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15H24 - mardi 17 mai 2022

Burkini ou comment sortir du piège tendu par la gauche ? Lettre de Fabrice Haccoun à Madame la Première Ministre Elisabeth Borne

 

Madame la Première Ministre Elisabeth Borne,

Vous accédez aujourd’hui à une des plus hautes fonctions de l’Etat dans une situation plus que tendue pour le pays et plus largement pour le monde.

Parmi tous les sujets, votre prédécesseur vous en laisse un particulièrement épineux : vous allez devoir réagir à la décision du maire de Grenoble d’autoriser le burkini dans les piscines municipales. En effet, hier soir, lundi 16 mai 2022, le conseil municipal de la ville a adopté à une courte majorité l’autorisation du burkini dans les piscines municipales. Cette décision autorise aussi la baignade seins nus pour satisfaire l’opposition qui accusait le maire de promouvoir la pudeur religieuse. Ce grand écart ridicule n’est pas sans rappeler l’interdiction de la kippa et du crucifix dans les écoles pour mieux faire passer celle du voile. La question est la suivante : allez-vous tomber dans le piège en réagissant comme vos prédécesseurs sur le fondement juridiquement contestable de la laïcité ou allez-vous enfin réagir politiquement ?

Oui Madame la Ministre, le sujet du burkini est fondamentalement politique avant d’être juridique ou religieux.

En réalité, l’édile de Grenoble est tout à fait cohérent. Depuis l’effondrement du mur de Berlin et le choix assumé des pays du bloc soviétique d’adopter l’économie de marché, la gauche qui s’est retrouvée orpheline a dû se rabattre sur un nouveau corpus idéologique que Pascal Bruckner décrit comme basé sur la race, l’identité et le genre. Cette gauche qui a trahi le monde ouvrier a perdu son vote et n’a pu survivre qu’en remplaçant la lutte des classes par une nouvelle lutte. Elle défend désormais ceux qu’elle considère comme les nouveaux damnés de la terre : les partisans d’un islam rigoriste.

La gauche considère en effet que ceux-ci font l’objet en France d’une terrible cabale. Alors, à coup de décisions aussi absurdes que provocatrices, les thuriféraires de ce camp politique dit progressiste (un comble) vont, toute honte bue, promouvoir ce que l’humain a produit de plus archaïque et rétrograde sur ces dernières décennies. Exit l’universalisme des Lumières, bienvenue au relativisme. Cette position idéologique des apprentis sorciers de la gauche a totalement fait exploser la société française en provoquant un injuste rejet de l’islam et des musulmans dans leur ensemble qui sont en réalité otages d’une instrumentalisation qui les dépasse. Coup de maître de cette gauche qui a réussi à autogénérer l’objet même de son combat puisqu’elle s’empresse derrière de dénoncer les réactions islamophobes qu’elle a elle-même créées par son inconséquence. Zemmour et Le Pen ne sont en réalité pas les responsables de ce rejet, ils en sont les symptômes.

Mais revenons au sujet de votre prise de fonction, Madame la Première Ministre. Nous venons d’affirmer que Jean Castex vous a laissé le cadeau du Burkini. Il aurait pu choisir de se prononcer mais il a préféré vous transmettre la patate chaude. Un véritable casse-tête que des générations de politiques n’ont pas réussi à régler. Alors, parce que vous m’avez l’air sympathique et que votre parcours est remarquable à plus d’un titre, j’ai envie de vous donner la solution. Elle est simple à mettre en œuvre mais exige une qualité qui a cruellement manqué à vos collègues : le courage.

Si nos dirigeants sont empêtrés, c’est probablement parce qu’ils s’attaquent au sujet du voile en général et du burkini en particulier par le biais du mauvais fondement et donnent ainsi le bâton pour se faire battre. Il ne faut pas être constitutionnaliste pour comprendre que le fondement de la laïcité est, en l’espèce, inopérant voir contre-productif. Pour comprendre cela il faut commencer par définir ce qu’est la laïcité : c’est la neutralité absolue des pouvoirs publics en matière religieuse destinée à assurer la liberté de conscience à chaque citoyen. Elle a été établie au début du siècle précédent pour lutter contre l’influence et la prédominance du catholicisme, religion ultra majoritaire dans le pays, afin de ne pas laisser l’idéologie religieuse par définition conservatrice empêcher le progrès mais aussi l’expression libre des autres formes de consciences (qu’elles soient politiques, religieuses ou les deux). Dans ce contexte on comprend bien que l’interdiction d’une tenue à connotation religieuse dans l’espace public hors des lieux institutionnels est une hérésie qui va précisément à l’encontre du principe de laïcité. Facile dès lors pour les islamistes de retourner l’argument comme un judoka utilise la force de son adversaire pour gagner. D’ailleurs les islamistes se vantent souvent d’utiliser les ressorts de la démocratie contre elle-même.  Le port de signes ostentatoires religieux est une expression de la liberté individuelle et lutter contre au nom de la laïcité apparaît logiquement contestable.

En réalité, il faut comprendre que ce n’est pas le voile qui pose problème en soi mais son instrumentalisation : Il est l’étendard d’une idéologie politique philosophiquement antagoniste avec les valeurs démocratiques de la République. Je ne porte ici aucun jugement sur le bienfondé de l’un ou l’autre des systèmes, mais j’explique objectivement ce qui rend ce sujet si épineux. L’Islam est une religion exclusive qui incite à l’orthopraxie. C’est est en réalité bien plus qu’une religion, c’est une identité et un système politique qui prône la prééminence du groupe (la oumma) sur l’individu.

Or, dans nos sociétés occidentales démocratiques, c’est l’individu qui prime sur le groupe auquel il appartient ou est censé appartenir. Cette opposition philosophique de principe rend très difficile la cohabitation entre ces deux systèmes politiques antagonistes.

Or depuis des décennies, sous l’influences d’Etats et de mouvements religieux, une petite partie des musulmans qui vivent en France se sont convertis à cette version politique et conquérante de l’islam et tentent chaque jour de grignoter du terrain en s’attaquant aux fondements même de notre démocratie (égalité hommes-femmes, liberté de conscience, antisémitisme et homophobie décomplexés etc…) en brandissant un étendard : le voile et tous ses dérivés. Et ce qui rend ce sujet si difficile à aborder c’est que de très nombreuses femmes musulmanes le portent avec beaucoup de sincérité sans volonté de participer à cette lutte politique.  Toutes ces femmes servent ainsi d’otages et de boucliers aux extrémistes. Impossible d’attaquer ces derniers sans toucher à ces mamans ou grand-mères, qui n’ont rien demandé à personne et ne font que perpétuer une tradition culturelle de pudeur que l’on n’a absolument pas à juger au même titre que personne n’a à juger la mini-jupe ou le monokini. La nécessité de lutter contre l’irruption du religieux dans la sphère publique et politique ne s’applique d’ailleurs pas qu’à l’islam. On constate aujourd’hui à quel point l’influence des partis religieux est délétère en Israël comme aux Etats-Unis où les droits fondamentaux des femmes à disposer de leur corps reculent sous l’influence des églises évangélistes.

Pour contrer les tenants de l’islam politique en France, ce n’est donc pas la laïcité qu’il faut invoquer, il faut défendre de manière forte et décomplexée l’universalisme des lumières et l’imposer comme un préalable non négociable à tous ceux, musulmans ou pas, qui veulent vivre en France et bénéficier de la solidarité nationale. Il faut lutter pied à pied contre le relativisme délétère de la gauche, contre ce multiculturalisme qui a conduit à la fragmentation d’une société française que la République avait réussi à unifier après des siècles de luttes et de divisions. Il est impératif d’imposer un nouveau contrat social dans ce pays, un contrat basé sur l’adhésion sans réserve au socle de valeurs universelles qui est le nôtre en échange de tous les avantages qu’offrent le fait de vivre dans ce pays.

N’importe quel système, le nôtre compris, a le droit et le devoir de se protéger et de se défendre, surtout quand il incarne un progrès acquis de haute lutte. Pour ce faire, je vous invite, Madame la Première Ministre, à réaffirmer ce qu’est le système politique français, quelle en est son originalité, quels en sont ses fondements et pourquoi, sans pour autant le juger, aucun autre système politique ne peut s’imposer en France. Vous arriverez ainsi à lutter contre le phénomène du burkini sans pour autant stigmatiser ceux de nos concitoyens qui vivent leur islam en totale conformité avec les lois et la philosophie de la république tout en évitant le piège de la division. J’ai bien conscience que c’est une ligne de crête mais c’est le seul chemin pour accéder à l’harmonie à laquelle aspire les Français dans leur ensemble.

Et pour conclure, je citerais Louis-Antoine Saint Just qui au moment de la révolution française déclarait : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Il serait bon, Madame la Ministre que nos dirigeants revoient leurs classiques.

 

Fabrice Haccoun

Directeur général France d’une ETI internationale, entrepreneur du numérique, magistrat honoraire, ancien membre du conseil stratégique de la présidence de la République sur l’attractivité de l’économie française.

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