Edito
11H19 - vendredi 30 janvier 2026

Iran ou la révolution Norouz : lettre ouverte à mes amis iraniens. Par Michel Taube

 

Pour un gouvernement iranien en exil. L'édito de Michel TaubeCe qui se joue en Iran nous concerne directement !

Je ne suis pas Iranien mais j’ai toujours pensé que la tragédie de la prise du pouvoir par les mollahs en Iran en 1979 avait été un moment décisif dans la tentative de conquête de l’Occident et du monde entier par l’islamisme théocratique, féodal, liberticide et sanguinaire, dernière idéologie mondiale encore active.

Pour ne prendre qu’un exemple, si le voile islamique prospère autant parmi les jeunes Françaises de confession musulmane, c’est à cause de la stratégie des islamistes de Téhéran : ils ne sont pas les seuls, certes, à s’y employer, mais leur projet politique, c’est la conquête du monde et de nos enfants au passage. On a bien vu au Liban et en Palestine tout le mal que les mollahs ont semé.

Mais la liberté finit toujours (ou presque…) par l’emporter ! Révolution française, révolution des œillets au Portugal, effondrement de l’URSS (bientôt de la Chine ?), fin de l’aprtheid, révolution de jasmin en Tunisie… C’est désormais au tour de l’Iran de faire sa révolution et de changer le cours de notre histoire. Celle de la liberté, celle des femmes libres, celle de la modernité.

 

Cette révolution, je l’appelle la révolution Norouz (nom tiré du nouvel An perse qui signifie lumière). Car je crois, j’espère que le régime des mollahs tombera d’ici le printemps. Mais je le dis haut et fort : seul un gouvernement en exil de toutes les forces opposées au régime et organisant la lutte totale permettra de vaincre les mollahs et de gagner cette révolution Norouz. 

L’acte I, ce fut en 2022 le mouvement Femme Vie Liberté.

Nous vivons l’acte II.

Mais soyons lucides ! Il y a un paradoxe iranien tragique : ce moment de la chute des mollahs, nous y sommes presque, mais nous en sommes encore si loin. Je pense aujourd’hui à ces deux femmes médecins franco-iraniennes qui m’avaient convaincu en 2014 que le régime des mollahs finirait par tomber.

J’insiste : nous y sommes presque, mais nous en sommes encore si loin.

Sauf si les Iraniens opposés aux mollahs font leur propre révolution copernicienne !

 

Une guerre totale

Ce mois tragique et rouge-sang de janvier 2026 nous enseigne ceci : avec ces dizaines de milliers de morts, de blessés, d’arrestations arbitraires, d’exécutions, nous avons compris que c’est une guerre totale qui a été déclarée par les mollahs.

Nous n’assistons pas à une répression sanglante mais à une guerre totale d’un tyran et de son régime contre son peuple et contre tous les partisans de la liberté, des femmes et de la modernité partout dans le monde.

Les mollahs savent très bien que le tyran n’a jamais comme solution que la terreur pour se maintenir au pouvoir. Toute preuve de faiblesse et le tigre de papier s’effondre : Gorbatchev et l’URSS, Ben Ali et la Tunisie… Les exemples abondent.

Les mollahs ont choisi la manière forte pour empêcher la chute de leur régime inique et théocratique. Ils ont trop, ils ont tout à perdre !

Dans ses visées mondiales, le régime des mollahs n’a pas déclaré la guerre uniquement à son peuple. Il l’a aussi déclarée au monde entier. Et d’ailleurs, l’inscription des Gardiens de la « révolution » sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne (enfin, un peu de courage !) a été accueillie par les autorités iraniennes comme une « déclaration de guerre ». Ce sont les termes employés par Téhéran.

Les mollahs sont donc entrés en guerre contre l’Iran et le monde libre.

 

Que faire donc ?

La décision de l’Union européenne contre les Pâsdârân (pourquoi ne pas l’avoir fait en 2022 au cœur du mouvement Femme Vie Liberté ?), le déploiement de la marine américaine et quelques frappes massives des Israéliens et des Américains l’an passé, les sanctions contre les dignitaires du régime, la convocation des ambassadeurs iraniens, l’étouffement de l’économie du système pour retourner la population et le bazar contre le régime…Tout cela est nécessaire mais ne suffira pas à faire tomber un régime sanguinaire.

De même, du côté des opinions publiques, face à la terreur du tyran, l’indignation ne pèse pas lourd, même si elle est nécessaire et l’expression de notre humanité partagée. Il n’est plus possible de se contenter de manifester, de crier son indignation, de signer des pétitions, d’implorer la communauté internationale lorsque le sang coule autant en Iran.

 

Or si la communauté internationale peut agir bien plus qu’elle ne le fait déjà, son action va dépendre avant tout des Iraniens eux-mêmes dans la diaspora.

Il est temps que le peuple iranien et surtout ses élites dans la diaspora fassent leur propre révolution. Et au plus vite si nous voulons vivre la révolution de Norouz d’ici 21 mars prochain !

Je ne vais pas me faire que des amis en disant ceci : mais la fréquentation depuis des années de dizaines d’amis iraniens me fait dire aujourd’hui, au nom de ces milliers de morts, de blessés et de prisonniers, que les Iraniens entre eux, habités par une profonde paranoïa que le système des mollahs a su distiller dans leurs esprits depuis 45 ans, dominés souvent par leurs idéologies et oppositions internes respectives, s’empêchent par eux-mêmes de se mettre autour d’une table pour faire front commun contre ce régime inique.

Iraniennes et Iraniens, fendez votre armure de méfiance hier protectrice pour pactiser enfin tous ensemble contre votre ennemi !

Les monarchistes et la gauche doivent cesser de s’écharper, surtout en public, dans les capitales européennes et occidentales pendant que des Iraniens continuent à mourir, à croupir en prison et à crier famine.

Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à se plaindre de ces divisions et protestent sur les réseaux sociaux.

 

De grâce, amis iraniens, ne nous faites pas revivre la déception de Georgetown en 2023 !

Début 2023, en plein cœur du mouvement Femme Vie Liberté, la diaspora iranienne, – les diasporas devrais-je dire, n’ont pas été au rendez-vous de ce mouvement extraordinaire. A Washington, une rencontre qui aurait pu être historique entre une dizaine de leaders iraniens, a lamentablement échoué. Après quelques heures à peine de discussion. Cet échec a sonné le glas du mouvement en Iran !

Rappelons qu’à Georgetown University le 10 février 2023, au moment où le mouvement iranien « Woman, Life, Freedom » était à son apogée après la mort de Mahsa Amini, Reza Pahlavi, des femmes engagées et des artistes, Masih Alinejad, Nazanin Boniadi, Golshifteh Farahani, Hamed Esmaeilion, Abdullah Mohtadi (et Shirin Ebadi selon certaines sources) ont suscité un immense espoir de coalition des opposants en exil. L’espoir est retombé immédiatement : un vague projet de « Mahsa Charter » a vite été englouti par des désaccords stratégiques, des rivalités de leadership, des critiques sur le rôle de Pahlavi, des départs et des prises de distance publiques.

Sommes-nous en train de revivre en 2026 cette désunion entre les opposants au régime des mollahs ?

Pendant la seconde guerre mondiale, le général de Gaulle a su fédérer autour de sa personne des forces politiques totalement opposées entre elles. Qui sera le de Gaulle iranien ? Le fils Pahlavi ? Une femme du mouvement de 2022 ? Un(e) avocat(e) ? Un Trump iranien (ou une Trump iranienne) qui décidera de mettre sa fortune au service de la révolution de Norouz et d’imposer un compromis, à tous ?

 

Une chose est sûre : si celles et ceux qui s’opposaient hier et encore aujourd’hui, mais réunis par le seul objectif de faire tomber le régime des mollahs, se retrouvaient dans un conclave et en sortaient pour annoncer la création d’un gouvernement en exil, le bras de fer tournerait à l’avantage des partisans de la liberté.

Ce gouvernement en exil sera légitime s’il est composé des personnalités d’horizons politiques, culturels, ethniques (Mahsa Amini était kurde), sociologiques, idéologiques, qui composent la diversité et la richesse de la société iranienne.

Osez, amis iraniens ! N’attendez pas sur Trump !

Que des entrepreneurs iraniens qui ont réussi dans le monde, des leaders parmi les commerçants, des médecins si prestigieux osent s’inviter à ce conclave ! Ne laissez pas les politiques professionnels et les intellectuels (sans pour autant les écarter) assumer cette responsabilité historique de rassembler !

Ce gouvernement iranien en exil devra demander (et obtiendra aisément s’il est uni) la reconnaissance de la communauté internationale et organiser la résistance, – toutes les formes de résistance !

Sinon la chute chaotique du régime des mollahs, qui arrivera tôt ou tard, sera retardée de plusieurs années et risque aussi de déboucher sur une anarchie et une guerre civile terrible. De la capacité des diasporas à s’organiser avant l’issue de la révolution dépend aussi l’avenir du pays.

Paris, Londres, Berlin, Ottawa ou Washington ? Qui prendra l’initiative de faciliter et d’accueillir une telle réunion en vue de la constitution de ce gouvernement en exil ?

Seule inconnue : en quelle année aura lieu la révolution de Norouz ? C’est aux élites iraniennes d’en décider les premiers.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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