
Patrick Casagrande, bonjour. Merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale. Vous êtes candidat à la mairie d’Aurillac dans le Cantal. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Patrick Casagrande : bonjour. Je suis un Aurillacois de 34 ans. J’ai grandi à Aurillac, je suis pacsé avec une Aurillacoise, mes enfants sont nés et sont scolarisés ici. Je suis cadre en collectivité territoriale. Je suis actuellement directeur de cabinet à la communauté urbaine de Limoges, depuis bientôt six ans.
Je suis candidat sans étiquette à l’élection municipale d’Aurillac. Moi-même, je suis plutôt de centre droit, mais j’ai constitué une équipe citoyenne. Sur notre liste, certains candidats se revendiquent de droite, d’autres ont une sensibilité de gauche, d’autres encore une sensibilité centriste, mais surtout la très grande majorité n’a jamais eu d’appartenance partisane ni d’engagement politique classable à gauche ou à droite.
Nous sommes donc dans l’expression de ce qu’attendent les Aurillacois : une liste tirée par un enfant d’Aurillac qui assume son positionnement personnel, mais une liste totalement focalisée sur les intérêts des habitants, et non sur ceux d’un camp, d’un clan ou d’un parti.
Présentez-nous Aurillac. En quoi votre ville est-elle représentative de la France des territoires, dans un département auquel Opinion Internationale consacre une attention particulière dans sa rubrique Opinion Territoires ?
Aurillac est une ville de 26 500 habitants, qui a perdu des habitants ces vingt dernières années, puisqu’elle en comptait environ 31 000 il y a deux décennies. Cela s’explique en partie par le développement de son agglomération, tandis que le centre-ville, lui, s’est un peu dépeuplé, à mesure que les commerces de proximité reculaient et que les zones commerciales périphériques se développaient.
Aurillac donne parfois l’image d’une ville de la France des territoires, certains diraient même de la France profonde. Cela tient au fait que nous sommes éloignés des grands axes de communication. Aurillac est la seule préfecture de France située à plus de 100 kilomètres de toute autoroute, vers l’est, l’ouest ou le sud.
Cet enclavement a longtemps protégé la ville de certains désordres contemporains. Mais Aurillac ne se résume pas à une image de carte postale, entre paysages, gastronomie et agroalimentaire. C’est aussi une terre d’innovation. Nous avons ici une tradition industrielle, notamment autour du parapluie, qui reste forte symboliquement. Mais surtout, Aurillac a développé une filière de microbiologie [Opinion Internationale y a consacré un article en décembre dernier, NDLR] issue historiquement du travail autour du lait et du pénicillium.
Nous avons par exemple le laboratoire Agrolab, qui emploie environ 150 salariés et réalise des analyses laitières sur un territoire immense, du Gers jusqu’à l’Yonne. Nous avons aussi Biose Industrie, l’un des leaders mondiaux de la microbiologie alimentaire et des compléments alimentaires. Aurillac est donc une terre d’innovation, avec aussi près de 1 700 étudiants rattachés à l’université de Clermont. L’une de nos ambitions est d’atteindre la barre symbolique des 2 000 étudiants.
Quelle est votre ambition pour Aurillac au cours des six prochaines années ? Quelles sont les grandes lignes de votre programme ?
Notre programme repose sur deux grandes jambes.
La première, c’est d’être irréprochables sur le cadre de vie. J’insiste là-dessus parce que l’enclavement d’Aurillac doit être compensé par des atouts très forts. Ceux qui choisissent de vivre ici viennent chercher une qualité de vie : une bonne qualité de l’eau, de l’air, la proximité de la montagne, des lacs, une ville à taille humaine, où l’on se déplace facilement, où l’on stationne facilement, où l’on peut trouver une place en crèche, où les gens ne sont pas de simples numéros de dossier.
Tout cela repose sur un cadre de vie préservé, et donc aussi sur la sécurité. Si l’on n’offre pas à Aurillac des conditions de sécurité supérieures à celles de villes bien mieux connectées, les gens finiront par se demander pourquoi ils viendraient s’installer à sept heures de Paris plutôt qu’à une heure.
Sur ce cadre de vie, il y a déjà des choses bien faites que nous poursuivrons. Sur les écoles, par exemple, nous voulons passer les cantines en régie pour proposer aux enfants des produits locaux, traçables, avec plus de goût que ce que peut offrir une grande société de restauration collective.
La deuxième jambe du programme, c’est de projeter le territoire dans son avenir, notamment à l’horizon 2050. Cela se joue davantage à l’échelle de l’agglomération : comment voulons-nous positionner Aurillac sur le plan touristique, économique, universitaire ? Quelles filières voulons-nous soutenir pour que la ville continue à offrir de l’emploi privé et demeure attractive ?
Aujourd’hui, Aurillac compte 46 % d’emplois publics, alors que la moyenne nationale dans des villes comparables est bien plus faible. Nous sommes une ville très administrée. Il faut davantage de mixité dans l’emploi pour permettre au territoire de se développer plus harmonieusement.
Vous proposez une police municipale armée à Aurillac. Pourquoi ?
Oui, absolument. Et ce n’est pas une position dogmatique. Je rêverais de vivre dans une ville où l’on n’aurait pas besoin de police municipale, et encore moins de police municipale armée. Mais il y a un principe de réalité.
La sécurité reste en théorie une compétence de l’État, et c’est vrai. Mais dans les faits, dans toutes les villes de notre strate, la police municipale complète désormais le continuum de sécurité avec la police nationale.
Je propose donc une police municipale armée, d’abord pour des raisons d’attractivité du métier. Aujourd’hui, toutes les collectivités cherchent à recruter des policiers municipaux. La filière de recrutement principale, ce sont souvent d’anciens militaires ou gendarmes. Or ces professionnels vous disent clairement : ils vont là où ils sont correctement payés et là où ils sont armés.
Ils vous le disent sans détour : lorsqu’il y a écrit « police » dans leur dos, l’agresseur ne fait pas la différence entre police municipale et police nationale. On ne peut pas leur demander d’aller au contact sans leur permettre de se défendre eux-mêmes, ni de protéger efficacement les habitants.
Donc oui, je préfère la sécurité des Aurillacois à celle de ceux qui s’en prennent à eux. Il ne s’agit ni d’une coquetterie ni d’un affichage politique, mais d’un choix de responsabilité.

Patrick Casagrande avec ses colistières le 8 mars pour la Journée de la femme.
Que dites-vous à un habitant d’Aurillac qui est fonctionnaire, pour le convaincre de voter pour votre liste ? Je précise qu’Aurillac a un taux d’emploi de fonctionnaires parmi les plus élevés de France.
Je lui dis d’abord que je suis moi-même un fonctionnaire territorial. Mes adversaires prétendent que je voudrais casser le service public parce que je propose une légère baisse de la taxe foncière pour nous rapprocher de la moyenne des villes voisines. Ils essaient de jouer sur les peurs. C’est faux.
Je suis profondément attaché au service public. Mais je sais aussi que les agents publics, dont les salaires ne sont pas extraordinaires et dont les carrières sont parfois moins dynamiques que dans le privé, attendent autre chose en retour : de l’animation, de la culture, du sport, de la convivialité, un cadre de vie agréable.
Tout cela est au cœur de notre projet. Quand nous parlons de restaurer le cadre de vie, il y a évidemment les besoins fondamentaux comme le logement et la sécurité, mais il y a aussi la convivialité, les espaces de vie, l’offre culturelle et sportive. Tout ce qui fonctionne sera poursuivi. Et tout ce que les Aurillacois constatent eux-mêmes comme défaillant sera corrigé.
J’ai été frappé, à Aurillac, lors de plusieurs de mes venues, par le manque de verdure dans les rues. N’est-ce pas paradoxal pour une ville longtemps dirigée par la gauche et ceux que j’appelle de pseudo-écologistes ?
Votre impression est juste. Il y a dix ans, Aurillac plantait 15 000 fleurs par an. Aujourd’hui, on n’en plante plus que 5 000. La ville a beaucoup bétonné, alors même qu’elle est entourée de nature. Comme si cela autorisait à faire d’Aurillac une ville grise et froide.
Mais tous les habitants ne passent pas leur week-end à faire de la randonnée. Beaucoup vivent en ville, et ils ont besoin de nature en ville. C’est pourquoi, dans notre projet, nous voulons qu’aucun Aurillacois ne vive à plus de 300 mètres d’un espace vert.
La nature en ville, c’est de la fraîcheur, de l’ombre, une meilleure qualité de l’air, une meilleure qualité de vie. Et aujourd’hui, avec les épisodes de chaleur et de canicule, c’est devenu essentiel. Quand on lève les yeux à Aurillac, on voit les montagnes, les prés, les forêts. Mais, au sol, le quotidien des habitants reste souvent très minéral.
Quels sont vos engagements pour les commerçants, les entrepreneurs et la vie économique locale ? Serez-vous un maire de la liberté d’entreprendre ?
Oui, clairement. Pour les commerçants et les entreprises, nous proposons, comme pour les ménages, une baisse progressive de la taxe foncière tout au long du mandat.
Pour le commerce de centre-ville, nous voulons recréer des conditions d’installation attractives. Cela passe par une politique globale : logement, sécurité, éclairage public, animation, circulation, stationnement. L’objectif est de redonner au centre-ville des conditions de compétitivité.
Nous avons aussi une attention particulière pour les centres commerciaux de quartier, souvent dépourvus de sécurité et de vidéoprotection, et régulièrement victimes de dégradations. Là aussi, il faut agir.
Pour l’industrie, notre objectif est de renforcer l’offre de formation post-bac pour que nos entreprises locales, nos pépites, puissent recruter sur place des jeunes formés ici.
J’ajoute toutefois une nuance : nous voulons aussi créer une commission pour examiner les ouvertures de commerces, afin de lutter contre certains phénomènes de blanchiment d’argent. Cela existe dans d’autres villes de taille comparable, comme Montluçon. Cette commission recevrait les porteurs de projet, examinerait leur business plan, leur parcours, leurs produits, afin de vérifier la solidité et la sincérité du projet.
Cela ne va pas dans le sens d’une liberté d’entreprendre absolue, je l’admets, mais cela nous semble indispensable pour lutter avec les outils municipaux contre certains trafics et certaines façades commerciales douteuses qui existent, y compris dans des villes comme la nôtre, et qui participent notamment au blanchimenr d’argent sale.
Les violences urbaines qui ont frappé Aurillac ces derniers mois peuvent-elles peser sur le vote de dimanche ?
Ces violences ont été terribles dans l’image qu’elles ont donné de notre ville. Voir des blackblocks caillasser des policiers à Aurillac, c’était quelque chose d’inédit et de profondément choquant pour les habitants. Cela a beaucoup marqué la ville.
Mais au-delà de ces images, ce qui pèse surtout, c’est la dégradation plus générale des conditions de tranquillité publique. Je parle assez peu de ces violences-là en tant qu’événement ponctuel, car elles se sont produites dans un contexte très particulier, celui du festival de théâtre de rue, avec une affluence exceptionnelle.
Ce qui m’importe davantage, ce sont les 360 autres jours de l’année. Or les chiffres sont clairs : les faits de violence ont baissé dans le reste du département, mais ils ont augmenté de 25 % à Aurillac. Et entendre la municipalité actuelle expliquer que c’est un bon chiffre parce qu’au niveau national la hausse serait plus forte, c’est indécent.
Aurillac est censée être une ville enclavée, isolée, paisible. On ne peut pas se satisfaire d’une telle hausse. Le plus grave, c’est le décalage entre le discours officiel de la mairie sortante et ce que vivent réellement les habitants. Beaucoup ont été confrontés, de près ou de loin, à des agressions, des intimidations, du harcèlement. À défaut d’avoir une équipe qui règle immédiatement tous les problèmes, les Aurillacois veulent au moins une équipe qui reconnaisse leur existence. C’est déjà la première étape.
Le climat international, notamment la guerre dans le Golfe, a-t-il pesé sur la campagne ?
Non, pas vraiment. Les électeurs ne nous en parlent pas. Si la campagne avait duré plusieurs semaines de plus, et si la crise avait déjà produit des effets très concrets sur les prix de l’énergie ou sur l’inflation, alors oui, cela serait peut-être remonté dans les discussions.
Mais la campagne se termine maintenant, et cela n’a pas eu le temps de devenir un sujet local. Dans une campagne municipale, beaucoup de gens pensent d’abord à leur rue, à leur quartier, à leur qualité de vie immédiate. Ils considèrent, à juste titre, que la mission première d’une mairie, c’est le quotidien.
Un dernier message à adresser à nos lecteurs ?
D’abord, je veux remercier celles et ceux qui portent de l’attention à notre petite cité géraldienne. Si certains de vos lecteurs sont Aurillacois, je leur donne rendez-vous dimanche pour voter, puisqu’il n’y aura qu’un seul tour puisque seules deux listes sont en compétition.
Et pour ceux qui ne sont pas d’Aurillac, je les invite volontiers à venir nous rendre visite, pour un week-end, pour une semaine, ou pour plus longtemps encore. Nous saurons les accueillir.
Propos recueillis par Michel Taube




















