Edito
10H10 - vendredi 7 août 2026

Le Kazakhstan accélère sa transformation en Hub Logistique majeur de l’Eurasie

 

Le Kazakhstan accélère sa transformation en Hub Logistique majeur de l’Eurasie

Le président Kassym-Jomart Tokaïev a lancé la construction de trois axes routiers stratégiques, dont la future autoroute Beineu–Saksaulsk. Cette nouvelle étape de la modernisation des transports doit renforcer la connectivité intérieure du Kazakhstan, rapprocher la Chine des ports de la mer Caspienne et consolider la place du pays comme Hub Logistique entre l’Europe et l’Asie.

Le 3 août 2026, lors d’une téléconférence consacrée aux routes Kyzylorda–Saksaulsk, Ulgaysyn–Saksaulsk et Beineu–Saksaulsk, le président Kassym-Jomart Tokaïev a officiellement donné le coup d’envoi de plusieurs projets appelés à transformer durablement la carte des transports kazakhstanais. Pour le chef de l’État, ces infrastructures dépassent largement le cadre de simples travaux routiers. Elles s’inscrivent dans une stratégie nationale visant à faire du Kazakhstan un Hub Logistique de premier plan en Eurasie, capable d’assurer une circulation plus rapide des marchandises entre la Chine, l’Asie centrale, la mer Caspienne et les marchés européens.

« Les routes sont les artères de la vie », a déclaré Kassym-Jomart Tokaïev, rappelant que le développement d’un système de transport moderne constitue une mission stratégique pour l’État. Il a également fixé une orientation claire : « Notre objectif est de consolider le statut du Kazakhstan comme hub de transit clé de l’Eurasie. »

Beineu–Saksaulsk, nouvelle colonne vertébrale du Hub Logistique kazakhstanais

Le projet central annoncé par le président concerne la construction de l’autoroute Beineu–Saksaulsk, longue d’environ 800 kilomètres. Cette infrastructure doit établir une liaison plus directe entre les postes-frontières de la Chine et les ports kazakhstanais d’Aktau et de Kuryk, sur la mer Caspienne. Selon le projet, la nouvelle route réduira d’environ 1 000 kilomètres certains trajets de fret entre la Chine et l’Europe. Le temps de livraison pourrait ainsi être raccourci jusqu’à trois jours. Kassym-Jomart Tokaïev a décrit cet axe comme un futur lien majeur entre les deux extrémités du continent eurasiatique, appelé à devenir un véritable pont entre les économies orientales et occidentales.

Le président a proposé de donner à cette route le nom d’autoroute Aral–Caspienne, une appellation qui souligne sa fonction géographique autant que sa portée historique. L’axe reliera les steppes de la région de la mer d’Aral aux infrastructures portuaires de la Caspienne, tout en ouvrant de nouvelles possibilités aux territoires traversés.
La Banque mondiale présente d’ailleurs Beineu–Saksaulsk comme le dernier grand tronçon routier manquant de la section kazakhstanaise du corridor transcaspien. L’institution accompagne les études préparatoires du projet, dans la perspective d’un cofinancement international pouvant atteindre 1,3 milliard de dollars.

Trois routes pour renforcer les échanges entre les régions

Le programme comprend également l’augmentation de la capacité et la reconstruction complète des routes Kyzylorda–Saksaulsk et Ulgaysyn–Saksaulsk, représentant ensemble 774 kilomètres. Ces trois axes doivent former un ensemble cohérent, reliant plus efficacement les régions occidentales, centrales et méridionales du pays. Le réseau kazakhstanais, historiquement structuré autour de grands itinéraires verticaux, sera ainsi complété par de nouvelles liaisons horizontales entre l’est, le centre et les ports de la Caspienne.

Les entreprises kazakhstanaises seront directement associées à la réalisation des travaux. Plus de 10 000 emplois devraient être créés, tandis que le volume annuel de marchandises transportées sur les axes concernés pourrait être multiplié par 2,5 pour atteindre 13,2 millions de tonnes. Les projets doivent être achevés au plus tard en 2029. Pour Kassym-Jomart Tokaïev, ces routes contribueront simultanément au développement de l’économie nationale, du tourisme, de l’emploi et du bien-être des habitants. Elles permettront également de transformer des itinéraires autrefois périphériques en carrefours intégrés aux grands corridors de l’Eurasie.

Un Hub Logistique soutenu par une modernisation nationale

La construction de l’autoroute Aral–Caspienne s’inscrit dans une modernisation beaucoup plus large. En 2025, quelque 13 000 kilomètres de routes ont été construits ou rénovés au Kazakhstan, dont 6 000 kilomètres déjà mis en service. Les postes-frontières routiers internationaux doivent, eux aussi, faire l’objet d’une reconstruction complète d’ici 2027.

Le transport ferroviaire avance en parallèle. La deuxième voie Dostyk–Moiynty, mise en service en 2025, a permis d’augmenter fortement les capacités sur l’axe reliant la Chine au réseau kazakhstanais. D’autres lignes, notamment Moiynty–Kyzylzhar, Darbaza–Maktaaral et Bakhty–Ayagoz, doivent compléter progressivement le maillage national.
Lors de l’ouverture de la deuxième voie Dostyk–Moiynty, Kassym-Jomart Tokaïev avait résumé la vocation géographique du pays en déclarant : « Le Kazakhstan relie le Nord et le Sud, l’Ouest et l’Est. » Le président avait également qualifié la mise en service anticipée de cette infrastructure de « moment véritablement historique ».

Les ports d’Aktau et de Kuryk constituent l’autre pilier de cette stratégie de Hub Logistique. En 2024, le trafic du corridor transcaspien a atteint 4,5 millions de tonnes, soit une progression annuelle de 62 %. Le développement du hub à conteneurs d’Aktau doit porter la capacité du port de 140 000 à 240 000 équivalents vingt pieds.

Smart Cargo, le volet numérique du Hub Logistique

La politique de transport kazakhstanaise ne repose pas uniquement sur les routes, les voies ferrées et les ports. Le président Tokaïev insiste également sur la nécessité de construire un écosystème numérique commun pour le transport international de marchandises. La plateforme Smart Cargo doit réunir les services douaniers, logistiques et commerciaux dans un guichet numérique unique. Elle permettra de mieux coordonner les flux de transit, de réduire les formalités et d’accroître la transparence des opérations.

Le chef de l’État a présenté une vision dans laquelle « les marchandises franchissent les frontières aussi vite et efficacement que les données circulent dans un réseau numérique ». Cette ambition traduit le passage d’une logique d’infrastructure classique à une logistique intégrée, fondée sur l’échange de données, la traçabilité et l’interconnexion des services.

Du potentiel géographique au leadership eurasiatique

Le projet Aral–Caspienne concrétise une orientation défendue de manière constante par la présidence. Dans son adresse aux dirigeants de l’Union économique eurasiatique, Kassym-Jomart Tokaïev avait placé les transports sous le mot d’ordre : « Hub Logistique de l’Eurasie : du potentiel au leadership ». Il avait notamment appelé à développer une « logistique sans rupture », dans laquelle les marchandises circuleraient rapidement, sans retards inutiles ni procédures bureaucratiques excessives. Le président avait également proposé la création d’un système intégré de gestion des flux, reposant sur l’intelligence artificielle et l’interopérabilité des plateformes nationales.

Cette stratégie bénéficie de la position centrale du Kazakhstan, au croisement des itinéraires Est–Ouest et Nord–Sud. Lors du forum économique kazakhstanais-turc de mai 2026, Tokaïev déclarait ainsi : « Le Kazakhstan est l’un des principaux hubs de transit entre la Chine et l’Europe. » Il soulignait également la croissance rapide du corridor transcaspien et l’objectif de porter son volume de fret à 10 millions de tonnes. Avec l’autoroute Beineu–Saksaulsk, la rénovation des routes complémentaires, la modernisation ferroviaire, l’expansion des ports caspiens et le déploiement de Smart Cargo, le Kazakhstan transforme son avantage géographique en capacité économique concrète.