
La France a peur, surtout les familles qui élèvent de jeunes ados.
Si une affaire Lyhanna survenait à deux semaines de l’élection présidentielle d’avril 2027, Marine Le Pen ou Jordan Bardella n’auraient probablement même pas besoin de faire campagne pour engranger des points décisifs en vue de leur victoire. Car le divorce entre les Français, d’un côté, et le monde politique et l’institution judiciaire de l’autre, n’a sans doute jamais été aussi profond.
Ce divorce est alimenté par les mensonges, les omissions et les faux-semblants qui accompagnent systématiquement chaque drame. À chaque tragédie qui frappe une famille, hier Lyhanna, avant elle Maëlys, Lola, et trop enfants, les responsables politiques se succèdent devant les caméras. Ils promettent. Ils assurent. Ils jurent que « tout sera fait » pour que cela ne se reproduise plus.
Mais nos politiques savent qu’ils ne disent pas toute la vérité.
La réalité est que la séparation très stricte entre l’autorité judiciaire et le pouvoir politique limite considérablement la capacité d’action du gouvernement sur les décisions de justice. Certes, le Code pénal et le code de procédure pénal sont votés par le Parlement. Certes, le garde des Sceaux peut adresser des instructions générales aux procureurs. Mais les magistrats du siège sont indépendants. Et cette indépendance, pilier indispensable de l’État de droit, s’est progressivement transformée en une irresponsabilité presque absolue.
Gérald Darmanin a demandé à trois reprises depuis son arrivée place Vendôme que les affaires pénales dont les mineurs et les femmes sont les victimes soient traitées en priorité. Les procureurs ne l’ont pas entendu ! ET que risquent-ils ?
Car lorsqu’une décision manifestement contestable, lorsqu’un dysfonctionnement procédural conduisent à un drame, les mécanismes de responsabilité sont quasiment inexistants et l’institution lave son linge sale en famille. Les sanctions disciplinaires demeurent exceptionnelles. Les erreurs d’appréciation, même aux conséquences dramatiques, ne produisent pratiquement jamais d’effets sur la carrière de ceux qui les ont commises.
Le corporatisme de l’institution judiciaire, entretenu dès la formation des jeunes magistrats à l’ENM, crée une forme d’aristocratie judiciaire intouchable. Le communiqué de presse conjoint des deux organisations syndicales de procureurs, publié dès ce samedi 6 juin, sonne comme une réaction corporatiste mal accueillie dans l’opinion publique.
Les juges sont indépendants mais ils sont devenus irresponsables. Certainement pas au nom du peuple français.
La responsabilité de nos politiques est également engagée. Depuis des décennies, l’État refuse de regarder en face une réalité pourtant évidente : la France manque de places de prison, manque de surveillants pénitentiaires et manque de moyens judiciaires. Face à des milliers de délinquants sexuels ou de prédateurs potentiels, la justice est souvent contrainte de composer avec une pénurie chronique de places d’emprisonnement.
Dès lors, on présente comme des alternatives crédibles des peines qui ne sont plus dissuasives. Purger une peine de prison à domicile, même sous surveillance électronique, est totalement contradictoire, insuffisant et profondément choquant pour les victimes et leurs familles.
Vendredi soir sur TF1, Gérald Darmanin a reconnu qu’environ 70 000 plaintes pour violences sur mineurs étaient actuellement ouvertes dans les circuits de la justice pénale française.
Soixante-dix mille.
Arrêtons-nous un instant sur ce chiffre.
Soixante-dix mille signalements. Soixante-dix mille soupçons. Soixante-dix mille possibles mises en danger d’enfants.
Combien de Jérôme Badella se cachent parmi ces 70 000 dossiers ?
Entre le périscolaire à Paris, les pédocriminels sur Internet, les assassinats d’enfant, combien de prédateurs sexuels vivent aujourd’hui librement au milieu de nous ?
Si la France ne trouve pas les moyens de se redresser pénalement, si les assassins d’enfants ne sont pas emprisonnés avec des peines de prison à vie effective, avec des mesures de castration chimique pour les prédateurs sexuels, vous verrez que les débat sur le rétablissement de la peine de mort surgiront à nouveau.
Combien faudra-t-il encore de Lyhanna pour que la France accepte enfin de regarder en face les failles de son système judiciaire et pénitentiaire ?
Michel Taube




















