Sois belle et ouvre la
France /
13H52 - jeudi 5 avril 2018

Muriel Touaty, lieutenant de l’innovation au féminin, à la une de Sois belle et ouvre la

jeudi 5 avril 2018 - 13H52

La directrice de Technion France, Muriel Touaty, dont le rôle est de promouvoir l’Israël Institute of Technology, répond à Opinion Internationale.

Muriel Touaty, « sois belle et ouvre la », cela vous parle ?

Oui, absolument : quand on est femme, on doit l’ouvrir ! Quand on est homme aussi d’ailleurs. L’ouvrir, se revendiquer, se légitimer, c’est être un humain.


Et vous, en tant que femme, que revendiquez-vous ?

Ma féminité. Mon intuition, mon émotion. La faculté à la compassion, à la bienveillance, à l’empathie, à l’union des uns et des autres dans leurs différences. Il faut faire en sorte que nous puissions nous accepter malgré nos différences. Essayer de miser sur le progrès pour tous et partagé par tous avec un socle majeur, un dénominateur commun pour les hommes et les femmes : l’éducation à tout prix.


Vous êtes à la tête de l’Association Technion France qui promeut le Technion Israel Institut of Technology, le MIT du Moyen-Orient, qui développe d’ailleurs de nombreux partenariats en France (citons notamment un laboratoire en collaboration avec l’Inserm et l’université Paris Sud Saclay). Bref, vous naviguez dans le monde des innovations et de la recherche. Mais, dans ce monde 4.0, on y parle d’humain, d’humanisme ?

On ne parle que de cela ! L’innovation et la recherche ne peuvent être portées que par de belles âmes, par des humains qui cherchent et trouvent des solutions pour le bienfait de l’humanité, pour la préservation de la vie, de la planète, de la croissance économique. Au Technion, qui est une école d’ingénieurs qui couvre les champs les plus pointus de la recherche technologique, nous avons autant d’étudiantes que d’étudiants. Nous avons 44% de chercheuses femmes doyennes de faculté, et de nombreuses femmes entrepreneuses.


Jean Monnet, Konrad Adenauer et les autres pères fondateurs ont cru à des solidarités concrètes pour rebâtir l’Europe. Shimon Perez ou
Yitzhak Rabin, des hommes d’Etat arabes, comme Anouar el Sadate en Egypte ou Yasser Arafat en Palestine, ont cru à des rapprochements, notamment en tentant à leur tour de créer des solidarités concrètes qui permettraient d’atténuer les oppositions politiques. Pensez-vous qu’en 2018, les innovations soient les nouvelles solidarités concrètes qui permettront de dépasser les crises qui secouent le Moyen-Orient ?

Tout à fait. Parce que la recherche, la science, la technologie, l’innovation, surtout portées par les nouvelles générations, sont des valeurs universelles, censées transcender tous les barrages, toutes les barrières culturelles et cultuelles.

Ceci dit, ces solidarités concrètes se forgeront aussi si émergent des générations beaucoup plus éduquées qui miseront sur le progrès. Ces valeurs, cette éducation aideront à transcender les clivages politiques ou religieux.


Y a-t-il des chercheurs arabes dans le Technion ?

Nous avons 30% de populations estudiantines internationales et 23% de populations estudiantines arabes israéliennes, des chercheurs au plus haut niveau. Par exemple, nous avons le chercheur Hossam Haick qui a mis au point un nez artificiel : vous aspirez dedans et on peut diagnostiquer si votre corps est porteur de tumeur cancéreuse ou pas !


Si vous aviez une mesure à proposer pour l’égalité homme-femme, quelle serait-elle ?

Ce serait de donner la même liberté aux femmes qu’aux hommes de faire, de raisonner, de penser, cette liberté psychique qui permet de créer et d’innover. Pour qu’elles puissent, avec les hommes, arriver à cet équilibre serein, cette alchimie magique de la réussite qui fera enfin advenir une société réparée.


Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication