
Webcam de Capbreton ce jeudi 26 février à 17h (source : Windy)
La France connaît cette semaine une vague de douceur remarquable, avec des valeurs parfois records, notamment sur le sud-ouest. Les températures ont approché, voire frôlé, les 30°C ce mardi 23 février, tandis que la moitié nord du pays a enregistré jusqu’à près de 25°C ce mercredi 24 février. Une situation météorologique hors normes pour la saison, qui interroge : cette douceur exceptionnelle est-elle durable et fait-elle peser un risque accru de gelées tardives au début du printemps ?
Le printemps avant l’heure
Alors que le printemps météorologique débutera officiellement ce dimanche 1er mars, la douceur s’est invitée très tôt sur l’ensemble du pays en cette fin février. En cause : l’anticyclone des Açores, favorisant la remontée d’une masse d’air d’origine subtropicale sur la France.
Ce mercredi, les températures de la masse d’air à 1500 mètres d’altitude atteignaient 8 à 13°C en moyenne, des valeurs habituellement observées en fin de printemps ou début de l’été. En plaine, les températures ont ainsi fortement progressé dès mardi, avec 20 à 26°C l’après-midi de la Loire aux Pyrénées. Une pointe exceptionnelle de 29,6°C a même été mesurée à Saint-Gladie (Pyrénées-Atlantiques), établissant un record absolu pour un mois de février sur cette station.

Températures maximales ce mercredi 25 février (source : météociel)
Mercredi, les températures sont restées très élevées sur le sud-ouest, mais la douceur s’est étendue aux régions centrales, avec par exemple 24°C à Châteauroux au meilleur de la journée. Ces valeurs dépassent localement les normales saisonnières de près de 15°C, illustrant le caractère tout à fait exceptionnel de cet épisode.
La montagne en surchauffe : jusqu’à 21°C à plus de 1000 mètres d’altitude
Après plusieurs semaines marquées par un temps perturbé, neigeux et parfois tempétueux, la montagne a retrouvé cette semaine un temps anticyclonique très doux, coïncidant avec la dernière semaine des vacances scolaires.
À Chamonix (1042 m), un record absolu pour un mois de février a été battu avec 21,1°C relevés ce mercredi 26 février. Ce jeudi, la douceur est restée remarquable sur l’ensemble des massifs : 12,8°C ont par exemple été mesurés à 1731 mètres d’altitude à la station de Bessans-Clim (Savoie), tandis que 18,5°C étaient encore observés à Chamonix.
Ce redoux spectaculaire en altitude a favorisé le déclenchement de plusieurs avalanches de neige humide. Toutefois, la fonte du manteau neigeux reste relativement limitée, en raison d’un temps sec qui permet de préserver en partie l’enneigement.
Retour temporaire de la pluie vendredi mais maintien de la douceur début mars
Cette douceur exceptionnelle persistera encore ce vendredi, notamment sur le centre-est, avec plus de 20°C attendus à Clermont-Ferrand. En revanche, une dégradation faiblement pluvieuse abordera le pays par le nord-ouest. Atténuée par les hautes pressions, elle ne donnera que des pluies faibles à modérées entre le littoral atlantique, le Val de Loire, le bassin parisien et les Hauts-de-France.
Un temps plus calme et plus sec est ensuite attendu pour le week-end et le début de semaine prochaine, à l’exception des régions méditerranéennes où l’instabilité restera plus marquée. Les températures baisseront légèrement tout en restant 2 à 3°C au-dessus des normales de saison l’après-midi, avant de remonter à nouveau la semaine prochaine, avec un nouveau pic attendu entre lundi et mardi.
Risque de gelées tardives au printemps : une vigilance nécessaire
La végétation réagit rapidement à ces premiers pics de douceur, voire de chaleur. Depuis plusieurs années, ces épisodes précoces sont de plus en plus marqués en fin d’hiver, favorisant une avance significative du cycle végétatif. Cette précocité expose ensuite les cultures au risque de gelées printanières, un danger qui persiste malgré le réchauffement climatique.
Les exemples récents ne manquent pas. En avril 2021, un épisode de gel tardif exceptionnel avait causé des dégâts considérables, notamment dans les vignobles de Champagne, de la Loire et de Bourgogne, avec des pertes estimées à près de 2 milliards d’euros. Plus récemment, en avril 2024, de nouvelles gelées tardives ont touché le pays, se révélant particulièrement dommageables dans le Var. Aucune région n’est désormais réellement épargnée par ce risque.
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Année |
Période |
Episodes de gel tardifs majeurs ces dernières années |
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2017 |
19–22 avril |
Gel tardif après précocité des végétaux (vignobles, arbres fruitiers) |
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2019 |
Mi-avril |
Gel généralisé sur une grande partie du pays |
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2021 |
6–8 avril |
Très intense, très dommageable, pertes majeures |
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2022 |
Début avril |
Gel notable après douceur (impact sur viticulture) |
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2024 |
Avril |
Nouvel épisode avec dégâts courants |
À court terme, aucun coup de froid marqué n’est envisagé pour les prochaines semaines, la douceur devant globalement se maintenir. Toutefois, le printemps ne fera que débuter la semaine prochaine, et les températures resteront étroitement surveillées par les arboriculteurs et les viticulteurs jusqu’à fin avril, voire début mai, période encore propice aux gelées tardives.
Cette douceur exceptionnelle de fin d’hiver illustre une nouvelle fois la variabilité accrue de notre climat, où des épisodes précoces de chaleur peuvent précéder des retours brutaux du froid. Si aucun risque immédiat n’est identifié, la vigilance restera de mise dans les semaines à venir, tant les conséquences d’un gel tardif peuvent être lourdes pour les écosystèmes et les filières agricoles.
Cyril Bonnefoy
Météorologue et Docteur en agro-climatologie, Terra Clima

















