
Source : skiactu.ch
Les Jeux olympiques d’hiver 2026 ont débuté dans un contexte climatique très différent de celui qui prévalait lors des grandes éditions du XXᵉ siècle. Si les compétitions se déroulent dans des conditions maîtrisées, la littérature scientifique montre que l’environnement naturel des sports d’hiver évolue rapidement sous l’effet du réchauffement global.
Selon le sixième rapport d’évaluation du GIEC (2021-2023), l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde. Dans les Alpes, l’augmentation moyenne atteint environ +2 °C depuis la fin du XIXᵉ siècle, soit un rythme supérieur à la moyenne planétaire.
Un enneigement naturel de plus en plus déficitaire
Plusieurs travaux publiés ces dernières années confirment une diminution de la durée d’enneigement à moyenne altitude. Une étude parue en 2023 dans la revue Nature Climate Change (Pickering et al.) montre qu’en Europe, le nombre de stations capables d’accueillir des Jeux olympiques d’hiver avec un enneigement « climatiquement fiable » pourrait fortement diminuer d’ici le milieu du XXIᵉ siècle.
Dans un scénario de réchauffement intermédiaire, seule une minorité des anciennes villes hôtes conserverait des conditions naturelles suffisamment stables d’ici à 2050 sans recours massif à la neige artificielle.
Concrètement, une hausse de quelques degrés en hiver augmente la fréquence des épisodes où les précipitations tombent sous forme de pluie plutôt que de neige aux altitudes intermédiaires (1 000 à 1 500 mètres). Cela ne signifie pas l’absence de neige, mais une plus grande variabilité interannuelle et une réduction de la durée d’enneigement continu.
Sécuriser les jeux : le rôle croissant de la neige de culture
La neige de culture constitue aujourd’hui un élément structurant des grands événements hivernaux. D’après les données de l’Association nationale des maires des stations de montagne en France, produire un mètre cube de neige nécessite en moyenne 200 à 500 litres d’eau, selon les conditions atmosphériques.
À l’échelle d’un événement olympique, les volumes mobilisés peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers de mètres cubes afin de garantir une épaisseur homogène sur les pistes.
Or, la production suppose des températures négatives et une hygrométrie favorable. Une étude publiée dans The Cryosphere (2022) souligne que la réduction des fenêtres de froid complique la planification à long terme, notamment dans les massifs européens situés à moyenne altitude.
La neige artificielle permet donc de sécuriser les compétitions, mais elle ne supprime pas la dépendance aux conditions météorologiques : elle en atténue juste les effets.
Milan-Cortina 2026 : entre adaptations logistiques et débats environnementaux
L’organisation des Jeux 2026 repose sur une dispersion des sites entre la Lombardie et le Veneto, avec certaines épreuves organisées au-delà de 1 800 mètres d’altitude, afin d’améliorer la fiabilité de l’enneigement.
Cette configuration a suscité des critiques de la part d’ONG italiennes telles que Legambiente et du WWF Italie, qui ont mis en avant les impacts liés aux transports inter-sites et à l’artificialisation en zone alpine.
La controverse la plus marquée concerne la reconstruction de la piste de bobsleigh à Cortina. Initialement envisagée comme une rénovation, elle s’est transformée en projet de reconstruction pour un coût estimé à plus de 80 millions d’euros.
Le gouvernement italien, soutenu par le comité d’organisation, a défendu ce choix au nom de l’héritage sportif national. À l’inverse, plusieurs voix, dont des élus locaux et certains représentants du mouvement écologiste italien, ont plaidé pour l’utilisation d’une piste existante en Autriche, notamment à Igls (Innsbruck), afin de limiter les coûts et l’impact environnemental.
Le débat a pris une dimension internationale lorsque des observateurs ont rappelé que plusieurs candidatures récentes aux Jeux d’hiver, notamment à Calgary (Canada) et Sion (Suisse), avaient été abandonnées à la suite de référendums locaux défavorables, en partie pour des raisons budgétaires et environnementales.
Ces controverses ne remettent pas en cause la tenue des Jeux 2026, mais elles illustrent une évolution notable : les choix d’infrastructures olympiques sont désormais analysés à l’aune de leur compatibilité climatique et financière.
Une carte des jeux d’hiver appelée à se réduire
Une étude publiée en 2022 dans Current Issues in Tourism conclut que, dans un scénario de réchauffement élevé, seules quelques régions d’Europe et d’Amérique du Nord offriraient encore des conditions naturelles jugées fiables pour accueillir des Jeux d’hiver d’ici la fin du siècle. Cette projection repose notamment sur l’évolution attendue des températures hivernales et sur la diminution de la durée d’enneigement naturel à moyenne altitude.
Parallèlement, le nombre de villes candidates a diminué lors des dernières éditions, traduisant une prudence accrue des opinions publiques face aux coûts et aux enjeux environnementaux. Cette double dynamique (contrainte climatique d’un côté, réticence économique et sociétale de l’autre) pourrait progressivement restreindre le cercle des territoires capables et désireux d’accueillir les Jeux d’hiver.
En résumé
Les Jeux olympiques d’hiver 2026 se déroulent dans des conditions maîtrisées grâce à l’anticipation technique et logistique. Toutefois, les travaux du GIEC et les études académiques récentes confirment une tendance claire : la fiabilité de l’enneigement naturel diminue à moyenne altitude en Europe.
La neige de culture et le choix de sites plus élevés constituent des réponses d’adaptation efficaces à court terme. Mais les débats suscités en Italie autour des infrastructures et de leur impact montrent que la dimension climatique est désormais centrale dans l’évaluation du modèle olympique hivernal.
Les Jeux d’hiver ne sont pas remis en cause dans l’immédiat. En revanche, leur organisation s’inscrit désormais dans un cadre scientifique et climatique qui impose des arbitrages de plus en plus structurants.
Cyril Bonnefoy
Météorologue et Docteur en agro-climatologie, Terra Clima


















