
Le monde a changé, et l’Italie de Giorgia Meloni l’a bien compris.
À coups de visites éclair, de sommets improvisés et de séquences diplomatiques en rafale, Rome construit une stratégie lisible : sécuriser l’énergie, partout où elle se trouve, et avec tous ceux qui acceptent de la vendre.
La guerre en Ukraine a refermé une porte. Les tensions au Moyen-Orient en détériorent une autre, fragile. Entre les deux, une certitude : l’énergie est redevenue une arme politique. Et dans cette nouvelle grammaire, l’Italie avance ses pions avec méthode.
D’abord en Méditerranée l’Algérie, son espace naturel. Au sud, la Libye reste un point d’équilibre fragile, mais incontournable, où se mêlent hydrocarbures, influence et gestion des flux migratoires. Plus à l’est, l’Italie consolide ses positions en multipliant les partenariats énergétiques, dans une logique presque défensive.
Mais c’est surtout vers les grandes routes du gaz et du pétrole que Rome déploie sa nouvelle diplomatie. À Bakou, les accords avec l’Azerbaïdjan prennent une dimension structurante : près de 10 milliards de m³ de gaz acheminés via le corridor gazier méridional, soit environ 16 % des importations italiennes.
Ilham Aliyev et Giorgia Meloni parlent désormais d’un partenariat « permanent », presque institutionnalisé, qui dépasse la simple logique commerciale pour toucher à la coordination stratégique.
Plus au sud, les monarchies du Golfe complètent l’architecture. Arabie saoudite, Qatar, Émirats : trois fournisseurs, mais surtout trois stabilisateurs d’un marché mondial de l’énergie devenu imprévisible. Dans cette région sous tension, où chaque incident peut faire vaciller les prix mondiaux, l’Italie multiplie les contacts, parfois dans l’urgence, souvent dans la discrétion.
Derrière cette activité diplomatique intense, une réalité politique intérieure s’impose pourtant. En Italie, le prix de l’énergie est devenu un sujet électoral majeur. Inflation, facture d’électricité, coût du carburant : chaque hausse fragilise le pouvoir d’achat et nourrit le mécontentement social. Pour Giorgia Meloni, sécuriser les approvisionnements énergétiques, c’est aussi protéger sa majorité et préserver sa crédibilité auprès des classes moyennes et du tissu industriel italien.
La Présidente du Conseil des ministres italienne joue donc une partie bien plus large qu’une simple stratégie internationale. Elle cherche à apparaître comme une dirigeante capable de défendre concrètement les intérêts italiens dans un monde instable. Ses déplacements répétés participent aussi de cette image : celle d’une cheffe de gouvernement active, omniprésente, capable de parler d’égal à égal avec les producteurs d’énergie et les puissances régionales.
Dans cette stratégie, Eni joue un rôle clé. C’est la grande entreprise italienne du pétrole et du gaz, active dans de nombreux pays. Elle exploite des gisements, construit des infrastructures et signe des contrats énergétiques qui prolongent, en pratique, la diplomatie de l’État italien à l’étranger.
Résultat ? la politique énergétique italienne ressemble de plus en plus à une gestion de portefeuille mondial. L’objectif n’est pas de dominer, mais d’éviter toute rupture d’approvisionnement. L’Italie cherche avant tout à garantir sa sécurité énergétique dans un monde instable.
Reste une question importante : cette stratégie de diversification peut-elle fonctionner durablement ? En multipliant les partenaires, l’Italie réduit certains risques, mais elle s’expose aussi à une addition de dépendances et à des équilibres plus complexes à gérer.
Sofiane Dahmani
Chargé de la rubrique Opinion Italia


















