
Historique du contexte actuel
John Kennedy, 1961 : « Que chaque nation sache que nous paierons n’importe quel prix, nous nous opposerons à n’importe quel ennemi pour assurer le succès et la survie de la liberté. » L’ordre sera alors fondé sur le libéralisme, la démocratie et le primat du droit sur la force.
Trump, 2025 : « Nous susciterons l’envie de toutes les nations et ne permettrons jamais que l’on profite de nous. Nous ferons chaque jour passer l’Amérique en premier. »
Deux discours, deux Amériques. La première invente une réglementation fondée sur des règles qui lui sont favorables, un Occident libéral et démocratique. La seconde, affaiblie par la mondialisation, souhaite un ordre autoritaire pour battre la Chine ; les règles précédentes sautent et sont remplacées par le protectionnisme, l’autoritarisme et le primat de la force sur le droit.
La crise actuelle est la conséquence directe de ce changement profond. Les États-Unis s’immiscent dans les processus électoraux européens et luttent contre les réglementations européennes. Ce mouvement est durable ; il est la conséquence d’une mondialisation féroce et d’une Chine communiste dans sa structure de pouvoir mais capitaliste dans son économie. Notre pays n’a qu’une alternative : l’Europe démocratique, libérale, respectueuse du droit, qui possède de nombreuses qualités inexploitées qu’il faut moderniser pour gagner en puissance. Le rapport Draghi devrait être notre guide. Il est plus que temps de faire le ménage.
Chine – États-Unis – Russie
Poutine a été reçu en Chine quatre jours après Trump. Pour les deux, le bilan est modeste. La moisson de contrats et d’accords économiques espérée par les Américains n’a pas été au rendez-vous. Boeing a vendu 200 appareils, mais cet engagement reste modeste à l’échelle de la Chine.
La menace d’un embargo sur les exportations de terres rares, indispensables à la fabrication des puces, a conduit Donald Trump à adoucir le ton. Les médias d’État chinois présentent cette visite comme un « point de bascule ». Pékin se félicite surtout de voir son président traité d’égal à égal, une reconnaissance hautement symbolique pour une nation longtemps marquée par les humiliations occidentales.
Les commentateurs officiels saluent une relation constructive, fondée sur la nécessité d’une stabilité stratégique entre les deux grandes puissances. La partie russe n’a obtenu aucun engagement concret sur le gazoduc. Poutine a néanmoins pu signer une série d’accords de coopération. Il demeure un allié, mais l’alliance n’est pas « d’égal à égal », ce qui ne peut que heurter fortement les Russes.
L’enchaînement sans précédent de ces deux visites a été, pour la Chine, l’occasion d’afficher son statut de puissance de premier plan, qui s’étend désormais sans complexe au domaine diplomatique. Pékin se voit comme un pôle de stabilité. Xi s’est fait un plaisir de le rappeler à Trump :
« Notre rencontre retient l’attention du monde entier. Les changements s’accélèrent, le monde est confronté au chaos, il est à la croisée des chemins. Parviendrons-nous à éviter le piège de Thucydide ? Pourrons-nous ensemble relever les défis du monde pour y injecter davantage de stabilité ? »
Selon Thucydide, lorsqu’une puissance émergente concurrence une puissance établie, le conflit devient presque inévitable.
Iran
Depuis 1979, chaque président des États-Unis a essayé de contacter le Guide suprême iranien ; le refus a toujours été systématique. Les États-Unis se sentent humiliés. Aucun prédécesseur de Trump ne s’est risqué à une action militaire en Iran, celle-ci ayant toujours été considérée comme trop dangereuse.
Les plans d’attaque existent depuis longtemps ; Trump les a appliqués. Toutes les conséquences de la guerre actuelle en Iran avaient déjà été envisagées.
L’Iran, pour l’instant, sort renforcé de cette guerre. Il impose son tempo. Il a découvert que la fermeture du détroit d’Ormuz était facile à mettre en œuvre et potentiellement très lucrative. Le peuple iranien est sacrifié au bénéfice d’un régime plus dur que jamais.
La puissance américaine se voit contestée malgré sa démonstration de force militaire. À l’image de la résistance ukrainienne face à la Russie, qui se renforce plus qu’elle ne faiblit, c’est la revanche des faibles sur les forts. La Chine en tirera des leçons pour Taïwan, tout comme Poutine, épuisé par sa guerre en Ukraine.
L’Iran réclame que les discussions sur le nucléaire soient reportées à des négociations ultérieures. La Chine assure la survie économique du régime. La clé de la sortie de crise réside dans l’adoption par l’Iran de l’agenda chinois, lequel pourrait soutenir un plan de sortie de crise acceptable pour les États-Unis.
Cependant, la Chine peut aussi considérer que l’Iran sert son projet d’un monde post-occidental. L’Iran est une carte pour Pékin, qui l’utilisera selon ses propres intérêts. Ce que veulent obtenir les États-Unis est difficilement atteignable, même avec le soutien chinois.
La Chine n’est pas l’alliée de l’Iran ; elle poursuit ses propres intérêts et entretient des partenariats régionaux diversifiés. Son attitude demeure ambivalente, à l’image de celle de la Russie. Elle veut éviter une escalade militaire qui détruirait les capacités de production locales, tout en sécurisant ses approvisionnements pétroliers.
JCPOA
Le JCPOA représente six années de négociations, dont deux particulièrement intenses. L’uranium enrichi avait été envoyé en Russie afin d’être dilué. Trump a balayé tout ce travail en 2018.
Il est aujourd’hui loin d’être certain qu’il fasse mieux ; les doutes sont nombreux.
Lors de l’inspection du programme nucléaire irakien, les États-Unis ont menti ; la France l’a démontré. Acculés, les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Irak.
L’opinion internationale a beaucoup évolué à l’égard d’Israël, désormais jugé trop belliciste par de nombreux pays. Israël a perdu de nombreux soutiens, y compris au sein du Parti républicain américain.
Issue
Trump va essayer de nous convaincre que les États-Unis ont gagné, que la région va connaître grâce à lui une paix durable et qu’il mérite plus que jamais le prix Nobel de la paix. Pourtant, l’impression générale risque d’être très différente.
Après avoir échoué à apporter, par la force, la démocratie en Afghanistan, en Irak et en Libye, les États-Unis ont cru qu’ils y parviendraient en Iran. Ils se sont une nouvelle fois trompés.
Trump a incontestablement commis une erreur stratégique. Il a cru, contre l’avis des militaires, au scénario irénique que lui avaient vendu le Premier ministre israélien et le chef du Mossad lors de leur rencontre du 11 février 2026 à Washington.
Après sa décapitation, le régime théocratique était censé s’effondrer et être remplacé à Téhéran par un gouvernement de transition pro-américain et pro-israélien. Mais les choses ne se sont pas passées comme l’avaient prévu Netanyahou et ses alliés néoconservateurs américains.
Le régime iranien ne s’est pas effondré. Il ne s’est même pas fissuré sous le choc extrême de l’élimination de ses principaux dirigeants et des destructions matérielles considérables. Aucune défection de responsables, aucune capitulation d’unités militaires. Aucune révolution n’est venue chasser les ayatollahs du pouvoir.
Tout s’est passé comme si la guerre israélo-américaine avait, au contraire, provoqué un effet de ralliement de la population iranienne autour de son drapeau et donné un coup de fouet à une théocratie dictatoriale qui semblait, à bien des égards, moribonde.
La guerre a provoqué une crise économique majeure. Trump a aujourd’hui compris qu’il avait été trompé par Netanyahou et a décidé d’arrêter les frais.
Il s’agit du quatrième échec américain en terre d’islam au XXIe siècle. L’Occident pense qu’il peut imposer son modèle aux autres civilisations par la force. Après quatre échecs sanglants, il est temps de réfléchir à d’autres méthodes, moins destructrices de richesses.
En Asie de l’Est, du Sud et centrale, on regarde désormais davantage vers l’émergence d’une nouvelle mondialisation que vers les élucubrations erratiques d’une superpuissance devenue imprévisible.
Rome
Dans sa première encyclique, le pape mesure la menace. Elle n’est ni idéologique ni militaire, comme le furent en leur temps le nazisme et le communisme ; elle est technologique.
C’est donc logiquement dans cette perspective que s’inscrit la première encyclique du pape américain. Elle est consacrée à un domaine où ses compatriotes excellent et dominent largement : l’intelligence artificielle.
Le génie humain a conçu un système qui, s’il révolutionne la connaissance, l’information et même la vie quotidienne, menace fortement d’exclusion les pauvres et les plus fragiles. Rien n’est moins neutre que cette intelligence numérique.
Capitaine de vaisseau (R) Guy Dabas.















