
C’est presque un mini-séisme : après avoir récupéré le grand remplacement, Jean-Luc Mélenchon a scandé dimanche 7 juin le fameux « on est chez nous » dont l’extrême-droite avait le monopole pendant des décennies, déjà sous Jean-Marie Le Pen. A Saint-Denis, devant la cathédrale des rois de France, devant des milliers de militants, nous avons assisté au triomphe d’une inversion des valeurs qui annonce une guerre civile, au moins idéologique, entre les extrêmes !
On est chez nous ?
Une phrase répétée à longueur de réseaux sociaux, de chaînes WhatsApp et même dans certains médias. Une phrase devenue banale. Une phrase répétée par des militants extrémistes identitaires. Une phrase pourtant jamais dénoncée.
Ce slogan est déjà employé à l’envi dans les territoires d’Outre-mer, notamment aux Antilles, par les autonomistes et les indépendantistes qui rejettent la France et les Antillais originaires de l’hexagone.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les Outre-mer servent depuis des années de laboratoire d’expérimentation de tout le nouveau corpus idéologique que reprend LFI comme étendard de sa campagne pour 2027 et dont « la nouvelle France » constitue l’accomplissement.
Derrière tous ces mots une idée simple : certains seraient plus légitimes que d’autres à bâtir la France de demain.
On nous parle de « grand remplacement », de terres et de quartiers qu’il faudrait interdire aux métropolitains, aux blancs, aux juifs, de populations qui devraient repartir des territoires ultra-marins.
Ces discours ne sont pas nouveaux. Ils ressemblent aux slogans identitaires qui prospéraient en France dans les années 70 et 80 autour du fameux « La France aux Français ».
Hier comme aujourd’hui, le mécanisme est le même : désigner une catégorie de population comme un problème en raison de son origine.
Ce n’est pas cela la France, ni la Martinique ou la Nouvelle-Calédonie, à qui Mélenchon promet l’indépendance. Ce n’est pas l’état d’esprit de la grande majorité des Français, qui vivent leur identité avec fierté sans avoir besoin de rejeter les autres.
Mais une minorité bruyante impose ses thèmes, ses fantasmes et ses outrances dans le débat public. Et trop souvent, le silence leur sert de caution.
Il est temps que la classe politique républicaine prenne clairement position contre ce communautarisme. Il est temps que les élus condamnent ces dérives sans ambiguïté. Il est temps que l’État prenne au sérieux la diffusion de ces discours de rejet qui prospèrent sur les réseaux sociaux et dans certains groupes de discussion et qui sont repris par des militants extrémistes d’extrême droite.
Ironie de l’histoire : il y a 40 ans, la Martinique avait empêché Jean-Marie Le Pen d’atterrir sur son sol. Quarante ans plus tard, ce sont certaines de ses idées qui semblent avoir trouvé une piste d’atterrissage. Et c’est le cas dans toute la France.
Michel Taube




















