Edito
10H15 - dimanche 9 août 2026

De la doctrine de Louis Aliot, Maire de Perpignan : « catalan d’abord, français toujours ! ». Ou quand identité locale et identité nationale ne font qu’un !

 

De la doctrine de Louis Aliot, Maire de Perpignan : « catalan d’abord, français toujours ! ». Ou quand identité locale et identité nationale ne font qu’un ! Par Philippe Mocellin

Dans les Pyrénées-Orientales et à Perpignan en particulier, certains esprits sectaires s’échinent à ériger la « catalanité » en une question politicienne, en menant une « guerre » culturelle aussi grotesque que désuète.

Louis Aliot, Maire de Perpignan, loin de toutes ces polémiques stériles, œuvre en faveur d’une authentique identité roussillonnaise, marque territoriale pleinement inscrite dans l’histoire de la République française.

Sur ce sujet, comme sur d’autres, Louis Aliot affectionne les formules ciselées, celles qui valent parfois mieux qu’un programme, en traversant le temps et les générations et qui expriment, en quelques mots, une manière d’être au monde…

Pour le Roussillon, pour Perpignan et pour ces catalans du nord qui ont vécu leur propre histoire française sans renoncer à leur héritage catalan historique, il en est une qui possède cette force particulière : « catalan d’abord, français toujours : ».

C’est bien cette expression que Louis Aliot utilise quand il évoque la « catalanité » de Perpignan, elle-même associée à la devise de l’USAP et à la mémoire de ces rugbymen catalans partis combattre pour la France pendant la Grande Guerre.

L’expression résume surtout une conception de l’identité locale que le Maire de Perpignan revendique avec constance au fil des décennies, à savoir son attachement à une terre et à une culture qui ne commande, en aucune manière, une rupture avec la nation française.

Pour le dire autrement, le débat dans les Pyrénées-Orientales, est trop souvent enfermé dans une alternative dangereuse : être catalan ou être français, un peu comme si l’histoire imposait de choisir…

Comme si la frontière des Pyrénées avait dû emporter avec elle la mémoire, les traditions, les noms de lieux, les familles, les paysages et la culture qui existaient de part et d’autre.

La position du Maire de Perpignan vise bien à refuser ce choix absurde pour mieux revendiquer la « catalanité », en récusant le « catalanisme », qui ouvre la voie à un projet politique, imprégné d’idéologie séparatiste.

Défendre une identité, ce n’est pas plaider pour la séparation avec la République française !

Préserver le patrimoine catalan, ce n’est pas de faire de Perpignan une sorte d’avant-poste politique de Barcelone !

Reconnaître la langue et la culture catalanes, ce n’est pas s’engager dans une aventure autonomiste ou indépendantiste !

Le cœur de la pensée du premier magistrat est ainsi résumé, sans détours et en toute transparence.

Rappelons que dès 2016, au moment où le mouvement « Oui au Pays Catalan » s’organisait, Louis Aliot s’était opposé frontalement à ceux qu’il considérait comme des « catalanistes » politiques, en réaffirmant ses liens avec la culture catalane, partie intégrante de la nation française.

Quelques années plus tard, devenu Maire de Perpignan, celui-ci est resté fidèle à cette ligne de pensée, articulée, qui plus est, à un projet territorial qui fait de Perpignan une terre catalane et en rien « catalaniste » !

C’est sur la base de cette distinction que la Municipalité de Perpignan souhaite aujourd’hui impulser une nouvelle politique ambitieuse qui valorise l’identité territoriale du Roussillon ainsi que son histoire et sa culture.

En cohérence avec cette volonté clairement affichée, Louis Aliot avait contesté, avec force de conviction, le changement d’appellation de la région Languedoc-Roussillon, au profit de de celle « d’Occitanie ».

En faisant disparaître le terme « Roussillon », c’est le territoire lui-même qui a été alors nié dans son existence, en référence à une géographie qui s’impose et aux populations qui font vivre cette terre de tradition et de création.

De la même manière, quand Louis Aliot évoque le « Pays catalan », c’est pour mieux mettre en valeur cette magnifique région de France, bardée d’atouts patrimoniaux et touristiques. 

Plus encore, Perpignan évoque immanquablement les rois de Majorque, les traditions de la Saint Jordi, des liens historiques avec Palma de Majorque et un ensemble de symboles catalans…

Et pourtant, si la ville de Perpignan est donc bien plus qu’une entité administrative de la République française, elle ne se reconnaît pas, pour autant, dans une catalogne inscrite dans un projet indépendantiste chimérique, dominée par la puissance barcelonaise…

Le Maire de Perpignan rappelle que les frontières politiques existent et doivent être respectées.

En ce sens, si la Catalogne du sud peut être considérée comme une « sœur » culturelle, elle ne peut devenir en soi une autorité politique…

La Generalitat est un partenaire et non le gouvernement d’une Catalogne qui absorberait Perpignan !

Pour revenir au club prestigieux de l’USAP, Louis Aliot refuse, avec raison, que ce joyau sportif soit instrumentalisé à des fins politiques.

Certes, ce club est catalan par son histoire, ses couleurs, son public et sa mémoire mais il est – et toujours – français.

Encore une fois, « catalan d’abord, français toujours ! ».

Dans un réel souci d’impartialité, force est cependant de reconnaître que la formule mérite d’être explicitée afin de dépasser les controverses inutiles.

En effet, les mouvements « catalanistes » estiment que la défense de la « catalanité » ne peut se réduire à la préservation des monuments, à l’organisation de fêtes, à un drapeau et à quelques références historiques.

Selon eux, une langue qui n’est plus parlée disparaît ; une culture qui n’est plus transmise devient un vague souvenir mémoriel ;  une identité qui n’est plus promue finit par n’être plus qu’un décor…

Ceux-ci affirment alors la nécessité  – nous l’avons constaté à propos des échanges publics touchant à l’avenir de La Bressole – d’enseigner le catalan et de renforcer les moyens pour maintenir cette ambition identitaire.

A ce titre, le débat est légitime et concerne d’ailleurs bien d’autres territoires en France.

C’est la raison pour laquelle, la majorité municipale n’a, en aucune manière, remis en cause son soutien à l’enseignement du catalan, en consacrant des aides financières et matérielles conséquentes au bénéfice des établissements scolaires et des associations

Chaque année, la Caisse des écoles apporte un appui substantiel à l’apprentissage de la langue catalane au sein des écoles publiques de la ville.

Aussi, réduire le positionnement de Louis Aliot à une hostilité à la Catalogne est aussi stupide que mensonger.

Il ne se désigne pas « anti-catalaniste » mais « anti-indépendantiste ». La distinction n’est pas neutre tant sur un plan politique que juridique.

En clair et en faisant preuve d’objectivité sur le sens des mots employés, Louis Aliot ne  dit pas : « la Catalogne n’existe pas », il déclare : « la Catalogne existe mais le Roussillon est français ».

Il ne dit pas : « il faut supprimer la catalanité. », il affirme que « la catalanité ne peut se confondre avec un projet de nature politique, promoteur d’une revendication indépendantiste ».

Il ne dit pas : « oublions notre histoire catalane », il nous fait part, au contraire, d’une conviction, en indiquant qu’une France suffisamment forte n’a aucune raison d’avoir peur de la particularité des histoires locales.

Louis Aliot fait partie de ces responsables politiques qui pensent que l’identité française renvoie à une réalité historique et culturelle solide, en capacité d’agréger la pluralité de ses propres héritages.

Le Roussillon peut donc être français et catalan !

Perpignan communique avec Paris sans tourner le dos à Barcelone !

Nous chantons « La Marseillaise » et dansons la sardane !

Nous parlons français et nous voulons transmettre la langue catalane !

Nous sommes attachés à la République française et tout autant à l’histoire particulière de notre province de naissance.

La question n’est pas de savoir quelle identité doit mourir pour que l’autre vive mais de faire coexister deux fidélités.

Le comportement des générations de catalans qui ont combattu sous l’uniforme français illustre parfaitement cet état d’esprit, en rappelant que l’appartenance à la France n’a jamais signifié l’effacement de la « catalanité ».

L’expression consacrée « catalan d’abord, français toujours » prend alors une dimension réellement philosophique.

Signifie surtout que nous pouvons nous inscrire dans l’identité de sa terre, fidèle à l’histoire et à la mémoire et être un citoyen de la nation, fier de l’être.

L’amour d’une culture n’implique pas nécessairement la haine d’une autre.

Dans cette logique, un élément, souvent oublié, éclaire davantage encore la pertinence de cette vision : celui relatif au nom historique donné à Perpignan.

Avant les débats contemporains sur « Perpignan la rayonnante » versus « Perpignan la catalane », la ville portait déjà un titre évocateur : Perpignan la « Fidelíssima ».

Cette appellation, héritée de l’histoire médiévale et des fidélités successives de la cité, démontre à quel point Perpignan se définit par cette forme d’attachement et de loyauté à l’égard de ses racines plutôt qu’au travers de brutales ruptures identitaires.

Elle n’a jamais été pensée comme une ville qui implique de « faire le tri » entre ses appartenances mais comme une ville fidèle à plusieurs héritages.

C’est dans ce prolongement que s’inscrit également le jumelage de Perpignan avec Palma de Majorque.

Ce lien n’est pas anecdotique.

Il fait directement écho à l’histoire commune des royaumes de Majorque et du Roussillon et aux circulations culturelles, linguistiques et politiques de la Méditerranée catalane médiévale.

Et inscrit Perpignan dans un espace historique qui dépasse les frontières contemporaines sans les nier, en affirmant une continuité méditerranéenne et catalane qui n’entre pas en contradiction avec l’appartenance française mais qui l’enrichit.. !

« Catalan d’abord, français toujours », autant de mots qui confirment qu’il est possible de se revendiquer aussi bien de Perpignan, du Roussillon, de Catalogne et de France.

Il ne s’agit pas d’opposer la Catalogne à la France, ni la France à la Catalogne mais d’opter pour une Catalogne française qui assume pleinement ses deux héritages.

Une identité n’est pas toujours un territoire à conquérir, elle est aussi et d’abord une fidélité à transmettre.

Laissons alors à Louis Aliot le soin de conclure : « être catalan par ses racines, français par sa nation et ne jamais considérer que l’un exige de renier l’autre ».

Telle est la maxime de référence qui pourrait largement inspirer nos territoires de métropole ou d’outre-mer, aujourd’hui soucieux d’honorer, dans un même élan d’enthousiasme, identité locale et identité nationale.

 

Philippe Mocellin

Politologue, Docteur en science politique, Maître de Conférences associé de 2013 à 2019 à l’Université de Poitiers, il est l’auteur d’ouvrages de sociologie, d’essais et d’articles géopolitiques. A aussi exercé diverses fonctions de responsabilités au sein de collectivités locales, notamment à Perpignan, en qualité de Directeur Général des Services, de 2021 à 2026. A publié plusieurs contributions touchant aux politiques publiques territoriales et à la prospective urbaine.

"Introduction à la sociologie - Auteurs - Courants - Méthodes - Grands thèmes - 2e édition, Ellipses

Prochain livre à paraître : « Introduction à la sociologie – Auteurs – Courants – Méthodes – Grands thèmes – 2e édition, Ellipses – parution 29 septembre 2026

 

 

 

 

 

 

 

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