Sois belle et ouvre la
06H07 - mercredi 20 octobre 2021

Nathalie Donkeng Tenekam : « On peut enfin se sentir belles et braves en Afrique »

 

 

 

Au lendemain de la clôture des obsèques du sultan Ibrahim Mbombo Njoya, le 9 octobre dernier, Nathalie Donkeng Tenekam, dont la société a assuré en moins d’une semaine toute la logistique des 8.000 convives, a reçu de nombreux appels de félicitations, provenant pour certains de personnalités éminentes, afin de la remercier de sa qualité de service lors du dramatique événement endeuillant son pays, le Cameroun.

Entretien avec une entrepreneuse fière d’incarner notre « Sois belle et ouvre-la ».

 

Opinion Internationale : Notre journal vous reçoit dans sa rubrique “Sois belle et ouvre-la”. Quel sens a pour vous cette formule à laquelle nous tenons beaucoup ?

Nathalie Donkeng Tenekam : Je la trouve juste magnifique. Sois belle et ouvre-la prend tout son sens lorsque l’on se tourne vers l’Afrique. Pendant très longtemps, sur mon continent, la femme n’avait rien à dire. Elle ne participait en rien au développement ni économique ni politique du pays. Tout ce que la femme avait à faire, c’était de se faire belle, mais de se taire.

Aujourd’hui, je sens que nous pouvons être belles et braves. En tout cas moi je le ressens. Et je pense qu’on peut toutes désormais se frayer un passage jusqu’au succès, c’est-à-dire que l’on peut se créer un chemin tout en restant belle.

 

OI : Cette phrase prend pour vous encore plus de sens quand on repense à vos débuts…

C’est vrai. Je repense au moment où je viens d’obtenir ma formation en gestion hôtelière. Je décide alors de travailler pour le “Jardin des conquérants”, la chaîne d’hôtels de mon père (Joseph Tenekam, NDLR) basée dans les villes de Bafoussam et Douala, au Cameroun.

Tout de suite, l’équipe de mon père se dit à l’unisson : « Ça y est. La fille du patron vient d’arriver, elle va prendre la tête de l’entreprise… » Mais à la surprise générale, mon père m’emploie comme femme de ménage.

J’occuperai ensuite un poste dans la conciergerie. Plus tard, je deviendrai réceptionniste, et même cuisinière… Ce n’est qu’au bout de trois-quatre ans comme simple salariée que mon père me propose d’être sa directrice adjointe.

Mon père ne m’a pas fait de cadeau et m’a mise à l’épreuve. Je me suis créé mon chemin, et la voie que j’ai su me frayer m’a permis d’être qualifiée. Quand je prends ce poste (de directrice adjointe, NDLR), je sais ce qu’il se passe dans les cuisines, les chambres, même à la réception, et tout le monde en est convaincu. Je me suis fait respecter.

 

OI : Est-ce ce mérite fraîchement acquis qui vous a donné envie de voler de vos propres ailes ?

Certainement. Après ces débuts sur le terrain, j’ai fait part à mon père de mon envie d’affirmation. Je souhaitais « voler de mes propres ailes », en quelque sorte (elle rit). Il m’a aidé à concrétiser mon projet en me donnant juste l’argent nécessaire pour me lancer.

C’est comme ça que j’ai lancé ma structure, qui entre temps devient le « Fouquet des coopérants » en 2009. Mais au début, cela ne fonctionne pour ainsi dire pas vraiment…

 

OI : Et c’est en l’ouvrant justement, ou en tout cas en ouvrant vos horizons, que vous inversez la tendance, n’est-ce pas ?

Je vais en Asie trois ans plus tard, en 2012. Mon but, c’est de dénicher les innovations technologiques les plus à la pointe de façon à me créer un avantage concurrentiel. De rencontre en rencontre, je parviens à mes fins. Et à mesure ensuite que j’incorpore ce matériel dans mon entreprise, tout se met en place.

 

OI : Vous gardez un lien avec la chaîne hôtelière pour laquelle vous avez travaillé ?

Bien sûr. Plus tard encore, dix ans après l’ouverture de ma structure, mon père me propose de reprendre sa chaîne hôtelière, car il se sent très fatigué. J’accepte sa proposition. Évidemment, il garde un œil vigilant sur les affaires. On retire difficilement un entrepreneur de ce qu’il a construit (elle rit).

En parallèle, mon entreprise dans l’événementiel fonctionnait de mieux en mieux pour moi. Et récemment, j’ai vécu mon apothéose en ayant l’honneur d’organiser les funérailles d’un des hommes les plus influents de notre pays, Ibrahim Mbombo Njoya, décédé (le 27, NDLR) septembre dernier. Que le sultan repose en paix. Désormais, je rêve de conquérir le Cameroun, et pourquoi pas le monde.

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Michel Taube et Noé Kolanek

 

Directeur de la publication

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