
Guillaume Guérin, vous êtes président de la Communauté urbaine de Limoges – Métropole et candidat à la mairie de Limoges. Pourquoi cette ambition de passer de la métropole à la mairie de la ville centre ?
Guillaume Guérin : Après six ans à la tête de la communauté urbaine, j’ai pu mesurer les limites dans l’exercice des politiques publiques entre la ville centre et l’intercommunalité. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’une même personne soit à la tête de la ville et de l’intercommunalité, afin de porter des politiques publiques plus lisibles et plus cohérentes.
L’une de mes premières propositions, par exemple, est la création d’un guichet unique téléphonique pour l’ensemble des habitants, afin de répondre à leurs attentes du quotidien, qu’il s’agisse de voirie, d’entretien des espaces publics, d’ordures ménagères ou d’autres sujets très concrets. Aujourd’hui, on touche à une forme de limite quand deux administrations se renvoient la balle d’une réclamation à l’autre. Cela ne peut pas continuer ainsi.
Je considère donc qu’il faut une même tête pour la ville et l’intercommunalité, et qu’il faut réfléchir à des mutualisations d’agents pour dégager des marges de manœuvre sur les budgets de fonctionnement tout en rendant un service public plus efficace et plus efficient.
Il y a aussi un contexte politique local particulier. Depuis plusieurs mois, nous voyons le maire sortant s’effriter dans les études d’opinion. Il a fait le choix, au mois de décembre dernier, de s’autodéclarer candidat à un troisième mandat sans avertir sa majorité. Cela a provoqué un véritable séisme dans l’exécutif municipal puisque douze adjoints sur quinze l’ont quitté et m’ont appelé à prendre mes responsabilités.
J’ai aussi été fortement sollicité par la Chambre de commerce et d’industrie, par l’université de Limoges, ainsi que par de nombreux acteurs du monde associatif et sportif. Beaucoup m’ont dit qu’il fallait désormais prendre mes responsabilités. Dans ce contexte, je n’avais guère le choix.
Quels sont les grands axes de votre programme pour Limoges et pour la métropole dans les six années qui viennent ?
Limoges est la deuxième aire urbaine du sud-ouest de la grande région Nouvelle-Aquitaine. Il faut jouer dans notre cour. Nous ne serons jamais Toulouse ni Bordeaux, mais nous sommes une métropole d’équilibre entre Massif central et océan. Nous avons vocation à conserver ce statut d’ancienne capitale régionale.
Nous avons une université, et il faut tout faire pour passer durablement le cap des 20 000 étudiants. Cela suppose de porter des politiques publiques attractives pour la jeunesse. Il faut aussi tout faire pour avoir un centre hospitalier universitaire pluridisciplinaire qui continue à faire rayonner le territoire.
Plus largement, la philosophie de notre projet est simple : il faut créer de la richesse sur ce territoire pour pouvoir financer le service public. Nous avons commencé à le faire à l’échelle métropolitaine en attirant de très belles entreprises. Nous avons réussi à faire venir Inter Mutuelles Assistance, à implanter Hermès dans une ancienne friche industrielle. Ma priorité, c’est de recréer de l’emploi.
Ce territoire a beaucoup souffert de la perte de son statut de capitale régionale en 2015, mais aussi du départ de l’armée en 2011. Nous avons perdu des ménages, de la démographie, du pouvoir d’achat et de la capacité fiscale. Il faut donc retrouver des habitants, retrouver des entreprises, et cela passe aussi par un vrai plan de construction de logements pour les primo-accédants, notamment dans la ville centre, qui perd des habitants au profit de la première et de la deuxième couronne.
Notre ligne est donc claire : tout faire pour l’emploi, tout faire pour attirer les jeunes ménages, et maintenir en parallèle une offre de services de qualité, aussi bien pour la jeunesse que pour les seniors. C’est dans cet esprit que nous avons imaginé deux grands dispositifs, un pass jeunesse et un pass senior, afin de mutualiser toute l’offre culturelle et sportive du territoire dans une logique de guichet unique.
Nous avons également beaucoup de propositions sur les problématiques du quotidien : la sécurité, avec un renforcement des effectifs de police municipale et la création d’un centre de supervision métropolitain en lien avec la police nationale et la gendarmerie ; la culture, avec une politique coconstruite avec les acteurs culturels et un plan de rénovation de nos équipements ; et enfin les écoles, car notre patrimoine scolaire est très dégradé.
Limoges, c’est 8 500 enfants scolarisés dans cinquante-neuf groupes scolaires. Beaucoup d’écoles souffrent encore d’un état très dégradé, parfois faute d’investissements depuis vingt ou trente ans. Il faut donc amplifier la rénovation de nos écoles.
Enfin, nous voulons aussi régler la question des charges de centralité. La ville centre supporte encore le coût de grands équipements très lourds, comme la bibliothèque francophone multimédia, le conservatoire à rayonnement régional, l’opéra ou encore le grand stade. La métropole prend déjà en charge certains grands équipements sportifs ou culturels. Il faut se demander si elle ne pourrait pas aller plus loin pour dégager des marges dans le budget municipal et permettre à la ville de mieux assumer ses compétences essentielles, en particulier sur le social, la petite enfance et le grand âge. Nous avons par exemple besoin de reconstruire un EHPAD.
La diaspora limougeaude, très attachée à sa ville, peut-elle peser d’une manière ou d’une autre dans cette élection ?
Tout pèse dans une élection municipale. À Limoges, il y a un véritable risque de voir une union de la gauche, fortement marquée par La France insoumise, revenir aux responsabilités. C’est un vrai sujet. Dans un certain nombre de sondages, le candidat LFI, qui est aussi député, se trouve devant le candidat socialiste et à peu près à égalité avec moi au premier tour, même s’il faut évidemment toujours se méfier des sondages.
J’appelle donc tous les électeurs responsables, qu’ils vivent ici ou qu’ils soient issus de la diaspora limougeaude, à bien prendre en compte toutes ces données. Si l’on veut éviter que cette ville rebascule à gauche, et même dans la pire des gauches avec La France insoumise, il faut voter utile. Je pense que ma liste incarne ce vote utile.
Je m’adresse à cette diaspora parce qu’une partie d’entre elle me connaît, a vu mon action à la tête de la métropole, a vu ce que nous avons entrepris en matière d’attractivité, notamment avec l’association des Limougeauds de Paris et les démarches engagées en 2024 et 2025.
Depuis dix ans, les choses ont changé. Limoges a longtemps été perçue comme une « Rome du socialisme », vivant en autarcie, enfermée sur elle-même, avec peu de connexions au reste du pays et du monde. Aujourd’hui, Limoges commence à rayonner.
Nous avons des très grandes entreprises qui s’intéressent à ce territoire. Nous avons identifié des filières d’excellence, notamment dans les hyperfréquences, où nous sommes à la pointe en Europe et dans le monde. Nous avons la chance d’avoir Legrand, l’une des rares entreprises du CAC 40 dont le siège social est encore en province. Nous avons aussi de très belles marques comme Weston ou Bernardaud. Et nous avons un club de basket emblématique, qui s’est relancé grâce à Lionel Peluhet.
Limoges est à un tournant de son histoire. J’espère que les électeurs ne laisseront pas cette ville retomber dans le marasme, ni pire encore dans une dérive qui pourrait être provoquée par l’arrivée de La France insoumise aux responsabilités municipales.
Le contexte international, avec la crise au Moyen-Orient et les inquiétudes sur le prix de l’énergie, a-t-il pesé sur la campagne ? Vos concitoyens vous en parlent-ils ?
Je considère que les conséquences de la guerre, notamment sur le prix de l’énergie, perturbent les gens dans leur quotidien. C’est évident. Mais la deuxième difficulté, c’est la manière dont cette actualité est traitée dans les médias, en particulier sur les chaînes d’information continue.
Nous allons élire nos maires et les présidents d’intercommunalité pour les six ou sept prochaines années, selon la durée du prochain mandat. C’est extrêmement important pour la vie quotidienne des territoires. Je trouve donc dommage que cette guerre ait en quelque sorte occulté l’une des campagnes les plus importantes pour le quotidien des Français.
Oui, mon inquiétude, c’est que les gens ne soient pas vraiment dans l’élection. Ils nous voient sur les marchés, ils entendent nos projets lorsqu’on les rencontre, mais l’actualité internationale a dilué le sujet des municipales. J’espère que les Français se mobiliseront, mais j’ai quelques doutes sur le niveau de participation.
Vous lancez donc un appel aux Limougeauds à aller voter ?
Bien sûr. Il faut aller voter, quel que soit son choix, pour donner de la légitimité aux élus. On ne peut pas revivre une situation comme en 2020, qui n’était pas un véritable vote. À Limoges, au second tour, il n’y avait eu que 34,08 % de participation. Cela signifie que nous représentons alors très peu de monde si l’on ramène cela au nombre total d’habitants.
Il faut aller voter pour donner de la légitimité à vos élus. Et surtout, dans le contexte très particulier de Limoges, il faut se mobiliser dès le premier tour. Encore une fois, les sondages ne font pas l’élection, mais quand je vois que le député de La France insoumise, allié aux écologistes, fait jeu égal avec moi, très loin devant le maire sortant, avec un socialiste en embuscade, je me dis qu’il faut être très vigilant.
Attention à ce que cette ville ne retombe pas dans les mains de la gauche, et plus encore de la pire des gauches. On a vu ce que le Nouveau Front populaire a été capable de faire à l’Assemblée nationale : il a tenu six semaines. Comment pourrait-il faire croire qu’il tiendrait six ans à la mairie de Limoges ?
Je crois donc que notre liste incarne le vote utile. Il est très important que les électeurs se mobilisent dès le premier tour pour nous mettre le plus haut possible et éviter ce péril.
Propos recueillis par Michel Taube




















