Edito
07H06 - vendredi 13 février 2026

Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart : « La Cour des Comptes européenne feint d’ignorer les réalités de terrain et les crises que nous avons dû et continuons à gérer. »

 

 

« La Banane Française » de Guadeloupe et Martinique , une niche de 50000 Tonnes/an, permet de se différencier de la Banane Dollar concurrente et d’obtenir une meilleure valorisation d’une partie de la production française de bananes.

Jean-Claude Marraud des Grottes, vous êtes le Président de Banamart, la Cour des comptes européennes vient de publier un rapport sur l’efficacité des aides européennes à l’agriculture locale. Comment réagissez-vous ?

Le rapport de la Cour comporte des lacunes difficilement compréhensibles qui conduisent, s’agissant de la filière de la banane antillaise, à des conclusions erronées qui peuvent s’avérer dangereuses si elles sont prises en compte au pied de la lettre. Selon la Cour : “La production de bananes a augmenté aux iles Canaries (où la dotation de l’UE est restée stable) et à Madère (où une baisse de cette dotation est observée). Le tableau montre aussi qu’en Guadeloupe et en Martinique, le montant de l’aide apportée par T’UE par kilogramme de bananes produites a augmenté, malgré la baisse des volumes de ventes et de production. Ce montant est à présent deux fois plus élevé que dans les autres régions ultrapériphériques.”

 Il est surprenant que la Cour n’évoque pas l’explication de cette différence d’évolution entre régions du volume de la production et du niveau de l’aide. Il s’agit en effet d’un point central qui semble avoir globalement échappé à l’attention des experts alors qu’il est à l’origine de la crise sanitaire sans précédent qui frappe la filière antillaise depuis 2014. S’ils sont venus sur le terrain, nous ne les avons pas vus à la Martinique et il serait utile de savoir pour quelles raisons ce phénomène majeur et officiellement connu des institutions n’a pas été évoqué dans le rapport.

Ce n’est en effet pas l’inadéquation du régime d’aide qui explique le comportement de la production antillaise. C’est l’arrivée en 2012 de la cercosporiose noire et la suppression à partir de 2014 des moyens de lutte (interdiction de l’épandage aérien, suppression de molécules) qui expliquent l’inadéquation du régime d’aide pour endiguer les conséquences désastreuses de ce nouveau champignon. Il est curieux et surprenant qu’il n’en soit pas fait état. Les producteurs espagnols et portugais seraient par conséquent plus compétents que les producteurs français des Antilles…

Il est indiqué dans le rapport ce que le rapporteur semble considérer comme une anomalie : la part prépondérante du soutien budgétaire octroyé à la banane, 129 M€ soit 48 % de l’enveloppe globale antillaise du POSEI.

 

Comment expliquez-vous ce qui apparaît comme un traitement privilégié pour cette culture traditionnelle ?

L’enveloppe financière consacrée à la banane a été calculée dans le cadre d’un autre dispositif que le POSEI, l’OCM de la banane qui avait instauré un régime d’aides compensatoires résultant de l’écart de coûts de production (et notamment de main d’œuvre) entre les productions européennes de banane et celles de pays tiers concurrentes qui exportaient leurs fruits sur le même marché européen. Si cette différence de coûts/tonne n’avait pas été compensée depuis 1993 en dehors du POSEI la production n’existerait pas aujourd’hui. C’est par ailleurs ce que rappelle la Commission dans sa réponse à la Cour des comptes, rappelant “que le secteur de la banane est une pierre angulaire historique des régions ultrapériphériques… et joue un rôle clé dans leur stabilité sociale.” Pour mettre ce régime d’aide à l’abri de la réforme de la PAC et des risques de contestations de l’Organisation mondiale du commerce il a été décidé en 2007 de sanctuariser l’enveloppe consacrée à la banane en la transférant de l’OCM vers le POSEI.

Il ne s’est donc pas agi d’une augmentation de l’enveloppe du POSEI en faveur de la banane, mais d’une adjonction de cette enveloppe, résultant de causes distinctes et quantifiées, au budget du POSEI. L’importance de l’enveloppe résultait directement de la différence de coûts/tonne entre producteurs antillais et de producteurs de pays tiers. Cette différence de coûts/tonne multipliée par le tonnage commercialisé par la filière antillaise déterminait le montant global de l’enveloppe, qui est par conséquent une condition de survie de la filière. Par conséquent, la part prépondérante de l’enveloppe de la banane dans le budget du POSEI est parfaitement explicable et justifiable, contrairement à ce qui ressort des observations de la Cour. Plaider pour une meilleure répartition du budget du POSEI pour remédier à ce qui parait comme un manque d’équité n’a pas de sens.

 

La Cour relève dans son rapport une répartition inégale de l’enveloppe d’aide consacrée à la banane entre les exploitations : 20 producteurs percevant 33% de l’enveloppe globale soit 43 M€. Elle précise notamment : En Guadeloupe, quatre producteurs de bananes appartenant à une même entité ont perçu 21% de l’aide POSEI en faveur de ce secteur dans cette région. En Martinique, six producteurs de bananes appartenant à une même entité ont perçu 12% de l’aide POSEI en faveur de ce secteur dans cette région.N’y a-t-il pas là nécessité de rééquilibrer cette répartition qui favorise les grosses exploitations ?

Le régime d’aide banane résulte d’un calcul simple :

319 000 tonnes commercialisées et une enveloppe fixée selon les critères déjà définis de 129 millions €.

Cela conduit à une aide à la tonne (qui rappelons le correspond au différentiel de coûts entre producteurs européens et de pays tiers) de 404€ /tonne.

Cette aide/tonne multipliée par le tonnage commercialisé par le producteur détermine l’aide globale qu’il perçoit.

Une exploitation qui produit 2 500 tonnes de bananes (44 exploitations dans les deux îles) perçoit 1 010 000 €.

Une exploitation qui produit 500 tonnes perçoit 202 000€.

L’importance de ces soutiens résulte essentiellement de l’écart de coût de production entre producteurs antillais et producteurs latino-américains.

Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart

Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart

Si cette aide/tonne n’était pas octroyée au producteur, celui-ci, quelle que soit sa taille, se trouverait dans l’obligation de vendre son fruit sur le marché avec une majoration de 400€/t, c’est à dire se trouver dans l’incapacité d’écouler sa production et, de ce fait, cesser son activité.

Ce sont en effet les coûts de production des concurrents mondiaux qui déterminent le niveau des prix au consommateur sur le marché. 20 % des producteurs (96 sur 482) commercialisent 80 % de la production et perçoivent donc 80 % du soutien global. Si on réduit l’aide/tonne des exploitations qui produisent plus de 2 500 tonnes, par exemple, pour rééquilibrer la répartition, on met ces producteurs en difficulté face à leurs concurrents latino-américains qui déterminent les prix sur le marché, prix alignés sur leur coûts de production.

 La Cour pointe l’augmentation de l’aide réelle à la tonne à mesure que le niveau de production décroit, compte tenu du maintien de l’enveloppe globale de 129M€, et préconise une révision du régime d’aide conduisant à réduire le niveau de l’aide à tonne pour l’adapter au niveau de production.

 

Ce constat parait logique. Qu’en pensez-vous ?

Votre question traduit bien la grosse lacune du rapport qui fait l’impasse totale sur l’existence d’une crise sanitaire dévastatrice qui frappe la filière de la banane antillaise depuis 2014.

En effet, cette crise a eu pour conséquence une augmentation considérable du coût de production, une baisse des rendements, un développement important du mûrissage précoce interdisant la commercialisation et une baisse progressive du volume de production en dépit de l’assouplissement des critères d’octroi de l’aide.

Ces conséquences ont accru l’écart de compétitivité avec les concurrents mondiaux de la filière et l’augmentation mécanique de l’aide/tonne qui en est résultée.

L’augmentation de l’aide/tonne, résultant de la baisse de la production, ajoutée à la recette commerciale, n’a pour autant pas suffi à compenser l’augmentation du coût lié à la cercosporiose noire.

 

Propos recueillis par Michel Taube

 

Directeur de la publication

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