« L’indépendance de la France » est un thème devenu récurrent de la vie publique, mais relève aujourd’hui davantage du réflexe rhétorique que d’une réalité.
La France fut indépendante lorsqu’elle dominait une Europe qui constituait alors l’essentiel du « monde utile ».
Mais cette période s’achève avec la Guerre de sept ans : à partir de 1763 la France devient moins indépendante, prise dans le jeu complexe de puissances rivales – Angleterre, Prusse, Autriche-Hongrie, Russie.
Les conquêtes napoléoniennes, loin de restaurer cette puissance, accélèrent le déclin : coalition presqu’entière du continent contre l’Empereur, retraite de Russie, Leipzig, Waterloo, puis Congrès de Vienne. La France en sort affaiblie, saignée et ses rêves de grandeur ne noient dans la violence et l’épuisement.
Le XIXème siècle apporte une stabilisation relative – croissance économie, expansion coloniale – mais des « guerres civiles européennes » (1870, 1914-18, 1939-45) ouvrent la voie à un nouvel ordre mondial dominé par des superpuissances (États-Unis, URSS et la Chine).
Dès lors, la fierté française, nourrie de réminiscences gaulliennes et d’autosuffisance s’est repliée sur des symboles : force nucléaire stratégique (inutilisable en pratique), réalisations de « prestige » (Paquebot France, Minitel, TGV) – champions nationaux déguisant la nature étatique d’une économie administrée et un État-providence endetté jusqu’à l’essoufflement.
Dans un monde transformé, la France est devenue une puissance de second rang, prisonnière de ses institutions semi-monarchiques et de son appareil bureaucratique.
Son élite dirigeante, soucieuse de préserver son pouvoir, a vu dans l’intégration européenne une sorte de refuge. D’où une dérive des institutions européennes vers un interventionnisme croissant : contrôle d’Internet, répression de la parole dissidente qualifiée parfois de « haine en ligne », limitation de l’usage.
Mais que veulent les Français désireux d’entreprendre, créer, progresser, innover, apprendre, s’enrichir et jouir de la vie ?
Certainement pas d’un système où chaque geste est contrôlé, chaque initiative suspectée, chaque réussite surtaxée, chaque mot scruté. La France qui étouffe ses talents n’est plus fidèle à ce qu’attendent ses enfants.
Sur un continent où la menace impériale russe demeure une constante et où certaines idéologies contemporaines, telle celle d’Alexandre Douguine, appelle sans détour à la subordination de l’Europe, la question du choix de l’Hégémon devient centrale.
Les Français entreprenants doivent donc répondre à une question simple : vers quelle puissance aligner leurs intérêts si la France ne peut plus prétendre à une autonomie stratégique réelle ?
La réponse semble claire. Le seul Hégémon capable d’offrir un cadre où la liberté individuelle, l’initiative, l’innovation et la responsabilité demeurent des valeurs cardinales est l’Amérique.
Bien qu’imparfaite, elle demeure la seule civilisation contemporaine où la liberté demeure un principe fondateur et non pas une concession accordée à regret.
À la croisée des chemins, la France doit donc regarder lucidement où se trouve l’espace de liberté qui permettra à ses citoyens de s’épanouir. Cet espace ne se trouve ni dans l’autoritarisme russe, ni dans l’étatisme européen. Il se trouve sans aucun doute dans le partenariat avec la puissance qui, depuis deux siècles, a fait de la liberté individuelle non pas un slogan, mais un horizon.
Yves Laisné
Docteur en droit
Auteur de « La Face cachée de l’exception française » – VA Éditions


















