
Deux Ligues des champions en deux saisons. Un statut de géant européen désormais incontestable. Pour beaucoup, la réussite du Paris Saint-Germain est avant tout celle des investissements qataris. Interrogé par le journaliste Amé Kaniki pour Entrevue, Matthieu Stefani défend une lecture différente de l’histoire du club.
Co-auteur de PSG, après tant d’années aux éditions Écrin avec David Carzon et Clémence Lepic, l’entrepreneur et créateur du podcast Génération Do It Yourself estime que la transformation du PSG ne peut être résumée aux moyens financiers apportés par QSI depuis 2011. Après plusieurs mois de recherches consacrées à l’histoire du club, il en est arrivé à une conclusion qu’il résume ainsi : « ce n’est pas l’argent qui a changé la destinée du PSG ».
Le projet est né à l’origine d’un épisode du podcast Fleurons, lancé par les trois auteurs pour raconter les grandes marques françaises. Supporter du PSG et abonné au Parc des Princes depuis plus d’une décennie, Matthieu Stefani explique avoir rapidement découvert une histoire beaucoup plus riche qu’il ne l’imaginait. Les recherches accumulées ont finalement donné naissance à un ouvrage retraçant plus de cinquante ans d’histoire, depuis la création du club en 1969 jusqu’à son récent doublé européen.
Une histoire construite dans l’adversité
L’un des principaux enseignements de ce travail réside dans la capacité du PSG à traverser les crises. Loin de l’image d’un club uniquement associé aux stars et aux moyens financiers, Matthieu Stefani rappelle que le Paris Saint-Germain a longtemps accumulé les désillusions.
Au fil des décennies, le club a connu des changements de direction, des difficultés sportives et de nombreux rendez-vous manqués. Les auteurs montrent qu’il a plusieurs fois frôlé la disparition avant de devenir l’une des institutions les plus puissantes du football européen.
Cette succession d’épreuves a contribué à façonner l’identité du club. Selon Matthieu Stefani, le PSG est devenu plus fort grâce aux difficultés qu’il a rencontrées tout au long de son histoire. Une résilience qui explique en partie le lien particulier entretenu avec ses supporters.
Les recherches menées pour le livre ont notamment permis aux auteurs de revenir sur les origines du club, la fusion avec le Stade Saint-Germanois, les liens avec le Paris FC ou encore le rôle joué par des personnalités comme Daniel Hechter dans la construction de l’identité parisienne.
Luis Enrique, plus qu’un entraîneur
Pour Matthieu Stefani, le véritable tournant de l’histoire récente du PSG ne réside pas dans l’arrivée d’une nouvelle star mais dans l’installation d’une culture collective.
Pendant longtemps, le club a cherché son salut dans les individualités. Des grandes ambitions des années 1970 aux recrutements spectaculaires de l’ère qatarie, Paris a souvent misé sur les talents individuels pour franchir le dernier palier européen.
Le récent doublé en Ligue des champions raconte selon lui une autre histoire. Luis Enrique aurait réussi à replacer l’institution au centre du projet sportif. Le collectif aurait progressivement pris le dessus sur les individualités, offrant au PSG une stabilité qu’il n’avait jamais réellement trouvée auparavant.
Pour l’auteur, c’est cette évolution qui explique en grande partie pourquoi le club est finalement parvenu à atteindre les sommets européens après tant d’années d’attente.
Une marque mondiale devenue symbole de Paris
L’entretien accordé à Entrevue met également en lumière la dimension internationale prise par le Paris Saint-Germain.
À travers ses voyages, Matthieu Stefani explique être régulièrement frappé par la présence du maillot parisien dans de nombreux pays. Le PSG est aujourd’hui devenu une marque mondiale capable de rivaliser avec les plus grandes références du football européen.
Cette réussite dépasse le seul cadre sportif. Elle s’appuie aussi sur l’attractivité de Paris et sur un travail de construction de marque engagé depuis plusieurs années.
Pour l’entrepreneur, le club est progressivement devenu l’un des principaux ambassadeurs internationaux de la capitale française, au même titre que certaines grandes maisons de luxe ou institutions culturelles.
« Les joueurs passent, les supporters restent »
Au cours de ses recherches, Matthieu Stefani affirme avoir également changé son regard sur le rôle des supporters.
L’une des phrases fortes de son entretien résume cette conviction : « Les joueurs passent, les dirigeants passent, les supporters restent. »
Selon lui, cette fidélité constitue l’un des piliers du PSG. Malgré les défaites, les changements de propriétaires ou les périodes de crise, les supporters ont continué à accompagner le club.
Cette permanence explique une partie de la force du Paris Saint-Germain et de son identité singulière dans le paysage du football européen.
À travers PSG, après tant d’années, Matthieu Stefani, David Carzon et Clémence Lepic ont ainsi cherché à raconter bien davantage qu’une succession de résultats sportifs. Leur ouvrage retrace la construction progressive d’une institution devenue en un demi-siècle l’une des marques les plus puissantes du sport mondial.
Emma Ray

















