Edito
09H25 - dimanche 17 mai 2026

Italie : les divisions à droite menacent-elles Giorgia Meloni ? L’édito de Michel Taube et Sofiane Dahmani

 

Italie : les divisions à droite menacent-elles Giorgia Meloni ? L’édito de Michel Taube et Sofiane Dahmani

L’Italie est en train de vivre un moment politique décisif. Et, comme souvent dans la péninsule, ce qui s’y passe aujourd’hui annonce peut-être ce qui attend demain toute l’Europe.

D’un côté, Giorgia Meloni reste solidement installée au pouvoir.

L’échec du référendum sur la réforme de la justice organisé en mars dernier a certes constitué un revers politique pour la cheffe du gouvernement italien. Le « Non » l’a emporté alors que la majorité soutenait la réforme, révélant une capacité de mobilisation de l’opposition et un certain malaise dans une partie de l’opinion publique. Mais ce scrutin ne remet pas immédiatement en cause la stabilité de l’exécutif. D’abord parce qu’il ne s’agissait pas d’élections législatives. Ensuite parce que la coalition de droite conserve une majorité solide au Parlement. Enfin parce que, malgré cet avertissement, Giorgia Meloni demeure aujourd’hui la personnalité politique la plus forte et la plus structurée du paysage italien.

Les prochaines grandes échéances électorales seront, elles, déterminantes : plusieurs élections régionales importantes sont attendues en 2026 et 2027, avant surtout les élections législatives prévues au printemps 2027, qui constitueront le véritable test national pour la coalition de droite au pouvoir.

Car depuis trois ans et demi, elle a réussi là où beaucoup échouent : durer. Gouverner. Imposer une forme de stabilité dans un pays longtemps marqué par l’instabilité chronique et les coalitions éphémères. Mais le pouvoir transforme toujours ceux qui l’exercent. Et Giorgia Meloni découvre à son tour la loi implacable des démocraties occidentales : quand une droite populiste devient institutionnelle, une autre droite surgit pour accuser la première d’avoir trahi.

Cette droite-là a désormais un visage : c’est Roberto Vannacci.

Ancien général, provocateur assumé, homme des formules choc et des polémiques permanentes, Vannacci a parfaitement compris le moment politique. Son départ de la Lega et la création de son propre mouvement, Futuro Nazionale, ne relèvent pas seulement d’une ambition personnelle. Ils traduisent une fracture profonde de la droite italienne.

Car une partie de l’électorat nationaliste considère désormais que Giorgia Meloni s’est normalisée. Trop européenne. Trop pro-Ukrainienne. Trop diplomatique. Trop soucieuse de rassurer Bruxelles, Washington et les marchés. En somme : trop gouvernementale.

Vannacci exploite ce vide. Son discours est brutal, identitaire, souverainiste sans nuance. Il parle à une Italie inquiète du déclassement économique, de l’immigration incontrôlée, de la crise énergétique et du sentiment diffus d’effacement culturel. On peut contester ses excès, ses outrances et certaines de ses déclarations, mais on ne peut pas nier sa capacité à capter une colère réelle.

Et c’est là le problème pour Giorgia Meloni : le danger ne vient plus de la gauche. Il vient de sa propre droite.

Le premier sacrifié pourrait être Matteo Salvini. L’ancien ministre de l’Intérieur, aujourd’hui à un poste plus serré pour ses larges épaules de ministre des Infrastructures et de la mobilité durable. Certes, il reste vice-président du Conseil des ministres. Mais depuis plusieurs années, Matteo Salvini recule. Lui qui incarnait la grande vague populiste italienne semble aujourd’hui dépassé. Giorgia Meloni lui a pris le leadership de la droite, et désormais Roberto Vannacci menace de lui prendre sa base la plus radicale. Entre une Première ministre devenue crédible à l’international et un tribun nationaliste plus agressif, Matteo Salvini apparaît coincé, sans espace politique clair. En interne, une partie importante de son propre parti ne souhaite d’ailleurs plus forcément qu’il reste à la tête de la Lega, ce qui fragilise encore davantage sa position. 

Mais attention : ceux qui pensent que cette fragmentation garantit automatiquement une défaite de la droite ou des droites aux prochaines échéances électorales se trompent peut-être lourdement. Car le centre gauche italien demeure dans un état de faiblesse structurelle. Certes, un nouveau visage émerge : Silvia Salis. Et nous y reviendrons la semaine prochaine.

Mais à c’est à droite que l’Italie vit aujourd’hui un véritable affrontement qui oppose désormais deux visions de cette droite qui parle au peuple mais que ses détracteurs appellent populisme : une qui accepte les contraintes du pouvoir et l’autre qui préfère la radicalité protestataire.

 

Michel Taube et Sofiane Dahmani, chargé de la rubrique Opinion Italia

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