
Le 25 juillet sera-t-il une fois de plus une journée décisive dans le destin de la Tunisie ? A 18h, les Tunisiens sont appelés à descendre dans les rues.
Des manifestations de colère et de dépit de la jeunesse tunisienne, hier alliée du pouvoir et aujourd’hui trahie, pourraient faire vaciller le régime de celui que nous appellerons l’Usurpateur de Carthage !
Canicule et sécheresse, coupures d’eau et d’électricité souvent simultanées et insupportables, pouvoir autoritaire et corruption népotique de la famille du chef de l’État, islamisation et hostilité à l’Occident… La Tunisie n’est plus ce qu’elle était.
Pire, l’allégeance de Kaïs Saïed à l’Algérie et à l’Iran, comme le montre la première Chronique de Zorba le Tunisien, un (petit) enfant de Bourguiba, trahit ce sillon si singulier d’indépendance et de sécularisation du religieux qui a toujours caractérisé la Tunisie dans le monde arabo-musulman.
La convocation de l’ambassadrice de France en Tunisie, à la suite de la diffusion sur France 24 d’une interview de Moncef Marzouki, ancien président de la République tunisienne, n’est qu’une goutte d’eau dans cet océan d’arbitraire et de folie d’un pouvoir usé.
Mais une goutte d’eau qui devrait faire réagir Paris, Rome et Bruxelles, trop complaisants ces derniers mois avec un despote en perdition. L’Union européenne, principal partenaire de Tunis, ne peut durablement limiter sa relation avec le pays aux seuls enjeux migratoires. La stabilité de la Tunisie exige du changement, un profond changement.
Le sens d’une date
Le 25 juillet a souvent été une date charnière dans l’histoire de la Tunisie moderne. Mais une date à deux faces où ombre et lumière s’affrontent pour décider du destin d’un peuple.
Le 25 juillet marque tout d’abord la fête de la République tunisienne. Elle commémore le 25 juillet 1957, lorsque l’Assemblée constituante abolit la monarchie husseinite et proclama la République. Habib Bourguiba devint alors le premier président de la Tunisie. Depuis, cette journée est l’une des plus importantes du calendrier national, symbole de la souveraineté et de l’État moderne tunisien.
L’an prochain la Tunisie fêtera donc les 70 ans de la République.
Mais le 25 juillet 2021 dessine une autre face : le basculement de la démocratie née de la révolution de 2011 vers un nouveau régime présidentialisé qui est vite tombé dans la dictature sous Kaïs Saïed.
Le 25 juillet 2021, au terme d’une journée de manifestations contre la classe politique, le président Kaïs Saïed, élu en 2019, annonça une série de mesures exceptionnelles en invoquant l’article 80 de la Constitution de 2014 : il limogea le Premier ministre Hichem Mechichi, suspendit les travaux du Parlement, leva l’immunité des députés, prit le contrôle du pouvoir exécutif et s’arrogea le contrôle du parquet.
Pour ses partisans et, il faut le dire, pour une grande majorité du peuple il y a six ans, le 25 juillet fut un tournant vers le « redressement » du pays destiné à sauver un pays paralysé par les crises politique, économique et sanitaire des dix années précédentes.
Mais d’année en année, c’est un coup d’État constitutionnel qui dévoila son vrai visage, mettant fin au fonctionnement de la démocratie tunisienne. Le 25 juillet 2022, un référendum approuva une nouvelle Constitution, renforçant considérablement les pouvoirs du président.
Les Tunisiens s’en mordent les doigts depuis près d’une année. Car outre la crise économique et sociale, s’en suivirent un affaissement des contre-pouvoirs (justice, Parlement, autorités indépendantes) et des arrestations de multiples opposants, magistrats, journalistes et responsables politiques. Plusieurs procès farfelus en tentatives ubuesques de coups d’Etat envoyèrent en prison plus de 30 personnalités tunisiennes, certaines franco-tunisiennes comme Karim Guellaty que nous avions interviewé en janvier dernier, et même un Bernard-Henri Lévy qui doit encore se demander pourquoi. Les réfugiés politiques en France sont aujourd’hui légion !
Crépuscule du pouvoir ?
Les jours de Saïed sont-ils comptés ? Nous révélions la semaine dernière que, selon plusieurs sources concordantes, le président tunisien aurait récemment subi une lourde intervention chirurgicale à l’hôpital militaire de Tunis après un accident vasculaire cérébral.
Quoi qu’il en soit, les interrogations sur l’avenir du régime se multiplient et la succession du président suscite déjà bien des appétits. Certains responsables militaires, traditionnellement très discrets sur la scène politique, auraient pris leurs distances en rappelant leur attachement à la nation plutôt qu’à un homme. L’armée tunisienne a toujours été républicaine et loyaliste.
La Tunisie apparaît aujourd’hui comme un pays en suspens. Le peuple tunisien mérite pourtant mieux et va le faire savoir.
Nous en sommes convaincus : l’après-Saïed a commencé un certain 25 juillet !
Michel Taube
Avec Zorba le Tunisien






















