
Brahim, français, islamiste, terroriste.
Tout le monde parle de la volonté de l’assaillant qui, hier le 13 février, a voulu tuer des forces de l’ordre. Il faut ici saluer le courage des gendarmes qui sont intervenus pour éviter le pire.
Mais pourquoi l’homme s’est-il rendu à l’Arc de triomphe ? Pourquoi a-t-il choisi cette heure précise, vers 18h, et un lieu si symbolique pour tenter de s’en prendre à des représentants de la force publique ? Cet instant quotidien où la nation se recueille, quand se prépare le ravivage quotidien de la flamme du Soldat inconnu ?
Il ne s’agissait pas d’un choix anodin. Ce Brahim a voulu s’en prendre à la nation, à la République qui rend hommage à ses morts combattants. Il visait la mémoire collective française. Chaque soir, à 18h30, ce cérémonial rappelle que la nation se construit aussi par le sacrifice. Attenter à ce lieu, aujourd’hui visité par de nombreux scolaires, c’est vouloir blesser ce qui unit les Français au-delà de leurs origines, de leurs croyances et de leurs différences.
Vidéo de Radouan Kourak
Comme nous l’explique Serge Barcellini, Président général du Souvenir français, principale association mémorielle combattante en France, « les lieux symboliques sont de plus en plus pris en otage par ces terroristes ou ces ennemis de la France. En voulant s’attaquer à des forces de l’ordre sur le lieu et à l’heure du ravivage de la Flamme du soldat inconnu qui, tous les jours à 18h30, est devenu un événement populaire, visité notamment par des milliers de scolaires, c’est à la mémoire combattante française qu’on a voulu s’en prendre. »
En cherchant à devenir le martyr d’une idéologie islamiste mortifère, Brahim a rompu de lui-même le contrat moral qui lie un citoyen à sa patrie. La nationalité n’est pas seulement un statut administratif, un document d’identité ou un droit abstrait. Elle suppose une fidélité minimale, et pourquoi pas maximale, à la communauté nationale, à ses symboles, à ses lois et à ses morts. Lorsqu’un homme choisit délibérément de retourner la violence contre ceux qui incarnent l’ordre républicain, il se place en dehors de cette communauté.
Oui, Brahim est juridiquement Français. Mais il existe des Français de papier qui n’ont plus rien de français dans le cœur. Depuis longtemps déjà, notamment depuis son premier passage à l’acte terroriste en Belgique il y a quinze ans, il avait tourné le dos à la communauté nationale. Ce choix lui appartient. Il ne dit rien de la majorité des Français d’origine musulmane, africaine ou moyen-orientale, qui vivent en paix et respectent la France, mais ces Brahim expliquent largement le désamour des Français pour les Français issus de cette vague d’immigration.
Et ces Brahim interrogent puissamment sur notre capacité collective à défendre ce que signifie être français.
La question de la déchéance de nationalité pour les binationaux doit donc revenir avec force dans le débat public. Et plus largement, celle du bannissement symbolique ou réel de ceux qui, même sans double nationalité, ont déchiré tout lien avec leur pays. Peut-on continuer à considérer comme pleinement membre de la nation celui qui cherche à la détruire ?
Brahim était français par l’état civil. Mais en s’attaquant à la flamme de la nation et à ceux qui la protègent, il a montré qu’il n’était plus des nôtres. Car la France n’est pas seulement un passeport. C’est une mémoire, une fidélité, une promesse partagée. Et cette promesse ne survivra que si ceux qui la refusent ne peuvent plus parler en son nom.
Michel Taube




















