Edito
10H01 - mardi 21 juillet 2026

De Gaulle, un grand film mais quelques oublis. La chronique de Michel Scarbonchi

 

Plutôt deux films, "l'âge de fer" et "la bataille"..

Plutôt deux films, « l’âge de fer » et « la bataille », d’Antonin Baudry, pour retracer l’épopée du Général de Gaulle et de la France Libre de 1940 à 1945.

Qualité des reconstitutions (uniformes, matériels, armements),qualité des acteurs, des scènes de combats, tout dans ces deux opus concourent à faire du « grand cinéma » dont on pensait que seuls les Américains avaient le savoir-faire. Tout cela servi par un grand producteur, Jérôme Seydoux et un réalisateur exceptionnel, Antonin Baudry. Ne serait-il pas notre Ridley Scott français !

A ce jour, près de 3 millions de spectateurs (dont beaucoup de 16-25 ans) plébiscitent cette œuvre cinématographique. Attestant ainsi de l’intérêt actuel de nos compatriotes pour les figures référentes du passé, sentiment exacerbé probablement par les peurs ou incertitudes de notre vie nationale, européennes et internationale.

Ces films ont aussi une vertu contemporaine. Dans les rapports De Gaulle-Roosevelt apparaissent déjà la justesse d’un propos du Général « les américains n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Un autre fait est marquant, celui de la concomitance entre le duo Roosevelt-Staline et Trump-Poutine de nos jours. Dans les deux cas, les présidents américains se sont fait « rouler » par les soviétiques et les russes, le premier pour le partage de l’Europe, le second avec l’Ukraine….

Malgré la qualité du scénario, tiré du livre de Julian Jackson, tout historien de cette époque est obligé de noter quelques oublis dans l’aventure militaire gaulliste de la période.

N’aurait-il pas fallu rappeler la libération de la Corse, en octobre 1943, premier territoire français et européen libéré après un soulèvement de la résistance insulaire et l’intervention du 1er régiment de tirailleurs marocains.

N’aurait-il pas fallu souligner l’importance du Corps Expéditionnaire Français du Général Juin qui avec 120 000 hommes, dont 60% de maghrébins, enfonça, en mai 1944, au Garigliano, en Italie la ligne allemande Gustav où les armées américaines et anglaises étaient bloquées depuis des mois, permettant la prise de Rome, le 4 juin, la veille du débarquement de Normandie. Cette victoire militaire française payée au prix fort (un tiers des soldats engagés fut tués ou blessés) fonda la renaissance d’une armée française alors que les alliés et les allemands croyaient qu’elle n’existait plus depuis juin 1940. Le général Juin ne méritait-il pas un traitement aussi important que celui-légitime- donné au Général Leclerc ?

N’aurait-il pas fallu insister sur le débarquement de Provence, le 15 août 1944, sous commandement américano-français avec le Général de Lattre de Tassigny, auquel participèrent 230 000 français alors qu’ils n’étaient que 77 le 6 juin 1944. Cette opération « Dragon » permis la conquête de la zone sud, des Vosges, de l’Alsace et l’entrée de la 1ère armée française en Allemagne où elle ira jusqu’au nid d’aigle d’Hitler, à Berchtesgaden.

Ces évènements montrent à quel point la période 1940-45 fut riche en évènements et qu’en fait, il aurait fallu trois opus pour couvrir réellement toutes les dates fortes et symboliques qui l’ont marquées.

Mais ces manques seront peut-être l’occasion pour Antonin Baudry d’un nouveau film sur « la bataille du Garigliano », grande victoire militaire française de la deuxième guerre mondiale, façon de rendre justice à un oubli de notre histoire nationale à savoir que la France n’a pas été libérée que par les alliés et la résistance intérieure mais aussi par les combattants de son Empire.

 

Michel SCARBONCHI

Ancien Député européen

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Ancien député européen