Opinion Outre-Mer
12H24 - jeudi 28 mai 2026

« Nous sommes tous des juifs noirs » et le Code noir nous le rappelle depuis 341 ans ! L’édito de Michel Taube

 

Code noir

Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

A l’initiative du groupe LIOT, l’Assemblée Nationale a voté à l’unanimité – et bientôt l’ensemble du Parlement – l’abrogation de notre droit politique d’un des textes juridiques les plus honteux de notre histoire tourmentée : « le code noir ». 

Cette « réparation » définitive est symbolique puisque l’abolition de l’esclavage en 1848 par la loi Victor Schoelcher, il y a donc 178 ans – est venue tourner, les pages sombres qu’avaient institutionnalisées le fameux « code noir ». 163 années d’un régime juridique inhumain qui fonda un crime reconnu comme crime contre l’humanité en 2001 par la France de Christiane Taubira, de Lionel Jospin et de Jacques Chirac.

Le code noir ! En 1685, par un édit royal signé de sa main, Louis XIV avait ordonné à ses troupes d’aller soumettre les populations des Antilles. Ce texte intentionnalisait, organisait, inscrivait dans le marbre du droit politique l’esclavage et la traite des femmes et des hommes qui resteront à tout jamais comme des crimes imprescriptibles.

Mais nous voudrions ici souligner ce qui apparaît, seulement en apparence, comme une anomalie dans le texte même de ce texte royal inique : dès l’article 1, le texte symbole de l’esclavage commence par exclure les juifs des Antilles.

Il stipule : « Enjoignons à tous nos officiers de chasser de nos dites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence (…) comme ennemis déclarés du nom chrétien. »

Cette exclusion des juifs en 1685 répondait à une période de durcissement religieux catholique (la révocation de l’Edit de Nantes fut actée six mois plus tard). 

Elle visait en fait à exclure, au bénéfice de catholiques français qui s’y installaient en nombre, les communautés séfarades d’origine portugaise réfugiées aux Antilles depuis le milieu du XVIIème siècle après leur fuite du Brésil hollandais, et qui avaient contribué largement au décollage de l’économie sucrière.

Juifs et noirs se sont donc trouvés exclus, avilis, soumis à la puissance catholique de la France.

L’acte fondateur de l’esclavage par la France est donc un texte antisémite.

Quelle ironie de l’histoire pour tous ceux qui trop souvent opposent les juifs et les noirs et plus largement les cultures ou les religions entre elles.

Tous les grands de ce monde ont leur part d’ombre : en France, Louis XIV avec le code noir, Napoléon avec le rétablissement de l’esclavage.

L’histoire est cruelle mais elle est aussi porteuse de messages puissants : la mémoire, dans ses vérités subtiles, complexes, et tout en nuances, invite à dépasser les oppositions, les rancœurs, les haines pour bâtir un avenir meilleur qui s’appelle la France !

Aujourd’hui en Martinique toutes les communautés, les afros-caraïbéens, les békés, les métropolitains de toutes couleurs, les mulâtres, les chinois, les métèques, les juifs, les musulmans, et dans l’emsemble de la communauté nationale, tous devraient se donner la main pour bâtir une Martinique et une France moderne aux richesses naturelles et culturelles multiples. Tout est là pour offrir à nos enfants un paradis terrestre (et fiscal incitatif) !

L’abolition du code noir, qui fait aujourd’hui l’unanimité, porte cette exigence de vivre-ensemble. Ceux qui la refusent ne sont pas Français dans leur coeur ni dans leur âme.

 

Michel Taube, fondateur d’Opinion Internationale et d’Ensemble contre la peine de mort

Michel Taube

 

Directeur de la publication