
Pendant des décennies, les Outre-mer ont été regardés depuis Paris comme des territoires à compenser, à soutenir, à aider. Des territoires éloignés, fragiles, dépendants. Et si nous changions enfin de regard ?
Car ce que vivent aujourd’hui les Outre-mer préfigure ce qui attend demain une grande partie du monde : rareté des ressources, vulnérabilité climatique, dépendance aux importations, explosion des coûts logistiques, saturation des espaces disponibles. Les défis ultramarins ne sont pas des anomalies. Ils sont les avant-postes de notre avenir commun.
C’est pourquoi les premières Assises de l’économie circulaire dans les Outre-mer organisées par l’INEC (Institut National de l’Economie Circulaire) et son président Jean-Marc Boursier [voir notre encadré], constituent bien davantage qu’un rendez-vous technique consacré à la gestion des déchets ou au recyclage. Elles posent une question fondamentale : comment construire un modèle de développement plus résilient, plus autonome et plus durable ?
La réponse est sous nos yeux.
L’économie circulaire n’est pas seulement une politique environnementale. C’est une stratégie de souveraineté. Dans des territoires où presque tout est importé, où chaque conteneur coûte plus cher, où chaque matière première traverse des milliers de kilomètres avant d’être consommée, réemployer, réparer, valoriser localement et produire autrement devient un impératif économique autant qu’écologique.
Les exemples se multiplient déjà. Des entreprises transforment des déchets plastiques en matériaux de construction. Des collectivités développent des filières locales de valorisation. Des acteurs économiques expérimentent la réparation, le réemploi, la mutualisation ou les circuits courts. Ces initiatives démontrent qu’une autre voie est possible.
Mais il serait illusoire de croire que la seule bonne volonté des acteurs locaux suffira.
L’État doit enfin adopter un véritable « réflexe Outre-mer ». Les normes pensées pour l’Hexagone ne peuvent être appliquées mécaniquement à des territoires insulaires, archipélagiques ou amazoniens. Les objectifs nationaux sont souvent pertinents. Leur mise en œuvre, elle, se heurte à des réalités spécifiques : marchés étroits, coûts d’exportation prohibitifs, manque de débouchés industriels, éloignement des centres de décision. Les Assises ont d’ailleurs placé cette question au cœur de leurs travaux.
L’enjeu est donc double.
Faire de l’économie circulaire une priorité des politiques publiques ultramarines. Mais aussi faire des Outre-mer un critère central des politiques nationales de transition écologique.
Autrement dit, ne plus demander aux Outre-mer de s’adapter à des modèles conçus ailleurs, mais construire avec eux les solutions de demain.
Car les Outre-mer disposent d’un avantage décisif : ils sont à taille humaine. Ils permettent d’expérimenter plus vite, de mobiliser les acteurs plus facilement, d’innover avec davantage d’agilité. Là où certaines régions continentales peinent à transformer leurs modèles, les territoires ultramarins peuvent devenir les laboratoires grandeur nature de la transition écologique française.
À condition de leur donner les moyens d’agir.
L’économie circulaire n’est pas une mode. C’est une nécessité stratégique. Une réponse à la vie chère. Une réponse à la dépendance économique. Une réponse aux défis climatiques. Une réponse, enfin, à cette aspiration profonde des peuples ultramarins : maîtriser davantage leur destin.
Les Outre-mer ne demandent pas des privilèges. Ils demandent qu’on reconnaisse leur capacité à inventer l’avenir.
Et cet avenir pourrait bien commencer là où beaucoup ne regardent pas encore. Dans ces territoires que l’on qualifie trop souvent de périphériques alors qu’ils sont, en réalité, à l’avant-garde.
Michel Taube

Les 1ères Assises de l’économie circulaire dans les Outre-mer au Sénat le 1er juin 2026
Les 1ères Assises de l’économie circulaire dans les Outre-mer réunissent le 1er juin 2026 au Sénat à Paris parlementaires, représentants de l’État, collectivités territoriales, acteurs économiques, entreprises, éco-organismes et experts de la transition écologique autour d’un objectif commun : faire de l’économie circulaire un levier de développement, de souveraineté et de résilience pour les territoires ultramarins.
Face aux défis spécifiques que connaissent les Outre-mer — insularité, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique, gestion des déchets, coût élevé des matières premières et pression sur les ressources — ces Assises visent à identifier les solutions concrètes permettant de développer des filières locales, de valoriser davantage les ressources disponibles et de renforcer l’autonomie économique des territoires.
Tout au long de la journée, les débats s’articulent autour de plusieurs grands enjeux : l’intégration des spécificités ultramarines dans les politiques publiques nationales, la réussite des projets circulaires locaux, la construction durable, l’adaptation au changement climatique, l’émergence de nouveaux modèles économiques et la valorisation des déchets.
Les Assises, organisées par l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC) et son président Jean-Marc Boursier, sont coprésidées par trois parlementaires engagés sur les questions environnementales et ultramarines :
- Audrey Bélim, sénatrice de La Réunion, membre de la délégation sénatoriale aux Outre-mer et du groupe d’études « Économie circulaire »,
- Marta de Cidrac, sénatrice des Yvelines, présidente du groupe d’études « Économie circulaire » au Sénat et rapporteure de la loi AGEC ;
- V Jiovanny William, député de la Martinique et vice-président du groupe d’études « Gestion des déchets, économie circulaire et économie verte » à l’Assemblée nationale.
Les Assises rassemblent plusieurs acteurs majeurs de la transition écologique et du développement territorial :
- le ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature ;
- la Direction générale des Outre-mer (DGOM) ;
- l’ADEME ;
- la Banque des Territoires ;
- le CEREMA ;
- le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) ;
- l’Association des Communes et Collectivités d’Outre-mer (ACCD’OM) ;
- les principales filières de responsabilité élargie du producteur et éco-organismes : Citeo, Ecosystem, Ecomaison, Cyclevia, Valobat, Recycler Mon Véhicule ;
- ainsi que des fédérations professionnelles comme la FEDOM et la FNADE.
Parmi les personnalités attendues lors de ces Assises figurent :
- Anne-Gaëlle Baudouin, directrice générale des Outre-mer ;
- Pascal Berteaud, directeur général du CEREMA ;
- Roland Marion, directeur de l’économie circulaire à l’ADEME ;
- Hervé Tonnaire, directeur délégué aux Outre-mer de la Banque des Territoires ;
- Dominique Mignon, présidente d’Ecomaison et du collectif des éco-organismes ;
- Antoine Bousseau, président de la FNADE ;
- Hervé Mariton, président de la Fédération des Entreprises d’Outre-mer (FEDOM).
Au-delà des échanges d’experts, ces premières Assises portent une conviction forte : les Outre-mer peuvent devenir des laboratoires d’innovation écologique et économique, des territoires pionniers de la transition circulaire. Parce qu’ils sont confrontés plus tôt et plus intensément aux enjeux de ressources, de climat et de dépendance, ils sont aussi en capacité d’inventer des solutions qui inspireront demain l’ensemble du territoire national.




















