Edito
09H05 - mardi 2 juin 2026

Choose France ou le retour de l’État stratège. L’édito de Michel Taube

 

Choose France 2025 Macron Versailles

Depuis plusieurs décennies, le débat économique français oppose artificiellement deux visions que tout devrait pourtant rapprocher : celle de l’État et celle du marché. Comme si l’on devait choisir entre la puissance publique et la liberté d’entreprendre. Comme si l’État ne pouvait être qu’un frein ou l’entreprise une menace. La réalité est tout autre. Une économie libérale moderne a besoin d’un État stratège. Non pas un État omniprésent, bureaucratique, tatillon et distributeur de normes, mais un État capable de fixer un cap, de mobiliser les énergies et de créer les conditions de l’attractivité d’un pays. À cet égard, l’opération Choose France constitue probablement l’un des aspects les plus positifs, un des rares, du bilan économique d’Emmanuel Macron.

L’édition 2026 de Choose France a une nouvelle fois confirmé l’attractivité retrouvée de notre pays. Réunis au château de Versailles, les dirigeants des plus grandes entreprises mondiales ont annoncé plusieurs milliards d’euros d’investissements dans des secteurs aussi stratégiques que l’intelligence artificielle, les centres de données, la transition énergétique, la santé ou encore l’industrie de pointe. Ces annonces traduisent une réalité incontestable : la France attire à nouveau les capitaux internationaux et figure désormais parmi les destinations privilégiées des investisseurs étrangers.

Certes, il faudra vérifier quelles sont les annonces qui seront suivies concrètement d’effets, d’investissements effectifs et de créations d’emplois.

Mais au-delà des montants annoncés, c’est le signal envoyé qui importe tout autant. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation des chaînes de valeur et la compétition acharnée entre grandes puissances économiques, la capacité d’un pays à séduire les investisseurs devient un élément essentiel de sa souveraineté. Chaque implantation industrielle, chaque centre de recherche, chaque projet technologique contribue à renforcer notre tissu économique et à créer des emplois durables. 

Cette édition 2026 s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis près de dix ans. Depuis le lancement de Choose France en 2018, les sommets successifs ont permis d’annoncer des centaines de projets représentant plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements. Année après année, les annonces se sont accumulées dans les domaines de l’automobile électrique, des batteries, de la pharmacie, du numérique, des infrastructures ou encore de la décarbonation de l’économie. Au total, ce sont plusieurs centaines de projets industriels qui ont été présentés devant les investisseurs internationaux.

Les chiffres cumulés donnent le vertige. En moins d’une décennie, les différentes éditions de Choose France ont permis d’annoncer plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements et des dizaines de milliers de créations d’emplois sur l’ensemble du territoire national. Certes, toutes ces annonces ne se traduiront pas intégralement dans les faits. Certes, certains projets seront retardés ou revus à la baisse. Mais aucun observateur honnête ne peut nier que la France a retrouvé une capacité d’attraction qu’elle avait largement perdue au cours des décennies précédentes.

 

Pour un Etat libéral

La leçon est claire. L’État ne doit pas gérer les entreprises. Il ne doit pas décider à la place des entrepreneurs. Il ne doit pas multiplier les réglementations, les contraintes administratives et les prélèvements qui étouffent l’initiative privée. La déréglementation, l’allègement des normes, les simplifications administratives et des incitations fiscales puissantes demeurent les meilleurs leviers pour libérer les énergies créatrices. Plus l’État se désengage de ce qui n’est pas son rôle, plus il peut se consacrer à ce qui devrait être sa mission fondamentale : définir une stratégie nationale et préparer l’avenir.

Les États-Unis nous offrent d’ailleurs un enseignement souvent oublié. Le pays considéré comme le champion du libéralisme économique est aussi celui où l’État joue un rôle stratégique considérable. Défense, recherche fondamentale, innovation technologique, politique spatiale, infrastructures, énergie, sauvetage des entreprises en cas de crise comme pour l’automobile en 2008 : partout, la puissance publique américaine accompagne, stimule et oriente l’investissement privé. Silicon Valley, Internet, intelligence artificielle, mobilités ou conquête spatiale n’auraient jamais atteint leur niveau actuel sans cette alliance entre initiative privée et vision stratégique publique.

Reste que l’Etat devrait mettre la même énergie à mobiliser les entrepreneurs français, surtout les PME, qu’il ne le fait pour attirer les stars de l’économie mondiale, aux fins de relancer la croissance de l’économie nationale.

C’est précisément cette voie que la France doit poursuivre. Un État moins envahissant mais plus visionnaire. Une administration moins normative mais davantage mobilisatrice. Une fiscalité plus compétitive. Une économie plus libre. Une nation capable d’encourager ses propres talents et d’attirer les talents d’ailleurs, les capitaux et les projets du monde entier tout en préservant ses intérêts stratégiques. La France de Choose France n’est pas une contradiction. Elle est peut-être au contraire l’une des plus belles illustrations de ce que pourrait devenir notre pays : une grande nation économique qui retrouve confiance en elle-même parce qu’elle a compris que la liberté et la stratégie ne s’opposent pas, elles se renforcent mutuellement.

Enfin, une dernière question se pose déjà avec acuité : la ou le successeur d’Emmanuel Macron poursuivra-t-il les Choose France ? Et si son nom est Le Pen ou Mélenchon, les entreprises voudront-elles seulement venir ?

 

Michel Taube

Directeur de la publication