
Source : France Antilles – DR
Il y a des scènes qui devraient tous nous alerter, parce qu’elles disent quelque chose de notre époque et de nos dérives collectives.
Ce qui s’est produit à la Savane, en plein carnaval, lors du « Danmyé adan Kannaval », n’est pas un simple incident folklorique.
Une personne de couleur blanche souhaitant s’initier au danmyé et entrer dans la ronde s’est vu refuser l’accès par un groupe d’individus se disant « militants ».
Que des individus aient tenté d’exclure des participants en raison de leur couleur de peau, au nom d’un prétendu militantisme, révèle une réalité que beaucoup préfèrent taire : le racisme ordinaire existe aussi en Martinique, parfois dissimulé derrière des discours identitaires ou culturels.
Déjà lors des émeutes contre la vie chère à l’automne 2024, de très nombreux propos racistes anti-blancs avaient été proférés par les insurrectionnels. Il est à constater que la nouvelle génération de jeunes autonomistes – indépendantistes est en Martinique, comme en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, d’une ultra-violence et d’un racisme anti-blancs et anti-France que l’Etat n’a pas encore suffisamment pris en compte.
Pourtant, cette jeune génération trahit aussi les coutumes traditionnelles.
Le danmyé, discipline profondément ancrée dans l’histoire martiniquaise, symbolise en effet tout l’inverse que l’exclusion. Il est une mémoire vivante, un héritage façonné par des générations qui ont transformé la souffrance en art, en transmission, en fierté collective. Ceux qui l’ont porté et restauré l’ont fait pour rassembler, pas pour exclure. Vouloir en faire un espace réservé à certains profils revient à trahir l’esprit même de cette tradition, à la réduire à un instrument de division alors qu’elle devrait rester un lieu de rencontre et de respect mutuel.
Ce qui trouble dans cette affaire, ce n’est pas seulement l’incident en lui-même, mais le climat qui permet à de tels comportements d’exister. On condamne avec raison toutes les formes de racisme quand elles s’expriment ailleurs, mais l’indignation devient parfois sélective dès que les rôles s’inversent. Or le racisme ne change pas de nature selon l’origine de celui qui le subit ou de celui qui le profère. La dignité humaine ne se découpe pas selon les contextes historiques ou les émotions du moment. Lorsqu’on commence à justifier l’exclusion au nom d’une cause, on ouvre une porte dangereuse.
L’association organisatrice a eu raison de rappeler fermement les valeurs d’inclusion et d’unité. Cette réaction montre qu’une majorité d’acteurs culturels refuse la logique du rejet et veut préserver le danmyé comme un espace de partage. Mais cet épisode doit servir de signal d’alarme. Une société qui accepte les petites discriminations du quotidien finit toujours par banaliser la fracture et la méfiance.
La Martinique n’a rien à gagner à tomber dans des logiques de séparation raciale. Son histoire est complexe, douloureuse parfois, mais elle a aussi forgé une identité créole faite de métissage, d’échanges et de dépassement des appartenances figées. Le véritable courage aujourd’hui consiste à refuser toutes les formes de racisme, sans exception ni indulgence, et à rappeler que la culture n’est forte que lorsqu’elle accueille, jamais lorsqu’elle exclut.
Un blanc a été exclu de la ronde du carnaval, mais les blancs font partie intégrante et entière du peuple martiniquais. N’en déplaise aux ennemis de la Martinique et de la France.
Michel Taube




















