale, LFI en tête en France.
Et lorsque l’on mesure la radicalisation d’une partie du Parti démocrate, on comprend aussi davantage pourquoi Donald Trump, malgré sa vulgarité, ses outrances, son imprévisibilité et tout ce qui peut légitimement lui être reproché, continue de rencontrer un tel succès auprès de millions d’Américains.
On ne comprend rien au trumpisme si l’on refuse de mesurer la révolution woke qui menace l’Occident.
New York devait être le phare du progressisme américain. Elle risque de devenir le laboratoire de ses dérives wokes et le modèle d’un nouvel antisémitisme.
Michel Taube



















