Edito
13H26 - samedi 25 juillet 2026

Et l’Iran des mollahs mit la main sur la Tunisie de Saïed… La chronique de Zorba le Tunisien

 

Et l’Iran des mollahs mit la main sur la Tunisie de Saïed… La chronique de Zorba le Tunisien

La Tunisie crève. Non pas de la fièvre d’un été caniculaire qui impose des délestages électriques de sept heures par jour, ni même des factures impayées d’une STEG exsangue. Elle crève d’un mal plus profond, plus insidieux : la trahison de son génie national par un pouvoir qui, sous couvert de souverainisme populiste, livre les clefs du palais de Carthage à des influences extérieures dont le projet n’est autre que l’effacement de l’identité bourguibienne au profit d’un modèle théocratique importé.

L’état du pays est catastrophique. Dette publique galopante frôlant les 85 % du PIB, chômage officiel à plus de 16 % (et bien plus chez les jeunes diplômés), exode massif des cerveaux – médecins, ingénieurs, compétences vitales –, inflation persistante, investissements privés en berne, tourisme et phosphates à la traîne, coupures d’eau et d’électricité qui tuent littéralement (patients en oxygène, hôpitaux en détresse). Les protestations se multiplient, la répression aussi : arrestations massives d’opposants, journalistes, avocats, défenseurs des droits.

Les jours du régime de Saïed sont-ils comptés, comme nous le rappelons avec Michel Taube.

En attendant, le régime gouverne par décrets, sans Conseil des ministres régulier, dans un vide institutionnel qui masque mal l’autoritarisme.

Et au milieu de cette décomposition, un axe se dessine, clair comme le jour pour qui veut bien ouvrir les yeux : l’Iran des Ayatollahs.

 

Le rôle central de Naoufel Saïed, frère du président, dans l’influence iranienne

Le frère du Président, figure influente de l’ombre, es tà la manœuvre. Issu des courants de la « gauche islamique » fascinée par Ali Shariati – cet idéologue iranien précurseur de la révolution de 1979 –, il a longtemps défendu des positions pro-Téhéran, y compris au plus fort de la guerre en Syrie.

Son empreinte idéologique sur son frère aîné et chef de l’Etat depuis 2019 est régulièrement signalée. Kaïs Saïed lui-même a multiplié les gestes : visite à Téhéran pour les funérailles de l’ancien président iranien Raïssi en 2024 où il rencontra le guide Khamenei, accueil du ministre iranien Araghchi en septembre 2025, suppression des visas pour les Iraniens, liaison aérienne directe Tunis-Téhéran, commission économique mixte. Des déclarations « fraternelles » scellent ce rapprochement.

Ce n’est pas de la diplomatie classique. C’est un pari risqué qui isole la Tunisie de ses partenaires traditionnels occidentaux au profit d’un régime théocratique chiite dont le projet régional – l’« Axe de la Résistance » – vise l’expansion idéologique et politique.

Des voix s’élèvent enfin en Tunisie pour dénoncer une « percée chiite » facilitée en haut lieu : autorisation de partis aux noms évocateurs, voyages d’artistes et de figures publiques en Iran, prosélytisme discret mais réel. Le chiisme, marginal historiquement en Tunisie sunnite malékite, trouve aujourd’hui des relais au cœur du pouvoir.

L’Iran ne « manipule » pas encore ouvertement le pouvoir tunisien comme dans ses zones d’influence plus directes (Liban, Irak, Yémen). Mais il le soutient, l’oriente et en tire profit. Dans un pays affaibli économiquement, isolé diplomatiquement et aux mains du régime algérien, le régime de Saïed trouve dans Téhéran un allié qui flatte son anti-occidentalisme viscéral et sa rhétorique complotiste.

En retour, la Tunisie offre une tête de pont maghrébine à l’Iran, qui rêve d’étendre son soft power (et potentiellement plus) en Afrique du Nord. C’est un alignement qui sent le soufre : haine partagée de l’Occident, soutien rhétorique inconditionnel à la « cause palestinienne » radicalisée, mépris des libertés et des institutions.

 

Un modèle ayatollah en terre tunisienne ? Ils veulent détruire Carthage une seconde fois !   

La Tunisie, fille de Bourguiba – ce despote éclairé qui avait sécularisé, modernisé, émancipé la femme et arrimé le pays à la rationalité méditerranéenne –, est en train de basculer.

Le « printemps arabe » a déjà été partiellement un hiver islamiste ; aujourd’hui, sous couvert de souverainisme, c’est une tentation théocratique à la pire des manières, celle des mollahs de Téhéran, qui pointe.

Le culte du chef, la justice aux ordres, la criminalisation de la parole libre, la propagande anti-occidentale, l’instrumentalisation des foules contre des ennemis imaginaires : tous les ingrédients d’une dérive autoritaire inspirée des pires modèles sont réunis.

Il est temps de dire la vérité crue, cartésienne : la fascination iranienne de Kaïs Saïed, amplifiée par l’influence de son frère, n’est pas un simple ajustement diplomatique. C’est un danger existentiel pour l’identité tunisienne.

Il ne faut pas laisser Carthage détruite une seconde fois. Par un ennemi de l’intérieur important le modèle ayatollah.

Le peuple, seul, peut encore inverser la trajectoire. Comme toujours dans son histoire millénaire.

La résistance bourguibienne doit se réveiller. Avant qu’il ne soit trop tard.

 

Zorba le Tunisien