
Il y a des images qui frappent plus fort que tous les discours. Ceuta, 60 000 migrants qui forcent l’entrée de la petite enclave espagnole en terre africaine. On a beau dénoncer depuis des années l’immigration sans contrôle, on reste quand même saisi. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est l’instinct de survie.
On tente de nous expliquer : le laxisme fou du Premier ministre espagnol qui ouvre la porte à la régularisation de plus d’un demi-million de clandestins, la décision de la Cour suprême qui interdit de renvoyer ceux qui arrivent par la mer, le chantage migratoire du Maroc pour faire plier Madrid sur le Sahara occidental. Tout cela est vrai. Mais cela ne suffit pas.
Ce qui se passe à Ceuta n’est pas un accident. C’est l’avant-goût de ce qui menace l’Europe. Une déferlante déjà à l’œuvre, pas partout, mais dans de trop nombreux quartiers, de trop nombreuses villes, de trop nombreux départements.
On comprend ce qui pousse ces hommes et ces femmes : le rêve d’une vie meilleure, la misère, le climat qui rend tout plus précaire. Mais comprendre n’oblige pas à baisser les bras. Rester spectateur, c’est accepter de perdre.
Cette immigration sans limite met en danger notre modèle social, notre État-providence, nos logements sociaux transformés en ghettos où les noms sur les boîtes aux lettres disent déjà la réalité. Elle met en danger notre façon de vivre. Quand certains imposent un autre modèle – vêtement, alimentation, place de la femme, place de la religion – on a le droit, et même le devoir, de se demander si la coexistence est encore possible et comment l’organiser.
Il ne s’agit pas de regretter une France figée. Que le pays change ne me trouble pas. Ce qui est intolérable, c’est la négation de ce qui fait venir ces migrants – d’Afrique notamment -, chez nous : la liberté. Pas seulement la liberté politique. La liberté individuelle. Celle qui permet à une femme de ne pas être assignée à une place parce qu’elle est femme. Il faut ne rien connaître de l’Afrique pour taire ce que représente encore, là-bas, la famille élargie : un filet de sécurité, oui, mais aussi un carcan qui étouffe.
Mettre l’Espagne au ban de l’Europe, comme le demande Giorgia Meloni ? Elle a raison. Renforcer nos contrôles à la frontière avec l’Espagne, comme le propose Emmanuel Macron ? Bien sûr ! Mais ce n’est pas assez. Ceuta nous oblige à aller beaucoup plus loin. Sur les visas : comment justifier qu’on en délivre encore près de 250 000 par an à l’Algérie ? Sur les expulsions : il faut renvoyer les clandestins qui commettent des délits ou des crimes, sans délai ni excuse. Sur l’aide au développement : pourquoi continuer à financer des États qui nous méprisent et nous font chanter ?
Pour cela, il faut du courage. Même à droite, on en a cruellement manqué ces dernières années. Il faut aussi dire clairement à nos concitoyens issus de l’immigration que le repli communautaire est une défaite. C’est renoncer à ce qu’ils sont venus chercher ici. Il faut trouver les mots justes : francs, nets, sans détour, mais sans blesser, sans humilier. Qui en est capable aujourd’hui ?
Robert Ménard
Maire de Béziers et Président de la communauté d’agglomération Béziers Méditerranée

















