
Les Jeux du Commonwealth ont souvent été considérés comme l’héritage sportif d’une autre époque. Nés en 1930, ils célèbrent cette année un anniversaire symbolique : leur centenaire. Mais au moment où la flamme s’est éteinte à Glasgow, une autre question s’est imposée : quel avenir pour cette compétition, longtemps fragilisée par des difficultés financières et par le retrait successif de plusieurs villes candidates ?
La réponse se trouve désormais en Inde.
À l’issue des Jeux de Glasgow 2026, qui se sont déroulés du 23 juillet au 2 août, le relais est officiellement passé à Ahmedabad – ou Amdavad, selon son appellation en gujarati –, désignée ville hôte des Jeux du Commonwealth 2030, l’édition du centenaire.
Une compétition sauvée… avant de renaître ?
L’histoire récente des Jeux du Commonwealth n’a pas été un long fleuve tranquille.
Après le retrait de Durban en 2022 puis de Victoria en Australie en 2023, nombreux étaient ceux qui s’interrogent sur leur viabilité. Glasgow a accepté d’organiser une édition profondément repensée : un budget réduit, des infrastructures existantes et un programme resserré autour de 10 sports, contre 19 lors des Jeux de Birmingham en 2022.
Le pari semble avoir été gagné.
Plus de 434 000 spectateurs ont assisté aux compétitions durant onze jours, démontrant qu’un modèle plus sobre pouvait préserver l’esprit des Jeux sans sacrifier leur qualité sportive.
Mais Glasgow était aussi une transition.
Tous les regards sont désormais tournés vers l’Inde.
Ahmedabad, un symbole pour l’Inde

Ce sera la deuxième fois que l’Inde accueillera les Jeux, vingt ans après New Delhi 2010, et la troisième édition organisée en Asie. Les 74 associations nationales du Commonwealth sont attendues.
L’événement revêt également une portée nationale.
Pour Narendra Modi, ancien ministre en chef du Gujarat, Amdavad représente bien davantage qu’une métropole économique. Elle est devenue la vitrine des ambitions de l’Inde moderne, avec des investissements massifs dans les infrastructures, les transports et les équipements sportifs.
Le choix d’Amdavad dépasse d’ailleurs largement le seul cadre des Jeux du Commonwealth. La métropole du Gujarat est aujourd’hui au cœur de la candidature de l’Inde pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques de 2036. New Delhi a officiellement présenté Amdavad comme ville hôte auprès du Comité international olympique (CIO) et poursuit son dialogue avec l’instance olympique dans le cadre du nouveau processus de sélection. La décision finale n’est pas attendue avant 2029, mais l’Inde affiche clairement son ambition de rejoindre le cercle très fermé des nations organisatrices des Jeux olympiques.
Dans cette perspective, Amdavad 2030 constitue bien plus qu’un rendez-vous sportif. Le succès des Jeux du Commonwealth serait un formidable banc d’essai pour démontrer la capacité de l’Inde à organiser un méga-événement multisports, à maîtriser des infrastructures de niveau mondial et à convaincre le CIO que le pays est prêt pour l’échéance olympique de 2036. Comme souvent dans l’histoire du sport, le Commonwealth pourrait ainsi devenir le prélude des Jeux olympiques.
Une édition plus ambitieuse
Contrairement au format réduit de Glasgow, Amdavad 2030 devrait retrouver une programmation beaucoup plus complète.
Entre 15 et 17 sports sont prévus, avec les disciplines traditionnelles – athlétisme, natation, boxe, gymnastique, netball ou haltérophilie – auxquelles pourraient s’ajouter le cricket T20, le tir, le squash, le hockey ou encore le triathlon. Les organisateurs disposent également de la possibilité d’intégrer jusqu’à deux sports traditionnels, une ouverture qui nourrit déjà les discussions autour du kabaddi ou du yoga.
L’objectif est clair : faire de cette édition du centenaire une vitrine du sport indien et du dynamisme de l’Asie.
Une ambition sportive… et géopolitique
L’Inde ne cache plus ses ambitions.
Ces dernières années, elle a accueilli avec succès le sommet du G20, développé son industrie spatiale, renforcé sa présence dans les grandes enceintes diplomatiques, organisé des événements technologiques d’envergure internationale et s’est imposée comme l’une des économies les plus dynamiques du G20.
Le sport fait désormais partie de cette stratégie d’influence.
Comme l’a déclaré Dr Donald Rukare, président de Commonwealth Sport, l’attribution des Jeux à l’Inde ouvre « une nouvelle ère » pour le mouvement, saluant un pays qui apporte « échelle, jeunesse, ambition, passion sportive et pertinence ».
Cette vision est partagée par P. T. Usha, présidente de l’Association des Jeux du Commonwealth de l’Inde, qui voit dans Amdavad 2030 l’occasion de « poser les fondations du siècle prochain » du mouvement sportif du Commonwealth.
Un défi à la hauteur des attentes
Pour autant, rien n’est acquis.
Les Jeux du Commonwealth devront continuer à démontrer leur utilité dans un calendrier sportif toujours plus dense, entre Jeux olympiques, championnats du monde et compétitions continentales.
L’Inde devra également convaincre que l’organisation d’un événement d’une telle ampleur peut conjuguer excellence sportive, maîtrise budgétaire, durabilité environnementale et héritage pour les populations locales.
Les attentes seront immenses.
Mais elles le sont parce que les ambitions le sont aussi.
Au-delà du sport
En réalité, Ahmedabad 2030 dépasse largement le cadre d’une compétition multisports.
Il s’agira d’un test grandeur nature de la capacité de l’Inde à organiser les plus grands événements internationaux du XXIᵉ siècle.
Le centenaire des Jeux du Commonwealth sera observé bien au-delà des stades.
Par les investisseurs.
Par les diplomates.
Par les institutions sportives internationales.
Et naturellement par le Comité international olympique.
Au fond, Glasgow aura démontré que les Jeux du Commonwealth pouvaient survivre en se réinventant.
Ahmedabad devra maintenant prouver qu’ils peuvent retrouver une nouvelle ambition.
Pour l’Inde, l’enjeu dépasse largement les médailles : il s’agit de montrer qu’une puissance émergente peut aussi devenir une grande nation organisatrice, capable de conjuguer sport, innovation, diplomatie et rayonnement international.
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