Edito
13H12 - samedi 1 août 2026

Neuf livres pour un été de traversées. La chronique d’Anne Dézîles

 

Chaque été ouvre des chemins. Certains mènent vers des paysages inconnus et d’autres intimes. Les neufs livres qui suivent empruntent ces deux directions.  Ils nous conduisent vers le Sud, la guerre, l’enfance et la mémoire avant de nous ramener vers nous-mêmes.

Sous le soleil de Sicile

Avec « Volare » Serena Giuliano (Calmann-Lévy) rappelle que la Sicile n’est pas seulement un décor. L’île devient un personnage, offre à l’héroïne une respiration singulière et baigne le récit d’une lumière qui accompagne sa son chemin vers l’apaisement.

Au XIVème siècle, en Sicile également « La Guérisseuse de Catane » de Simona Lo Iacono (Métailié) ressuscite Virdimura, première femme officiellement autorisée à exercer la médecine, jugée pour avoir osé soigner seule.

Deux romans, une même terre, un même courage de femmes à des époques différentes.

Quand l’amour rencontre l’Histoire

Changement de décor avec « L’italien » d’Arturo Pérez-Reverte (Gallimard). Sur fond de Seconde Guerre mondiale, une rencontre improbable réunit une libraire espagnole et un plongeur de combat italien. L’amour avance au rythme du danger, dans une Méditerranée où la beauté des paysages répond à la violence de l’Histoire. Un roman d’aventure et de passion.

Les pays de l’enfance

« Tendre Maroc » d’Emmanuelle de Boysson (Calmann-Lévy) se lit comme on respire un parfum d’oranger. Fidèle à son écriture sensible et élégante, l’autrice retrouve à Mohammedia les paysages de son enfance pour composer un récit d’une grande finesse où les lieux deviennent les gardiens de la mémoire.

Prix Goncourt des lycéens, « Madeleine avant l’aube » de Sandrine Collette (JC Lattès) décrit une enfance sauvage, presque animale, celle d’une petite fille surgie d’un bois pour s’immiscer dans le quotidien de familles pauvres d’une campagne rude. Son apparition bouscule l’ordre établi et les certitudes de chacun. Avec Sandrine Collette on retrouve cette écriture âpre qui façonne ou déforme un être dès ses premières années.

« DJ Bambi » d’Auður Ava Ólafsdóttir (Zulma)aborde l’enfance sous un autre angle. À 61 ans, Logn, biochimiste islandaise née dans un corps d’homme mais femme depuis toujours, refuse de mourir sans avoir enfin habité sa propre vie. Avec délicatesse et une pointe d’autodérision, le roman remonte le fil d’une existence entière pour dire ce que l’on porte parfois en silence depuis l’enfance jusqu’au jour où vivre autrement devient enfin possible.

Ce que nous portons

Chaque été, il y a des livres qui accablent davantage le lecteur. « Le Convoi » de Beata Umubyeyi Mairesse (Flammarion) est de ceux-là. Quinze ans après les faits, l’autrice reconstitue sa propre fuite hors du Rwanda en 1994, sauvée in extremis par un convoi humanitaire suisse. Elle part à la recherche des témoins et des images de ce jour où sa vie a basculé. Un texte sobre qui oblige le lecteur à regarder autrement ce qu’il croyait connaître.

Dans un passé tout différent, mais avec la même exigence de vérité, « Le Fardeau » de Matthieu Niango (Mialet-Barrault) part d’un aveu tardif. La mère de l’auteur, à plus de soixante ans, lui révèle qu’elle a été adoptée. S’ouvre alors une enquête généalogique vertigineuse qui le mène jusqu’à un Lebensborn – ces pouponnières où les nazis élevaient des enfants destinés à devenir de « purs Aryens » – et à la découverte d’un grand-père officier SS et d’une grand-mère juive hongroise. Français et ivoirien, descendant à la fois d’un bourreau et d’une victime, Matthieu Niango explore sans céder à la facilité ce que l’on hérite malgré soi, et ce que l’on peut choisir d’en faire.

 

Le voyage intérieur

Nous quittons cette sélection avec « L’Ensorcelé » de Nicolas Chemla (Le Cherche-Midi). Après avoir traversé des pays, des guerres et des histoires familiales, il restait une exploration : celle de soi-même. Nicolas Chemla mêle avec une écriture remarquable une réflexion sur l’identité et la quête spirituelle.

Chaque été nous fait traverser des paysages. Les meilleurs romans nous font traverser un peu plus que cela et nous rappellent que tout voyage finit par nous ramener à nous-même.

 

Anne Dézîles

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