
Les flammes dévorent aujourd’hui la Gironde, les Landes et le Var. Des milliers d’hectares disparaissent sous nos yeux impuissants. Des familles quittent leur maison.
Des pompiers, aidés de nombreux bénévoles, combattent, au péril de leur vie, un ennemi que chacun savait pourtant inévitable.
Chaque été ou presque, le feu revient, souvent à cause de pyromanes. Chaque été ou presque, nous découvrons que nous manquons de moyens, d’avions, d’hommes, de réserves. Que nous avons retardé le plus possible les investissements pourtant indispensables. Mais pourquoi investir aujourd’hui pour prévenir les incendies de demain lorsque toute l’énergie de l’État est absorbée par la gestion du présent ?
Ainsi en 2022, Macron promettait 16 Canadair d’ici 2027. Nous n’en avons toujours que 12 !
Comme si prévoir était devenu un luxe. Comme si gouverner consistait à gérer l’urgence plutôt qu’à préparer l’avenir.
Cette image dépasse malheureusement les seuls incendies : elle est devenue celle de la France. Le sud-ouest brûle, mais notre République aussi, et nous regardons ailleurs !
Car un autre feu progresse depuis plusieurs années. Celui de la fragmentation, de l’éclatement, de « l’archipélisation ». Celui de la défiance. Celui de l’affaiblissement de tout ce qui faisait notre force collective : une République Indivisible Laïque Démocratique et Sociale.
Jamais, sous la Ve République, les partis de gouvernement n’ont été aussi faibles.
Jamais les extrêmes n’ont été aussi puissants.
Jamais les Français n’ont autant douté de leur école, de leur justice, de leur hôpital ou de leur capacité à transmettre un avenir meilleur à leurs enfants.
Jamais, depuis des décennies, la haine des juifs n’avait atteint un niveau aussi préoccupant. Préoccupant car c’est le signal de détresse ultime quand une démocratie est en danger mortel.
Et pourtant, le pouvoir continue d’agir comme si chaque crise était indépendante des autres. Comme si l’on pouvait traiter les symptômes sans jamais s’interroger sur la maladie.
Le propre d’un incendie est de ne pas prévenir lorsqu’il devient incontrôlable. Pendant longtemps, il ne produit que quelques fumées. Puis soudain, il devient impossible à maîtriser.
La destruction de notre République obéit à la même logique.
Pendant des années, on croit que l’on peut gouverner sans majorité. Que l’on peut affaiblir les corps intermédiaires. Détruire systématiquement les partis républicains. Les dépouiller progressivement de leurs élus, de leurs cadres, de leurs électeurs et parfois même de leur raison d’être. Humilier leurs élus locaux. Saper leurs bases.
Et surtout décider seul.
Remplacer les réformes par des concours de communication. Faire de chaque crise un exercice de mise en scène, comme lors des Gilets Jaunes. Lorsqu’il n’a pas peur de manifester !
Puis un jour, on découvre que plus rien ne tient. Que les digues ont disparu. Que les institutions résistent encore, mais que la confiance s’est consumée.
Le plus inquiétant n’est peut-être pas l’affaiblissement de l’État. C’est celui de la société. Car une République ne s’effondre jamais uniquement parce que ses finances se dégradent. Elle vacille lorsque les citoyens cessent de penser qu’elle peut encore les protéger. Protéger leurs enfants, leur sécurité, leur santé, leur école, leur travail, leur avenir.
Le président de la République aura souvent expliqué qu’il voulait dépasser les anciens clivages. En réalité, il les a souvent remplacés par un face-à-face permanent entre lui-même et les extrêmes.
Ce qui devait les contenir les a renforcés. Ce qui devait moderniser le pays a parfois contribué à l’épuiser. Ce qui devait dépasser les partis de gouvernement les a laissés exsangues.
Une démocratie ne vit pourtant jamais longtemps sans un bloc républicain de gouvernement solide. Lorsque ce bloc s’effondre, les extrêmes avancent toujours.
L’histoire européenne nous l’a enseigné suffisamment de fois.
La politique de la terre brûlée consiste à laisser derrière soi un paysage où plus rien ne peut repousser. Où les institutions sont contestées. Où les partis républicains sont affaiblis. Où les mots eux-mêmes perdent leur sens. Où chacun finit par considérer son voisin comme un adversaire.
Reconstruire une forêt demande parfois un siècle. Reconstruire une démocratie demande souvent une génération.
Mais la détruire ne prend que quelques années. Depuis trop longtemps, « on » a sapé les fondements de notre République, et « on » a ligoté les mains de nos « sapeurs-pompiers républicains ».
Il est encore temps d’éteindre nos incendies. À condition de comprendre qu’ils ne ravagent pas seulement nos forêts. Ils consument lentement la confiance qui faisait tenir la République.
On peut reconstruire une forêt avec du temps, mais on ne reconstruit pas une République sur des cendres.
Que restera-t-il des dix ans de Macron ? des forêts dévastées, des extrémistes aux portes du pouvoir, des citoyens toujours plus nombreux qui évacuent le pays, quand ils le peuvent, avant qu’il ne soit trop tard et une loi sur la fin de vie !
Il est encore temps de réagir et d’empêcher ce suicide collectif !
Patrick Pilcer
Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers.


















