Edito
11H31 - mercredi 4 mars 2026

Denis Sassou N’Guesso, Président de la République du Congo : « pourquoi je suis candidat à ma réélection »

 

Denis Sassou-N’Guesso, Président de la République du Congo : « pourquoi je suis candidat à ma réélection »

Monsieur Denis Sassou N’Guesso, vous êtes candidat à votre réélection à la présidence de la République du Congo. Première question : avez-vous hésité à vous représenter au suffrage de vos concitoyens ?

Pas une minute je n’ai hésité car j’ai estimé qu’il fallait poursuivre l’effort collectif.

En effet, si j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle, ce n’est pas par ambition personnelle, mais pour garantir la stabilité, consolider les réformes qui portent déjà leurs fruits, et préparer l’avenir dans l’ordre et la sérénité. La stabilité est un acquis. Le Congo a évité les crises et les soubresauts qui ont pu affecter d’autres pays de la région. Cette stabilité est un capital qu’il faut préserver. J’ai entendu les appels venus de toutes les régions du pays, des forces vives de la Nation, et des partis politiques. J’ai encore des services à rendre à ce peuple congolais qui a fait ce que je suis et qui m’a tant donné. Je suis au service de la Nation, je ne suis pas propriétaire du pouvoir !

 

Considérez-vous que dans le système politique africain, la longévité au pouvoir, que ce soit dans une famille ou une nation, est un atout, un pilier de la société ?

Dans nos familles et dans nos cultures africaines, le regard que nous portons sur nos aînés est sans doute davantage empreint de respect. La figure du patriarche est valorisée, car la sagesse est le fruit de l’expérience. Et il ne vous a pas échappé que le temps politique africain n’est pas exactement celui de l’Europe, ce qui peut expliquer les différences de perception, de part et d’autre. Certains pays ont besoin d’une stabilité prolongée pour consolider l’État, éviter ou résorber les fractures, moderniser les infrastructures. Chaque démocratie se construit à son rythme, en fonction de son histoire et de ses réalités propres. Je comprends votre interrogation sur la longévité, mais l’alternance n’est pas une fin en soi. Sur notre Continent, dans certains pays, les alternances successives n’ont pas amélioré la vie des citoyens, ni renforcé les assises de l’État. Nous savons combien la paix et la cohésion nationale sont fragiles, au Congo comme ailleurs. Je suis sincèrement convaincu que ce qui compte, en premier lieu, ce n’est pas l’alternance, c’est la capacité à gouverner sans mettre en péril l’équilibre national.  

 

Dans un entretien que vous nous avez accordé à 2023, vous nous disiez : « ne dites plus Afrique noire mais Afrique verte ». Vous avez consacré de nombreux efforts à la protection du bassin du Congo et à la défense de l’environnement lors de vos précédents mandats. Quelles seront vos lignes directrices en matière de protection du deuxième poumon de la planète pour les années à venir si vous êtes réélu le 15 mars ?

Cette cause de la préservation des forêts du Bassin du Fleuve Congo est une cause qui m’est chère, c’est une boussole, un point cardinal de ma diplomatie. Le Congo a été à l’avant-garde en matière de préservation de la biodiversité et de lutte contre le changement climatique, à l’avant-garde aussi du plaidoyer pour un ordre climatique plus juste. C’est un sujet que nous n’avons cessé d’aborder lors des COP. C’était un sujet au cœur des enjeux du Sommet des Trois Bassins forestiers tropicaux, organisé à Brazzaville en octobre 2023. Vous savez aussi qu’il y a un an, à notre initiative, les Nations unies ont proclamé la décennie de l’Afforestation et du Reboisement, signe que nos efforts n’ont pas été vains, et que la prise de conscience mondiale progresse. Nous devons encore accélérer, en utilisant toutes les potentialités de la Commission Climat du Bassin du Congo et du Fonds Bleu du Bassin du Congo. Un sommet des chefs d’État des 17 pays membres de cet organisme doit se tenir en mai prochain. Chaque projet représente une solution concrète, un espoir pour la préservation de ce patrimoine commun à notre Humanité, dont nous sommes, avec nos voisins, les dépositaires. 

 

Denis Sassou-N’Guesso, Président de la République du Congo : « pourquoi je suis candidat à ma réélection »

 

Quels sont les maîtres mots de votre campagne et de votre projet pour le Congo pour les années à venir ?

Je veux que les années 2026 à 2031 soient celles de l’intensification des efforts de développement de notre pays. J’en ai fait mon slogan de campagne : l’accélération de la marche vers le développement. Mon ambition centrale reste inchangée : améliorer de manière significative et durable les conditions de vie de tous les Congolais. Grâce aux grands projets, qui commencent à porter leurs fruits ; grâce au cercle vertueux de l’industrialisation, que nous sommes en train d’impulser ; grâce au développement de notre agriculture, qui passe par sa mécanisation. En réalité, ces priorités ne sont pas nouvelles. Elles étaient déjà exposées dans mon projet de société 2021-2026. Il s’agit à présent d’en faire plus et plus vite, d’accélérer le rythme d’exécution. La sagesse nous conseille aussi de consolider avant de transmettre. C’est ce à quoi nous allons nous atteler dans la séquence à venir.

 

Que diriez-vous à un jeune congolais qui hésite à aller voter le 15 mars pour le convaincre de se rendre dans son bureau de vote ?

Je le dis et je le répète dans tous mes meetings : la jeunesse est l’avenir de notre pays. Elle doit se mobiliser, car elle incarne la relève. Les jeunes ne doivent pas prendre à la légère la citoyenneté. Les élections sont un moment crucial de notre vie civique. Le moment où le peuple exerce sa souveraineté, pour choisir ses dirigeants, ou pour leur renouveler sa confiance. J’ai foi en notre jeunesse. Son enthousiasme me conforte. Avec mon équipe, nous avons choisi de baptiser le quartier général de notre campagne du nom d’Avenir. Nous voulons tracer le sillon d’un nouvel élan pour la jeunesse congolaise. 

 

Vous avez et vous exercez de nombreuses fonctions d’influence et de stabilisation dans plusieurs conflits qui touchent à l’Afrique. Quel regard portez-vous sur l’avenir du continent africain et plus particulièrement de l’Union africaine dans le concert des nations, lequel est marqué par une montée en force de nouvelles puissances géopolitiques et d’une grande instabilité ?

Le Congo a la chance de vivre dans la paix et la concorde. Mais notre Continent et notre région ne sont pas épargnés par les crises. L’ordre mondial que nous connaissions hier ne sera plus le même demain. Les équilibres internationaux se déplacent, les alliances se font et se défont. L’Afrique risque d’être bientôt exposée aux secousses venues d’ailleurs, qui s’ajouteront à ses propres fragilités. Pendant longtemps, consciemment ou inconsciemment, nous comptions sur l’ONU et la communauté internationale. Je crois qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’Afrique doit d’abord compter sur ses propres forces. Il faut que nous organisions mieux notre sécurité collective au niveau de l’Union africaine, qui est la bonne échelle. Nous devons aussi agir, au-delà des crises, sur notre attractivité globale. L’Afrique, à cause de son histoire, est trop fragmentée, trop morcelée. Nous devons accélérer sur la voie de l’intégration de nos économies, d’abord dans le cadre de la CEMAC, ensuite dans le cadre de la ZLECAf. Sans économies intégrées, la plupart de nos pays ne parviendront pas à attirer les investisseurs.

Tout au long de mon mandat précédent, j’ai lancé des grands travaux, pour désenclaver le Congo, pour mieux intégrer notre économie à celles de nos voisins. Je ne dévierai pas de ce cap.

 

Propos recueillis par Michel Taube, fondateur d’Opinion Internationale, et Radouan Kourak, journaliste et président du groupe de presse InterVision

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