
Deux siècles. Un bicentenaire d’histoire, d’encre, de convictions, de combats, de débats, d’enquêtes et de liberté. Le Figaro fête aujourd’hui un âge que bien peu de journaux, en France comme ailleurs, n’atteindront jamais ; et parmi les quotidiens français, il est sans doute le plus ancien encore en circulation.
Ce simple fait devrait suffire à rappeler ce qui distingue un pays libre de tous les autres : la possibilité, chaque matin, d’acheter et de lire le journal de son choix, de confronter les idées, d’exercer son jugement et, finalement, de faire vivre la démocratie par la pluralité de l’information. Car qu’est-ce qu’une démocratie, sinon d’abord une liberté d’expression pleinement active, un espace où les journaux peuvent critiquer, débattre, dénoncer, enquêter sans craindre l’arbitraire ?
Encore faut-il que l’offre soit à la hauteur de cette promesse démocratique. Et c’est bien le cas du Figaro, qui non seulement tient son rang mais le renforce année après année.
Je me souviens que mon père, pourtant plutôt homme de gauche modérée et sans engagement partisan, me répétait lorsque j’étais adolescent : « Lis Le Figaro, ce sont les meilleurs pour l’international. » Une phrase qui m’est restée.
À l’époque, lorsque j’étais étudiant, Le Figaro, Le Monde et Libération se disputaient le leadership intellectuel de la presse française. Trente ans plus tard, le constat est clair : Le Figaro s’est imposé comme le grand quotidien national, pendant que Le Monde, malgré ses qualités, s’est en partie enlisé dans une bien-pensance qui conditionne trop souvent le traitement de l’information et affaiblit la diversité du débat public.

Autre anecdote plus professionnelle : en 2000, j’ai eu la joie de publier une réédition de l’enquête magistrale que Jules Huret, journaliste du Figaro, avait menée en 1897 : « Enquête sur la question sociale en Europe » (éd. l’éczrt, épuisé). Huret avait traversé tout le continent, interrogeant ouvriers, entrepreneurs, banquiers, femmes, hommes, avec une modernité journalistique qui n’a rien perdu de sa force. Cet ouvrage participait déjà au rayonnement du Figaro, non seulement comme journal mais comme galaxie intellectuelle, politique et économique, autour de laquelle gravitent depuis deux siècles des lecteurs attachés à la liberté, à la culture et à l’art de vivre à la française.
Aujourd’hui, après quinze ans à diriger un média numérique, je sais combien le temps s’écoule différemment : une année sur le web équivaut souvent à une décennie dans la presse traditionnelle. Quinze ans dans le numérique ne valent certes pas cent cinquante ans dans le papier. Mais une chose est certaine : la grandeur de ce bicentenaire du Figaro exprime l’héritage exceptionnel transmis par celles et ceux qui l’ont construit, et que les journalistes d’aujourd’hui continueront de faire rayonner demain.
Alors oui, merci au Figaro, merci à ses équipes, merci à ce journal qui prouve qu’un pays demeure libre tant que ses citoyens peuvent lire, comparer, contredire et débattre. Longue vie au Figaro, pardon au Fig, et puissent les cent prochaines années être aussi fécondes que les deux cents qui viennent de s’écouler.
Michel Taube




















