
La disparition de Loana suscite une émotion générale. Mais cette émotion sonne faux, terriblement faux. Elle est le masque commode d’une hypocrisie collective que plus personne ne prend la peine de dissimuler. On pleure aujourd’hui celle que l’on a hier exposée, consommée, puis oubliée, dans une mécanique implacable où l’humain devient produit, puis déchet.
Son sacrifice n’empêchera rien. Ni les producteurs, ni les diffuseurs, ni les plateformes ne renonceront à un système qui rapporte. Depuis Loft Story en 2001, ce sont entre 150 et 200 formats de téléréalité qui ont envahi les écrans français. Plus de 300 saisons se sont succédé sur TF1, M6, W9, NRJ12, TFX… Une industrie entière, prospère, bâtie sur l’exhibition des individus et la marchandisation de leur intimité.
Car c’est bien là le cœur du problème. La téléréalité ne promeut pas le talent, mais la visibilité. Elle érige en modèle la compétition permanente, l’exposition de soi, la mise en scène du quotidien, jusque dans ses aspects les plus intimes. Les sentiments deviennent des scénarios, les disputes des spectacles, les relations humaines des produits dérivés. Et derrière cette façade, une violence sourde : jalousie attisée, humiliation banalisée, femmes réduites trop souvent à des silhouettes ou à des objets de désir.
Rendre hommage à Loana ne suffit pas. Battre sa coulpe est trop facile. Car chacun, à son niveau, participe à cette mécanique. Chaque audience validée, chaque buzz relayé, chaque programme regardé contribue à perpétuer ce système qui broie autant qu’il divertit.
Le véritable hommage à Loana serait ailleurs. Radical, simple, presque dérangeant : éteindre son téléviseur. Refuser d’être complice. Refuser de transformer des vies en spectacles. Refuser, enfin, cette « hate story » collective dont nous sommes, tous, les acteurs silencieux.
Michel Taube



















