
A Ceuta, enclave espagnole au Maroc, plus de 60.000 migrants ont pénétré dans l’espace européen en l’espace de vingt-quatre heures. Ce chiffre, s’il se confirme, et quand bien même 50.000 d’entre eux auraient déjà été refoulés, illustre l’ampleur de la pression migratoire qui s’exerce aujourd’hui sur les frontières méridionales de l’Europe, de la Méditerranée aux Balkans, jusqu’aux frontières orientales de l’Union.
Ceuta pourrait bien devenir le nouveau Lampedusa si l’Europe ne réagit pas avec détermination.
Les autorités espagnoles et marocaines ont procédé à des reconduites rapides vers le Maroc, avant même que nombre de migrants ne puissent déposer une demande d’asile. Cette méthode suscite des critiques. Pourtant, une évidence demeure : l’immense majorité de ces personnes ne fuit pas des persécutions politiques mais cherche de meilleures conditions de vie. La distinction entre réfugiés et migrants économiques ne peut plus être éludée.
Ceuta et Lampedusa racontent la même histoire : celle d’une Europe confrontée à une pression migratoire permanente sur ses frontières extérieures. Ce n’est pas un hasard si, forte de l’expérience de Lampedusa, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, critique régulièrement la politique migratoire du gouvernement espagnol de Pedro Sánchez, qu’elle juge trop permissive. Les pays de première ligne savent mieux que quiconque ce que représente cette pression quotidienne.
L’Europe ne retrouvera la maîtrise de ses frontières qu’en assumant une politique de fermeté. Policiers, gendarmes, garde-côtes et forces armées des États souverains doivent redevenir les premiers remparts de la sécurité européenne. Protéger une frontière n’est ni un reniement des valeurs européennes ni une atteinte aux droits fondamentaux : c’est l’une des missions premières d’un État.
Mais il faut aller plus loin. Ceuta comme Lampedusa sont des points d’entrée maritimes particulièrement vulnérables. Depuis des années, nous défendons l’idée d’une véritable force navale européenne mobilisant les marines française, espagnole, italienne, grecque et croate afin de faire barrage et de contrôler efficacement les routes maritimes empruntées par les réseaux de passeurs. Car derrière ces traversées se cachent des organisations criminelles qui exploitent la misère humaine et défient quotidiennement les États européens.
Face à des navires militaires, les embarcations rebrousseront chemin et finalement ne prendront plus le large.
L’Europe doit reprendre le contrôle de son destin migratoire. Cela suppose également de revoir le fonctionnement de l’espace Schengen. La libre circulation ne peut fonctionner durablement que si les frontières extérieures sont effectivement protégées. Schengen doit demeurer un espace de circulation réservé aux citoyens européens ainsi qu’aux étrangers régulièrement installés sur le territoire de l’Union.
Ensuite, les accords migratoires et financiers signés par l’Union européenne avec la Turquie et la Tunisie doivent être remis à plat. Ils ont permis, certes, de stopper net la venue massive de migrants partis des frontières turques et tunisiennes, mais à quel prix ? A quels renoncements démocratiques au vu des emprisonnements arbitraires de tous opposants supposés par Erdogan et Saïed.
Enfin, l’Union européenne a adopté, sous l’impulsion des droites au Parlement européen, une nouvelle politique restrictive consistant notamment à envoyer dans des pays tiers des OQTF dont les pays d’origine ne veulent pas. Est-ce la panacée ?
Sans frontières maîtrisées, il n’y a ni souveraineté, ni sécurité, ni confiance des peuples. Ceuta est un avertissement. L’Europe serait bien inspirée de l’entendre avant qu’il ne soit trop tard.
Michel Taube




















