
Si le débarquement américain du 6 juin 1944 fut la plus grande chorégraphie militaire de l’histoire moderne, elle ne fut pas le seul moment déterminant de la deuxième guerre mondiale comme la scénographie hollywoodienne le suggérait.
En effet, les batailles de Stalingrad, du Garigliano, des Balkans et le débarquement de Provence ont été tout aussi décisives pour vaincre le nazisme que « le jour le plus long ».
Le 21 novembre 1943, sous les yeux sceptiques voir moqueurs des Anglo-américains arrivent avec leur train de mulets, les premiers éléments du Corps Expéditionnaire Français alors que les troupes allemandes du Maréchal Albert Kesserling tiennent en échec depuis des mois, la 5ème armée américaine du Général Mark Clark et le 15ème groupe d’armées alliées du Général Harold Alexander devant l’abbaye de Cassino.
Contestant l’attaque frontale alliée pour forcer le môle défensif de la ligne Gustav allemande, le Général Alphonse Juin qui commande le CEF (Corps Expéditionnaire Français) propose une manœuvre consistant à passer par la montagne pour déborder les positions ennemies qui verrouillent l’entrée de la vallée du Liri et les prendre ainsi à revers dans un mouvement d’encerclement. Il propose de provoquer la rupture du front fortifié en partant de la tête de pont du fleuve Garigliano. Mais le commandement anglo-américain reste insensible à ses analyses. De guerre las, le général Dwight Eisenhower, commandant en chef des forces alliés intimera à Clark et Alexander d’appliquer le plan français.
Le 11 mai 1944, à 23 heures, trois divisions du CEF montent en ligne, dans un relief d’altitude très accidenté (20 monts et cols entre 1500 et 2900 mètres d’altitude) face aux casemates en béton défendues par des troupes d’élites des 10ème et 14ème armées allemandes. Durant six jours, aux prix de terribles combats aux corps à corps, les monts Majo, Petrella, Revole, Fammera sont enlevés. La ligne Gustav est enfoncée. Kesserling ordonne, le 16 mai, la retraite. La route de Rome est ouverte (la capitale italienne tombera le 4 juin).
Cette victoire de conception et d’application française, remportée par des unités françaises a été payée au prix fort. En huit mois d’opérations, le CEF aura perdu un tiers des 90 000 hommes engagés dont 60% de maghrébins (32171 tués et blessés).
Cette victoire marque la renaissance de l’armée française dont alliés et allemands pensaient qu’elle n’existait plus depuis juin 1940. La lecture des télégrammes de félicitations des alliés est éloquente pour dire combien cette victoire a apporté un nouveau chapitre d’épopée à l’histoire de France. Jusqu’au Maréchal Kesserling qui dans ses mémoires avouera qu’au lendemain de cette bataille, il donna instruction à ses commandants de bataillons de renforcer leurs positions surtout face aux Français.
Malgré cela, le rôle majeur du CEF et de ses faits d’armes dans la campagne d’Italie (suivront celles de France puis d’Allemagne) a été totalement occulté par le débarquement de Normandie (qui ne comprenait que 177 Français membres du Commando Kieffer alors qu’ils étaient en août 1944 plus 230 000 pour le débarquement de Provence) et la volonté des autorités de mettre en avant, à la Libération, la résistance intérieure.
Si les Français connaissent le Garigliano, c’est surtout grâce aux exploits, sur un pont du fleuve, du chevalier Bayard en 1503, dans la guerre franco-espagnole. Notre pays a une dette de reconnaissance à l’égard de tous ces soldats de toutes origines qui ont sacrifié leur vie pour notre liberté, il y a 82 ans.
En ces temps de guerres, proche ou lointaine, il est indispensable de revivifier le lien « armée – Nation » distendu depuis la fin du service militaire, ce qui rend le devoir de mémoire encore plus essentiel.
La République s’honorerait d’organiser dans son calendrier mémoriel annuel une manifestation consacrée au Garigliano en présence du chef de l’Etat et/ou de la ministre des Armées.
Michel Scarbonchi
Ancien Député européen, président de l’Amicale des Anciens Tirailleurs Marocains (2, 4 et 6ème RTM)
La Mairie du 15ème arrondissement de Paris organisera une cérémonie commémorative en présence du maire Philippe Goujon vendredi 29 mai à 10h30 sur le parvis de la Mairie.


















