La chronique de Jean-Philippe de Garate
09H30 - mardi 5 janvier 2021

2021 en un mot ? Fragmentation ! Chronique pour une nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

Bernard Blier, tonton flingueur, promettait de répliquer sévère : « Je segmente façon puzzle, je ventile, je disperse… » Tout le monde riait mais c’était avant. Bien avant.

Pourtant, rarement le ciel n’aura été si dégagé. Dégagé mais pas clair. Noir de carbone ! 2020 aura été l’année du basculement. Les trente années de mondialisation, de financiarisation, de liquéfaction des classes travailleuses, d’aliénation de l’Etat, de concentration des richesses, de déplacements tragiques de populations, de la « virtualisation » d’à peu près tout, de l’argent à l’amour, laissent un paysage de ruines. Avec Pongola Covid en Miss Monde 2020. Tout a éclaté. Et rien ne reviendra à sa place. Qu’on se le dise !

2021 sera l’année de la fragmentation. Résultante de l’année qui meurt.

Toutes les autorités d’Etat ont perdu en légitimité. Oublions nos politiques. On se sent presque plus protégé par Ursula von der Leyen que par Castex Jean et à peu près tous les autres Hexagonaux, de JLM à MLP. Parce qu’elle ouvre la bouche pour dire – brièvement- quelque chose.

Oublions nos administrations courtelinesques et ce merveilleux Conseil d’Etat dont certains arrêts – notamment la décision sur les librairies – mériteraient d’enrichir le dictionnaire des idées reçues de Flaubert, avec un accessit spécial pour la riche collection de poncifs qu’on y trouve. 

Mais le pire, ce sont les blouses blanches.

On imaginait nos sages, pleins de science, de doutes, de recul, d’empathie et d’humanité, on découvre de tristes bedeaux arpentant leurs chapelles. Bref, c’est la même chose que chez les plombiers-zingueurs. Zinc ou plomb ? Blier Bernard le Regretté répondrait pour nous : plomb pour tout le monde !

Allez ! 2020 … Restera peut-être une seule chose positive. Une. Une seule !

Pour me faire comprendre, je dois au lecteur une confession : ancien magistrat, je me suis battu en une occurrence de ma vie – et j’ai légèrement perdu, ayant été révoqué – pour faire respecter le rôle de la « personne de confiance » en milieu hospitalier dont le statut est fixé par les dispositions de l’article L 1111-6 du Code de la Santé publique. Vous l’ignorez ? Laissez votre série TV favorite et sachez-le par cœur ! Il vous sauvera la vie dans quelques années :

Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant et qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté et de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Elle rend compte de la volonté de la personne. Son témoignage prévaut sur tout autre témoignage. Cette désignation est faite par écrit et cosignée par la personne désignée. Elle est révisable et révocable à tout moment.

Si le patient le souhaite, la personne de confiance l’accompagne dans ses démarches et assiste aux entretiens médicaux afin de l’aider dans ses décisions.

Lors de toute hospitalisation dans un établissement de santé, ou dans un hôpital des armées ou à l’Institution nationale des invalides, il est proposé au patient de désigner une personne de confiance dans les conditions prévues au présent article. Cette désignation est valable pour la durée de l’hospitalisation, à moins que le patient n’en dispose autrement.

Dans le cadre du suivi de son patient, le médecin traitant s’assure que celui-ci est informé de la possibilité de désigner une personne de confiance et, le cas échéant, l’invite à procéder à une telle désignation.

Lorsqu’une personne fait l’objet d’une mesure de tutelle, au sens du chapitre II du titre XI du livre Ier du code civil, elle peut désigner une personne de confiance avec l’autorisation du juge ou du conseil de famille s’il a été constitué. Dans l’hypothèse où la personne de confiance a été désignée antérieurement à la mesure de tutelle, le conseil de famille, le cas échéant, ou le juge peut confirmer la désignation de cette personne ou la révoquer.

Le moins que je puisse en dire est que les choses changent. La personne de confiance dont je parle avait été mise à la porte manu militari par un directeur de clinique en 2012, parce que, clairement, elle « gênait ». Ces violences n’ont pas été poursuivies, c’est un euphémisme. La personne de confiance… en correctionnelle !

Quant à l’expression « son témoignage prévaut sur tout autre témoignage », je crains qu’elle mette un « certain temps » pour parvenir aux deux globes cérébraux de nombre de « juristes » … Bref… Pour la première fois il y a une semaine, j’ai entendu cette expression « personne de confiance » à la radio, personne appelée à jouer son rôle d’intercesseur entre le patient d’EPHAD et les « autorités médicales » voulant vacciner à tour de bras. Attention ! ne prenons pas nos désirs pour des réalités. Cela dit, c’est la seule bonne nouvelle de 2020. Je ne pouvais pas la rater ! Surtout si, enfin, on pratique des autopsies dans certaines institutions de gériatrie lors de trop nombreux décès… après vaccination… mais … Stop ! ne rêvons pas ! Il a fallu une guerre mondiale pour créer un juge des enfants. Le « juge des seniors » attendra le pas de légionnaire suisse de nos administrations. 

C’est ça, l’Histoire.

2021 sera, j’en suis désolé mais certain, pire que 2020. Ce sera l’année de la fragmentation. On va retrouver des morceaux… Partout.

Cinq exemples.

Les Etats-Unis n’auront pas un nouveau président, ils connaîtront une incessante guérilla entre le monde des Républicains, et l’officialité démocrate. Fragmentés, les Etats « unis » ! il y a fort à parier que, hormis une guerre extérieure – et encore ! même pas sûr -, rien ne pourra ressouder ce pays perclus de haines, d’offenses irrémissibles, d’oppositions à main armée, de chicaneries judiciaires sans fin, cet anti-modèle absolu. Ah ! quelle chute ! Où sont les Lovin’Spoonful ? Daydream ? Rêve américain ? Cauchemar !

La Chine ? Elle a beaucoup perdu. Je crois même qu’elle est la principale perdante de 2020. Et pour une raison simple. En Occident, on ne ment qu’une fois. Mais si ! Car la seconde, on le sait bien, votre crédit est forcément sujet à caution. La tragédie chinoise, c’est son incapacité plurimillénaire à diffuser autre chose qu’une lave volcanique, comme son magnifique kaolin. La Chine agglutine, étend son emprise, se renforce de Bogota à Djibouti, de Djakarta (encore que) à tous nos bars-tabacs hexagonaux, ou presque. Pas un jour de fermeture pour les tabacs depuis le début d’une certaine pandémie, onze mars ! La sainte alliance entre Bercy et Pékin ! Mais quel rêve chinois ? Quel projet ? Ce matérialisme délirant, ces objets sans valeur, sans beauté, qui nous encombrent et vont bientôt faire déborder le Pacifique… Que certains Français aient un rôle peu glorieux à Wuhan et Pékin se règlera demain… la justice politique hexagonale est parfois un peu lente.  Mais la Chine, elle, connaît aujourd’hui des tensions internes telles qu’elle ne sait – comme toujours- que comprimer et comprimer encore. La Chine ne sera jamais qu’un Milieu, où se perdent les périphéries qui ne résistent pas, tel le Japon. A l’intérieur, comprimer encore et encore n’empêche pas la fragmentation. Cimentée façon crumble, la Chine ! La société est parcourue de zones de fracture d’un niveau tel que l’abolition de la peine de mort n’est pas pour après-demain.

Fragmentée, l’Europe. Je vis comme la tragédie de ma génération le départ de l’Angleterre. Certains jours, je souhaiterais que notre littoral de Dunkerque à Hendaye se libère des pesanteurs continentales, qui plombent l’Europe. Ursula, Dieu merci, a vécu à Londres – sous un nom d’emprunt – et tente d’alléger ce monstre administratif aussi léger qu’un chocolat bruxellois qu’on nomme l’Union ! Mais le cœur de l’Europe est décentré à l’Est. Où tout demeure dans un bazar sans nom. Un puzzle.

Fragmentée, la France. Mais là, il faudrait quinze chroniques pour détailler. Je plaide la trêve des confiseurs ! Pause ! et chocolat en fragments pour l’heure.

Fragmentés, les Français. Fragmentés de l’intérieur, avec la tête à l’envers et un bêtisier de 2020 – pas de masque, vive le masque ! – qui n’a pas arrangé leur état mental. Les Français ne sont pas heureux.

Mais pourtant, ce n’est pas si grave. Finalement, que la pyramide et les colonnes de notre Jupiter se fragmentent, cela constitue une excellente nouvelle. Que les Français se détachent des abstractions, des importants, des blablateux de tous types. On peut vivre sans série télévisée ni allocution débile, et retrouver la nature, la simplicité, les amis – à distance raisonnable- et les valeurs qui fondent ce Finistère unique… parce que fragmenté en belles singularités !

2021 : Fragmentation !

 

Jean-Philippe de Garate

 

 

 

 

 

 

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