Edito
10H44 - vendredi 7 août 2026

Eli Albrecht : « à New-York, le comité judiciaire de Mamdani sans les Juifs. Une impossibilité statistique, un choix politique. »

 

Eli Albrecht : « à New-York, le comité judiciaire de Mamdani sans les Juifs. Une impossibilité statistique, un choix politique. »

Lorsque j’étais avocat au cabinet Gibson Dunn, à Washington, nous emmenions nos collaborateurs d’été au Musée mémorial de l’Holocauste des États-Unis. Un survivant y prit la parole et prononça une phrase qui ne m’a jamais quitté :

« Les juristes doivent savoir que la Shoah n’a pas commencé dans les camps. Elle a commencé lorsque les Juifs ont été exclus des institutions, et avant tout des institutions judiciaires. Les juges ont été démis de leurs fonctions, les avocats radiés du barreau. Puis, une fois les instances juridiques devenues Judenrein – « purifiées de leurs Juifs » –, elles ont adopté des lois qui ont rendu la discrimination systématique et « légale ». »

D’abord, on écarte les Juifs des institutions. Ensuite, ils peuvent être discriminés sans même être représentés.

Lundi, le maire Mamdani a annoncé la composition de son Comité consultatif sur la magistrature (Advisory Committee on the Judiciary), fort de dix-huit membres. Il avait promis une instance « véritablement représentative de la ville de New York ».

Or, parmi ces dix-huit membres, pas un seul n’est juif.

Pas un seul avocat juif, pas un ancien juge juif, pas un professeur de droit juif, dans une ville où un habitant sur huit est juif. Même le juge John Leventhal, pourtant recommandé par la présidente de la Cour suprême de l’État de New York, n’a pas été retenu.

On estime que plus de 50 % des avocats inscrits au barreau de New York sont juifs. Statistiquement, la probabilité qu’aucun Juif ne soit choisi pour siéger dans ce comité est de 0,0004 %.

La marginalisation des Juifs par Mamdani ne date pas d’hier, et rares sont les voix de gauche qui s’en sont émues.

Dès son premier jour de mandat, Mamdani a abrogé l’adoption municipale de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA — une priorité affichée. Il a modifié les consignes de la police de New York concernant la protection des lieux de culte, retiré les Juifs de la carte municipale des héritages de l’immigration, réclamé l’arrestation du Premier ministre du seul État juif au monde, et crée aujourd’hui un comité judiciaire Judenrein.

Ma grand-mère, Leah, a survécu à l’Allemagne nazie. Avant les lois, avant les violences, elle me racontait comment elle avait d’abord été exclue des groupes de son lycée. Puis, une fois écartée de toute activité, elle fut harcelée et progressivement marginalisée.

À New York, nous assistons déjà à cette deuxième étape. Il y a deux semaines, lors d’une fête juive, deux hommes ont été poignardés devant des synagogues de l’Upper West Side, dont l’un portait une kippa. Hier encore, des étudiants juifs ont été agressés. À New York, un acte antisémite est commis toutes les vingt-six heures.

Dans cette ville, un effort concerté est entrepris pour effacer les Juifs de la vie publique et des postes de responsabilité.

Personne, ou presque, à gauche ne s’élève contre cette situation. Si une telle discrimination visait n’importe quelle autre communauté, les protestations seraient assourdissantes.

Soyons clairs : les Juifs trouveront toujours une voie. Beaucoup mettent déjà leurs talents au service d’autres horizons. Lorsque les grands cabinets d’avocats de Wall Street ont fermé leurs portes aux juristes juifs, ceux-ci ont créé leurs propres cabinets, qui comptent aujourd’hui parmi les plus influents. Cardozo, Louis Marshall ou encore Ruth Bader Ginsburg ont eux aussi surmonté les discriminations auxquelles ils étaient confrontés.

Mais New York s’appauvrira de notre absence. Une administration municipale Judenrein — « débarrassée des Juifs » — ne nuit pas seulement aux Juifs ; elle nuit à la ville tout entière.

La véritable tragédie n’est pas seulement que les Juifs aient été exclus des institutions. C’est aussi que les institutions aient été privées des Juifs.

Si vous êtes témoin de cette situation et que vous ne vous êtes pas encore exprimé, je vous invite à le faire.

 

Eli Albrecht
Avocat spécialisé en fusions-acquisitions (M&A)