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11H33 - jeudi 29 janvier 2026

Iran : une répression d’une ampleur sans précédent sous blackout numérique. Journal de bord de Mina Rad

 

Iran : une répression d’une ampleur sans précédent sous blackout numérique. Journal de bord de Mina Rad

Depuis le 28 décembre 2025, la République islamique d’Iran mène, dans un black-out numérique quasi total, une répression massive contre une vague de manifestations sans précédent réclamant la fin du régime. Selon de nombreuses sources, le bilan humain serait extrêmement lourd : des dizaines de milliers de morts, de blessés, de disparus et d’arrestations arbitraires. Plusieurs observateurs parlent déjà du massacre le plus grave de l’histoire contemporaine du pays.

« L’odeur du sang et de la mort est partout dans les rues d’Iran », confient des Iraniennes pour décrire l’atmosphère qui règne depuis la répression sanglante des 8 et 9 janvier 2026.

 

Des bilans humains qui se contredisent

L’ONU et plusieurs ONG estiment que la répression des dernières semaines aurait fait des dizaines de milliers de victimes, évoquant un chiffre pouvant dépasser 30 000 morts.

Le média persanophone Iran International, basé à l’étranger, avance pour sa part le chiffre de 36 500 morts, 300,000 blessés et plus de 10 000 personnes devenues aveugles à la suite de tirs visant les yeux.

Selon l’agence Human Rights Activists News Agency (HRANA), le nombre total d’arrestations atteindrait au moins 41 880 personnes à ce jour.

Ces chiffres restent toutefois extrêmement difficiles à vérifier. De nombreux témoignages évoquent des détenus répartis dans des lieux non officiels : usines, écoles, silos, entrepôts et bâtiments désaffectés transformés en centres de détention improvisés.

De son côté, le régime affirme que les victimes seraient des « terroristes » et des « mercenaires » liés à des puissances étrangères, et reconnaît officiellement environ 3 000 morts.

 

Témoignages de corps dissimulés et d’intimidation publique

Une personne ayant réussi à s’échapper d’un centre de détention clandestin affirme que « des milliers de corps sont entassés et dissimulés dans les sous-sols d’hôpitaux publics, dans des silos et des usines ».

D’autres témoins rapportent que des cadavres auraient parfois été laissés volontairement dans l’espace public : « Les corps étaient empilés les uns sur les autres au bord des rues ou sur des places, pour que les gens voient et aient peur. »

 

Un pays sous terreur

Les Gardiens de la révolution (Pasdaran) seraient déployés aux entrées des villes et aux principaux carrefours. Une forme de couvre-feu non déclaré paralyserait de nombreuses régions. L’objectif, selon plusieurs observateurs, serait d’installer un climat de terreur afin d’écraser toute forme d’opposition.

Des familles affirment devoir payer jusqu’à 10 000 euros pour récupérer les corps de leurs proches. Selon certains témoignages, des biens appartenant aux victimes seraient également confisqués sous prétexte de couvrir les « dégâts » causés lors des manifestations.

Les autorités interdiraient par ailleurs toute expression publique de deuil : avis de décès, tissus noirs aux portes, cérémonies collectives. Certaines familles enterreraient leurs proches en secret, parfois dans des jardins privés ou dans des cimetières éloignés, par crainte de rassemblements réprimés.

 

Répression des syndicats et du personnel médical

Plusieurs syndicats et associations — chauffeurs de bus, enseignants, étudiants, groupes réformistes — ont publié des communiqués condamnant la répression. De nombreux responsables auraient été arrêtés peu après.

Le pouvoir mènerait également une chasse aux médecins et aux soignants ayant traité des manifestants blessés. Selon des déclarations attribuées à la lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi, au moins huit médecins auraient été arrêtés dans différentes villes et détenus dans des lieux inconnus, sans accès à un avocat.

 

Internet coupé, économie paralysée

Depuis le 8 janvier, l’accès à Internet reste très largement interrompu et les rares communications seraient surveillées. Cette coupure pèse lourdement sur l’économie.

Le ministre iranien des Télécommunications, Sattar Hashemi, aurait déclaré que les interruptions récentes entraînent chaque jour environ 500 milliards de tomans équivalent de 3 millions d’euros de pertes pour l’économie numérique.

Malgré cela, des failles techniques et l’usage de VPN permettent parfois à des Iraniens de se connecter brièvement. Des vidéos et informations sortent au compte-gouttes, transformant des citoyens ordinaires en journalistes improvisés.

Ces images montreraient des forces de sécurité utilisant des armes lourdes et, selon certains témoignages, des substances chimiques. Plusieurs séquences semblent indiquer des tirs visant délibérément le cœur, les yeux ou le dos des manifestants.

 

Crise économique et colère sociale

La vague de contestation a débuté dans un contexte de forte dévaluation de la monnaie et de grèves dans les bazars dès le 28 décembre. Le coût de la vie a explosé.

Selon des statistiques officielles, les prix des biens de consommation auraient augmenté en moyenne de 60 % par rapport à l’année précédente.

Un kilo de viande hachée coûterait désormais environ 2,1 millions de tomans (près de 14 euros), alors que le salaire minimum mensuel d’un ouvrier tournerait autour de 80 euros.

 

Mobilisation de la diaspora et tensions internationales

Les manifestations contre la République islamique se poursuivent également à l’étranger. Une partie de la diaspora iranienne mène des campagnes pour faire reconnaître les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste et faire pression sur les gouvernements européens, américains et australiens.

Sur le plan international, la situation accroît les tensions régionales. Des mouvements militaires américains ont été signalés dans le Golfe persique, sans que les intentions exactes de Washington soient clairement définies. Les alliés régionaux des États-Unis, notamment l’Arabie saoudite, restent prudents face à toute perspective d’escalade militaire.

À l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de nombreux Iraniens disent se sentir abandonnés par la communauté internationale et redoutent que la répression ne se poursuive dans le silence.

 

Mina Rad

https://www.minarad.fr

linkedin.com/in/radmina

Iran : Journal de « ma famille de 90 millions d’Iraniens » par Mina Rad