
Edson Eugène, bonjour. Merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale. Vous êtes candidat à la mairie de Case-Pilote en Martinique. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Edson Eugène : Je suis un homme de terrain, dont la vie est guidée par l’action et le sens des responsabilités. Je suis sapeur-pompier professionnel et expert en sécurité. J’ai consacré ma carrière à la protection des autres. Mais au-delà de mon métier, je suis surtout un enfant de Case-Pilote.
J’ai été très jeune footballeur au CS Case-Pilote, puis arbitre du club. J’ai eu la chance de partir avec l’équipe pour représenter la Martinique en Coupe de France. Ce sont des souvenirs très forts, surtout quand on vit cela avec les enfants de la commune.
Je suis aussi engagé dans la vie associative. J’ai présidé une association basée à Case-Pilote et, par le passé, nous avons créé le Yacht Club de Case-Pilote, qui a compté jusqu’à une centaine de membres. Nous voulions être aux côtés des marins-pêcheurs, parce que l’économie bleue est incontournable sur une île comme la nôtre. Nous sommes entourés d’eau, et il faut penser à tous les projets liés à la mer.
J’ai également contribué à redynamiser la station de sauvetage en mer, qui était auparavant au Prêcheur et qui a été relancée à Case-Pilote. Aujourd’hui encore, elle y est installée, elle intervient régulièrement, elle est disponible 24 heures sur 24, et c’est un outil essentiel sur toute la côte Caraïbe. J’en suis très fier.
Ma plus grande fierté durant mon mandat d’élu à la sécurité à la fin des années 2015, c’est le projet du centre de secours de Case-Pilote, implanté au-dessus de la station-service. C’est une réalisation concrète, utile aux hommes de la sécurité civile et à la population. Le centre a été construit par le Service d’incendie et de secours de la Martinique, mais il fallait que la ville donne le terrain et accompagne politiquement le projet. C’est une œuvre importante à laquelle je me suis pleinement employé, et elle montre que lorsque l’on veut vraiment faire avancer les choses, on peut y arriver.
Nous avons aussi organisé à Case-Pilote, en 2016, le championnat du monde motonautique. Pour une des plus petites communes de la Martinique, accueillir un tel événement était quelque chose d’extraordinaire.
Enfin, il y a aussi une dimension familiale dans mon engagement. Ma mère était infirmière, très impliquée auprès des familles de la commune. Elle m’a transmis cette flamme du dévouement au service des autres. J’ai grandi en voyant ce que signifiait l’engagement public. Aujourd’hui, je veux prolonger cette histoire en mettant mon expérience au service de ma ville.
Je ne suis donc pas un politicien de carrière. Je suis un citoyen de Case-Pilote, qui connaît les quartiers, les réalités du terrain, les difficultés quotidiennes, et qui a décidé de mettre son expérience de la gestion de crise au service de sa commune.
Pourquoi êtes-vous candidat à la mairie de Case-Pilote ?
Je suis candidat parce que je ne peux plus rester spectateur de la dérive de ma commune. J’ai été élu à la sécurité entre 2014 et 2019. J’ai travaillé avec le maire de l’époque mais il est arrivé un moment où je n’étais plus du tout en phase avec la gouvernance. J’ai vu trop de Caspilotins souffrir de choix budgétaires injustes, alors qu’ils sont parmi les plus taxés de Martinique. Le taux de taxe foncière atteint 58,59 %.
Aujourd’hui, je veux offrir une alternative honnête et revenir à une mairie gérée comme un véritable service public, transparent, à l’écoute et tourné vers l’intérêt général.
Quel est l’engagement auquel vous tenez le plus ?
Mon engagement prioritaire, c’est le retour à une gestion saine, au service exclusif des habitants. Avant de lancer de grands projets de prestige, il faut sécuriser les fondations de notre maison commune.
Je m’engage, dès mon élection, à faire réaliser un audit complet des finances de la ville. Mon objectif est clair : réduire la taxe foncière de 10 % dès que la situation financière de la commune le permettra, une fois éliminées les dépenses inutiles et les réseaux d’influence.
Mais cet assainissement n’est pas une fin en soi. C’est un moyen de redonner de la dignité au quotidien. Je veux que chaque euro économisé serve à boucher les trous dans les chaussées, à sécuriser les accès de nos quartiers, à garantir que l’eau coule enfin normalement au robinet de chaque famille. Je veux que nos aînés se sentent épaulés, que chaque citoyen voie enfin son argent investi là où il vit, et que Case-Pilote retrouve la fierté qu’elle mérite.
Est-ce difficile, selon vous, d’être maire en Martinique ?
C’est une mission exigeante, sans doute l’une des plus belles, mais aussi l’une des plus lourdes. En Martinique, le maire est le premier rempart face à la précarité sociale, aux risques climatiques, aux tensions sur les ressources essentielles comme l’eau. Nous portons des défis structurels complexes.
Il y a aussi une autre réalité : lorsqu’on ne fait pas partie d’un grand groupe politique, c’est évidemment plus difficile. Quand un maire est déjà en place, soutenu par une organisation politique installée, il bénéficie d’un appareil, d’un réseau, d’une structure. Lorsqu’on est sans étiquette, sans machine derrière soi, la conquête du fauteuil de maire est beaucoup plus difficile. Mais ce n’est pas impossible.
Que diriez-vous à un électeur qui hésite à se rendre aux urnes ?
Je lui dirais que son silence est le meilleur allié de ceux qui profitent du système actuel. Rester chez soi le 15 mars, c’est laisser les clés de notre maison commune à une gestion opaque qui a déjà fait trop de mal.
Sa voix n’est pas un simple bulletin de vote. C’est un levier de libération. S’il veut que la taxe foncière baisse, que l’eau coule normalement au robinet, que les comptes soient clairs, il a ce jour-là le pouvoir de le décider.
Un seul vote peut suffire à faire basculer le destin de Case-Pilote et à briser dix-huit ans de verrouillage. Ma mission, c’est de remettre l’humain au centre de chaque décision.
Je demande donc aux habitants de ne pas laisser les autres choisir à leur place.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant cette campagne ?
Ce qui me marque le plus, c’est le contact direct avec les familles. Quand on fait du porte-à-porte, on reçoit les émotions des gens en pleine figure. Les habitants parlent avec leur cœur.
Beaucoup vivent dans la précarité, beaucoup souffrent en silence.
On ne peut pas rester insensible. C’est même ce qui renforce ma détermination.
Le 15 mars, chaque voix comptera. J’appelle les habitants à venir poser leur pierre à l’édifice du renouveau. Ensemble, nous pouvons reconstruire cette ville et lui rendre sa dignité.
Propos recueillis par Michel Taube




















