
Chaque été cherche son tube. Quelques notes faciles à retenir. Un refrain que l’on fredonne sans toujours en comprendre les paroles. Un rythme qui traverse les plages, les terrasses et les soirées. Une mélodie légère, souvent délicieusement insignifiante, dont la seule ambition consiste à rapprocher les corps avant, peut-être, de rapprocher les cœurs. Ces tubes participent un peu de la politique de natalité d’un pays, et l’on constate ses effets 9 mois plus tard.
La chanson de l’été ne prétend généralement pas changer le monde. Elle veut seulement le faire danser.
Cette année, pourtant, la chanson de l’été est différente. Elle s’appelle We Will Dance Again. Elle est signée Boy George.
Le chanteur de Culture Club, l’interprète inoubliable de Do You Really Want to Hurt Me? et de Karma Chameleon, l’une des figures les plus singulières de la pop britannique, a choisi de rompre avec la prudence ordinaire du monde du spectacle.
Né George Alan O’Dowd et élevé dans une famille ouvrière catholique irlandaise, il n’est ni israélien ni juif. Il n’avait aucun intérêt personnel à entrer dans cette bataille. Il pouvait se taire, comme tant d’autres. Continuer à chanter les succès qui ont fait sa gloire, faire du fric facilement, et laisser les courageux anonymes affronter seuls la haine du moment.
Il a choisi de parler. Mieux encore : il a choisi de chanter.
Danser après le massacre
Le titre de sa chanson reprend la formule devenue l’un des symboles de la résistance morale des survivants du festival Nova en Israël: « We will dance again ».
Nous danserons de nouveau.
Le 7 octobre 2023, des jeunes étaient venus écouter de la musique et danser dans le désert. Ils furent massacrés, violés, brûlés, enlevés par les barbares terroristes du Hamas. Selon le bilan aujourd’hui retenu pour le festival, 378 personnes y furent tuées et des dizaines emmenées en otage. Rien que sur ce festival. 3 fois le nombre de morts du Bataclan, à Paris, par les barbares de Daesh. En proportion des populations, c’est comme si en France, près de 2500 personnes avaient été massacrés à un simple festival de musique !
Leur crime ? Danser. Être libres. Être là. S’amuser. Faire la fête ensemble. Être juifs, israéliens ou simplement présents au milieu d’eux.
La danse, ce jour-là, fut interrompue par la barbarie. Dire que l’on dansera de nouveau ne relève donc pas seulement de la fête. C’est une promesse civilisationnelle.
Les terroristes voulaient imposer la peur. Les survivants répondent par la vie. Ils voulaient transformer la musique en cris. Boy George répond par une chanson. Ils voulaient que le 7 octobre soit le dernier mot. Lui refuse de leur en abandonner la conclusion.
Le courage devenu incongru
Le morceau est musicalement simple. Une mélodie pop-reggae, un refrain immédiatement mémorisable, presque dansant. Mais les mots, eux, ne se dérobent pas.
Boy George rappelle l’origine de la guerre. Il refuse que le 7 octobre disparaisse derrière le récit construit, déconstruit devrais-je écrire, depuis lors. Il conteste la qualification de génocide de la réponse militaire de l’armée israélienne, il rappelle ce qu’est une guerre. Il dénonce la mémoire sélective d’une trop grande partie du monde culturel et proclame, sans détour : « I stand with the Jews ».
Cette phrase devrait être banale. Elle est devenue courageuse. Voilà peut-être le plus inquiétant.
Dans une société équilibrée, dire sa solidarité avec les Juifs après le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah ne devrait exposer personne à la vindicte. Cela devrait relever de l’humanité élémentaire.
Mais notre époque a renversé les rôles avec une efficacité terrifiante.
Le pogrom est relativisé. Les viols sont contestés ou transformés en actes de résistance. Les otages disparaissent derrière les slogans. Israël, attaqué sur son territoire par une organisation qui revendique sa destruction, devient l’unique accusé. Et celui qui rappelle la chronologie des faits est immédiatement soupçonné de complicité avec tous les malheurs du monde.
La meute numérique, prête à agir dès avant le 7 octobre, ne discute plus. Elle désigne. Elle insulte. Elle intimide. Elle exige des artistes qu’ils brandissent le bon drapeau, reprennent le bon vocabulaire et récitent le mantra autorisé. Sinon…
La liberté artistique demeure entière, à condition de penser comme la foule. C’est aussi cela le fascisme version islamo-gauchiste !
Le nouveau conformisme culturel
Le monde de la culture aime se raconter comme un espace de liberté. Il aime les rebelles. Mais depuis le lavage des cerveaux orchestré par les islamistes et leurs idiots utiles, une condition : qu’ils se rebellent dans la direction convenue.
Ce petit monde célèbre la transgression lorsqu’elle conforte le consensus de son milieu. Mais que quelqu’un refuse soudain la doxa, qu’il rappelle le massacre du 7 octobre, exprime sa solidarité avec les Juifs ou admette qu’Israël puisse avoir le droit de combattre le Hamas, et la tolérance s’évanouit.
L’artiste devient infréquentable. Il faut le boycotter. Le déprogrammer. L’isoler. Lui expliquer que son art n’a plus droit de cité.
Boy George en a fait l’expérience. La sortie de sa chanson a déclenché une violente campagne contre lui. Quelques jours plus tard, il quittait la production londonienne de Jesus Christ Superstar, son entourage expliquant vouloir préserver le spectacle de la controverse.
La coïncidence possède une ironie presque trop parfaite. Un artiste élevé dans une famille catholique irlandaise chante son soutien aux Juifs et doit renoncer à jouer dans une œuvre consacrée à Jésus.
On chercherait en vain meilleure parabole de notre époque.
Boy George avait pourtant pris soin de préciser qu’il pleurait les vies innocentes perdues de part et d’autre et qu’il voyait sa chanson comme un hommage aux victimes et un appel à la paix. Mais la nuance intéresse peu les tribunaux numériques. Elle ralentit le verdict et gêne la condamnation. La meute islamo-gauchiste est manichéenne, c’est noir ou blanc, il n’y a aucune place laissée à la nuance, à l’esprit critique, à la prise de recul.
Une chanson ne remplace pas l’analyse et l’esprit critique
On peut débattre. Critiquer la stratégie du gouvernement israélien. Interroger la conduite des opérations militaires. Déplorer chaque vie civile perdue. Exiger que le droit international humanitaire soit respecté. Partout.
Mais débattre exige de commencer par les faits. Une guerre n’efface pas l’agression qui l’a déclenchée. Un terroriste n’est pas un combattant de la liberté parce que sa victime est juive. Un viol ne peut jamais être considéré comme un acte de résistance. Un otage arraché à sa famille n’est pas un prisonnier de guerre.
Et la compassion pour les civils palestiniens ne devrait jamais obliger à oublier les victimes israéliennes. L’humanité n’est pas un jeu à somme nulle. Pleurer un enfant palestinien n’interdit pas de pleurer un enfant israélien.
Mais soutenir les droits des Palestiniens ne peut conduire à blanchir le Hamas, pas plus que soutenir Israël ne devrait dispenser de toute interrogation sur les décisions de son gouvernement. Le courage consiste peut-être aujourd’hui à conserver les deux yeux ouverts lorsque tant de militants exigent que nous en fermions un.
Le geste immense d’un texte simple
Les paroles de We Will Dance Again ne sont pas celles d’un traité de philosophie politique. Elles ne prétendent pas résoudre un conflit centenaire, manipulé par le KGB auparavant, par les islamistes et frères musulmans aujourd’hui, comme par leurs vassaux politiques.
Elles accomplissent quelque chose de plus modeste et, dans le climat actuel, presque plus rare : elles refusent l’abandon. Boy George dit aux Juifs qu’ils ne sont pas seuls. Il rappelle aux survivants de Nova que leur danse n’est pas terminée. Il dit à ceux qui voudraient les contraindre au silence que l’intimidation n’a pas entièrement gagné.
Un texte simple peut alors devenir un geste immense.
Car la valeur d’une parole ne se mesure pas seulement à sa profondeur littéraire. Elle se mesure aussi au moment où elle est prononcée et au prix que son auteur accepte de payer. Il est facile de soutenir une cause lorsqu’elle garantit les applaudissements. Il est plus difficile de conserver une parole libre lorsque les applaudissements deviennent des huées.
Boy George affirme ne pas se sentir courageux, mais simplement tenu de se comporter en être humain. C’est précisément ce qui rend son geste courageux : il accomplit comme une évidence morale ce que tant d’autres n’osent plus faire.
La chanson de l’avenir
Une bonne chanson de l’été rapproche les gens. Elle traverse les générations. Elle fait tomber les défenses. Elle autorise quelques heures d’insouciance dans un monde qui en offre de moins en moins. Et, dit-on avec un sourire, certaines chansons d’été auraient même la vertu d’augmenter la natalité neuf mois plus tard.
Pourquoi pas ? Après tout, faire un enfant constitue peut-être le plus grand acte de confiance que l’on puisse accomplir. Il faut croire que demain existera. Que le monde sera encore habitable. Que l’amour pourra l’emporter sur la peur. Que la vie mérite d’être transmise malgré les guerres, les haines et les menaces. Malgré les morts.
De ce point de vue, We Will Dance Again possède toutes les qualités requises.
Elle veut réunir. Elle veut ouvrir les yeux. Elle veut remettre les corps en mouvement après que la terreur a voulu les figer. Elle ne promet pas un monde sans guerre. Elle nomme correctement les choses pour diminuer le malheur du monde. Elle ne crie pas au génocide. Elle ne nomme pas « acte militaire » un pogrom terroriste barbare. Elle appelle un chat un chat, une réponse militaire une réponse militaire. Elle affirme que la barbarie ne recevra pas le dernier mot.
Danser de nouveau, c’est aimer de nouveau. Aimer de nouveau, c’est espérer. Et espérer, c’est déjà donner une chance à l’avenir.
Alors oui, la chanson de l’été 2026 est sans conteste celle de Boy George. Non parce qu’elle est la plus parfaite, mais parce qu’elle est la plus nécessaire.
Dans le bruit des slogans, elle rappelle une vérité simple : défendre les Juifs ne devrait jamais constituer un acte de bravoure. Mais puisque cela en est redevenu un, saluons ceux qui l’accomplissent. Les terroristes avaient voulu arrêter la danse. Boy George relance la musique. Nous danserons de nouveau.
Et peut-être, neuf mois plus tard, quelques enfants naîtront-ils dans un monde qui aura retrouvé un peu de courage. C’est la plus belle réponse à apporter aux terroristes qui sèment la mort comme à ceux qui entretiennent le mensonge et cherchent à en profiter.
Bravo Boy George. Au tour à présent de Jean Jacques Goldman, Céline Dion, Mick Jagger, Mylène Farmer… ? Courage
Patrick Pilcer
Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers.


















