Edito
08H14 - jeudi 23 juillet 2026

L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et des portables dans les lycées : juste une illusion ! L’édito de Michel Taube

 
L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et des portables dans les lpiycées : une grande illusion. L'édito de Michel Taube

Source : https://www.thesiteoueb.net/ – Alex I.

Juste une illusion ! La France veut être le premier Etat au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ! Juste une illusion !

Le Parlement vient donc d’adopter une loi portée par la députée Laure Miller (Ensemble pour la République) interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans et le portable dans les lycées. L’intention est compréhensible : protéger les enfants des effets délétères des plateformes. Mais une bonne intention ne fait pas une bonne loi. En l’état, ce texte ressemble davantage à une opération de communication qu’à une réforme réellement applicable.

Dans les lycées, les jeunes iront échanger dans les toilettes, les recoins de leur établissement. Combien de lycées imposeront à l’entrée chaque matin de déposer jusqu’au soir leur jouet dans une boîte ou un casier ? Excessivement peu !

Quant à l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, elle est quasiment impossible à faire respecter.

Premier problème : la vérification de l’âge.

Des millions de jeunes mentent déjà sur leur date de naissance pour créer un compte. Demain, beaucoup continueront à le faire. Si une vérification d’identité est demandée, certains utiliseront une pièce d’identité appartenant à un parent ou contourneront les dispositifs disponibles en faisant des faux avec l’IA. L’expérience montre que les adolescents maîtrisent souvent mieux les outils numériques que les adultes chargés de les encadrer.

Deuxième faiblesse : qui contrôlera réellement le respect de cette loi ? L’ARCOM ? Le texte confie aux plateformes la responsabilité de mettre en place des mécanismes de vérification, mais il ne crée pas une nouvelle autorité spécifiquement chargée d’en contrôler l’application au quotidien. Sans contrôle effectif, une interdiction risque de rester largement théorique.

Troisième interrogation : quelles seront les conséquences pour les plateformes qui ne respecteraient pas pleinement leurs obligations ? Une loi ne produit d’effets que si les règles sont effectivement contrôlées et les sanctions appliquées. C’est sur ce terrain que se jouera sa crédibilité.

Une réponse politique qui ne remplace pas la responsabilité des adultes

Le plus préoccupant est peut-être ailleurs. Cette loi donne le sentiment que l’on peut résoudre un problème éducatif complexe par une interdiction législative. Pourquoi pas si elle marche et si elle repose sur la participation, pleine et entière des familles, des enseignants et des adultes qui encadrent les jeunes dans les clubs sportifs et toutes activités ludiques et associatives. On en est loin !

Bien sûr que les réseaux sociaux exposent les mineurs à de vrais risques : addiction, harcèlement, contenus violents ou pornographiques, manipulation algorithmique. Personne ne le conteste. Mais croire qu’un texte suffira à empêcher des adolescents de se connecter relève d’une illusion coupable.

Les réseaux sociaux et les plateformes sont en train d’accoucher d’une génération sacrifiée, perdue. On le sait tous ! Si la loi veut être efficace, il n’y a qu’une solution : mettre le paquet sur la responsabilité des plate-formes, avec de très lourdes sanctions pénales et financières sur les dirigeants français, (si les big boss sont inatteignables en Chine et aux Etats-Unis). A cette occasion, comme par magie, elles trouveront les solutions technologiques.

En attendant, la protection des mineurs doit reposer sur les familles, l’école, l’éducation au numérique et la responsabilisation des plateformes. La loi peut accompagner cette démarche. Elle ne peut pas s’y substituer.

À force de voter des textes dont l’application est vaine, les responsables politiques entretiennent l’illusion de l’action. Une démocratie ne se renforce pas avec des lois symboliques, mais avec des règles applicables, contrôlées et effectivement respectées. C’est à cette condition que la confiance des citoyens peut être préservée.

 

Michel Taube

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Directeur de la publication