
Loft story (2001-2) demeurera dans l’Histoire.
Si !
Les siècles qui nous précèdent avaient été le théâtre de découvertes assez époustouflantes en tous domaines, et les hommes en ont conclu assez légitimement qu’ils étaient des animaux évolués tout à fait remarquables.
Puis le vingtième siècle nous a confronté, pour ceux qui l’ont connu de près, à la résurgence de phénomènes que les bourgeois raisonnables et éclairés pensaient rejetés dans les ténèbres d’un passé préhumain : ainsi de la Shoah, tragédie biblique, ou ces vagues continues de populations jetées sur les routes et exterminées par le froid, les privations, le travail forcé, l’absence de soins médicaux, l’assassinat de masse, comme cela s’est produit en Union Soviétique sous Staline ou dans le « paradis communiste » de Mao, sans parler ici du Cambodge de Pol Pot et de « l’homme nouveau » des Khmers rouges.
A l’ouest, rien de bien nouveau, précisément, puisqu’à l’issue des Trente Glorieuses (1945-75) s’est ouverte une période érigeant l’argent en seul Dieu, le taux de croissance et l’enrichissement de tous devenant, non des objectifs économiques et sociaux, mais des idoles vénérées.
Mais si « on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance », chacun a vite appris que le trouble profond affectant l’Occident, avec les mouvements de masse de capitaux et de populations hors contrôle, demeurera la marque de fabrique des Trente Hideuses (1990-2020), avec les accords du GATT, l’admission de la RPC dans l’Organisation Mondiale du Commerce, la mondialisation débridée et la marchandisation de tout, à commencer par le corps humain déserté par Dieu.
Loft Story demeurera donc une étape dans l’abjection, même si, comme dans l’Empire d’Héliogabale et des Douze Césars, tout aura été essayé durant ces années Houellebecq, de la pédophilie de Shein, des accompagnateurs parisiens au trafic organisé d’organes, drainant toutes sortes de théories explicatives ayant saisi l’Occident.
Etonnez-vous après ça que dans un réflexe de peur intense, de rétraction, les Occidentaux et quelques autres aient ressenti le besoin de tout fermer, tout contrôler, et remettre les choses à l’endroit.
Mais non ! l’inversion des valeurs demeure.
Dès les premières pages d’un de ses ouvrages les plus lus, « La confusion des sentiments », Stefan Zweig (1881-1942), victime du IIIème Reich n’ayant pas trouvé dans le Brésil, « Terre d’avenir », une paix que l’Empire noir semblait menacer par ses victoires incessantes presque dix ans durant (1933-42), met en scène un jeune homme recherchant, comme la plupart des adolescents et post-adolescents peuplant nos cités et campagnes, « autre chose ».
À travers Berlin, et au détour de promenades sans but, occupant des journées entières de cet étudiant délaissant les enceintes confinées de l’Université, on ressent bien ce « mal de vivre » qui s’analyse en vertige face à une vie à vivre.
Une vie vide, c’est un Empire vain.
Et finalement, se promener n’est pas une échappatoire, mais une des plus significatives des activités humaines, une résistance à l’enfermement.
Pas le mince défi !
En 2026, 71% de nos compatriotes sortent moins d’une heure par jour à l’air libre !
« Alors, dans ce Berlin, le sentiment de la liberté devint pour moi un enivrement si puissant que je ne supportais même pas la claustration passagère des cours magistraux de la Faculté, ni même la clôture de ma propre chambre. »
Loin du loft morbide !
Jean-Philippe de Garate
A lire également : « Trois petits tours » (Le Lys bleu), Bréviaire de la Destruction (éd. Fortuna), « Le Juge des Enfants » (Portaparole), » l’Avocat » (Le Lys Bleu)…


















