
Opinion Internationale : Yves Denis, bonjour. Vous êtes le fondateur du magazine Dandy et des Swann Awards qui se tiennent pendant le Festival de Cannes le 20 mai prochain. Si l’on me demandait « qui êtes-vous ? », je répondrais : « Yves Denis est l’ambassadeur de l’élégance à la française ». Est-ce une bonne façon de présenter ?
C’est très aimable à vous. Je vous laisse ce propos, mais disons surtout que le fil rouge de Dandy depuis vingt-quatre ans et des Swann Awards depuis trois ans est effectivement la défense de l’élégance à la française. Une élégance aussi bien vestimentaire, puisque c’est à cela que l’on pense immédiatement lorsqu’on entend ce mot, que morale, du comportement et de l’attitude. Nous essayons de montrer que sans élégance morale, sans respect de soi et des autres, l’élégance vestimentaire n’est finalement rien.
Vous organisez donc le 20 mai les Swann Awards 2026 à l’hôtel Majestic Barrière. Pourquoi avoir choisi ce nom de « Swann Awards » ?
Parce que Swann, le personnage de La Recherche de Marcel Proust, incarne plus que quiconque cette élégance française. Une élégance qui englobe aussi bien la présentation que le respect de la langue, du discours, du vocabulaire, des comportements, et d’autrui.
Nous vivons aujourd’hui une période particulièrement difficile, et ce qui nous manque précisément, c’est cette élégance que nous sommes en train de perdre depuis vingt ou trente ans. Comme me le confiait récemment l’éditorialiste et écrivain Mathieu Bock-Côté dans une interview pour Dandy : « lorsqu’un homme se comporte aujourd’hui avec élégance, cela devient presque suspect. L’élégance est devenue une forme de dissidence. »
C’est vrai : dans un édito que nous ont inspiré les Swann Awards, nous écrivions que l’élégance est devenue un combat politique au vu de la laideur et du manque de respect qui gagnent le monde. Les Swann Awards récompensent donc bien davantage que l’apparence ?
Absolument. Nous récompensons des personnes élégantes aussi bien des femmes que des hommes, ayant incarné une élégance morale, une élégance du cœur durant l’année écoulée.
Après Paris et Florence, pourquoi avoir choisi Cannes pour cette troisième édition ?
Parce que nous souhaitions confirmer la vocation internationale des Swann Awards. Dandy est un magazine bilingue français-anglais et nous avons des abonnés dans de nombreux pays, jusque dans certaines régions d’Asie.
La France et l’Italie semblent se disputer la palme de l’élégance. Partagez-vous cette idée ?
Oui, même si j’ajouterais aussi l’Angleterre. Ces pays ont chacun à sa manière une longue histoire où des catégories sociales accordaient autant d’importance à l’être qu’au paraître. Et il faut d’ailleurs distinguer la mode de l’élégance. Les deux sont complémentaires mais ne recouvrent pas la même réalité. L’élégance touche à quelque chose de plus profond et de plus durable. Ce n’est pas un hasard si les grands maîtres tailleurs demeurent très présents en France, en Italie ou en Angleterre.
Pourquoi avoir appelé votre magazine Dandy ? Faut-il être un dandy pour être élégant ?
Le mot « dandy » est redevenu très tendance depuis quelques années. Pourtant, pendant longtemps, notamment à partir des années 1960, il avait acquis une connotation plutôt péjorative et désignait des hommes excessivement préoccupés par leur apparence. Historiquement, c’est tout l’inverse. Les grands dandys étaient des hommes d’une immense culture, d’une grande éducation et d’un raffinement intellectuel remarquable. Le dandysme naît au XVIIIe siècle avec Beau Brummell et Lord Byron avant de s’épanouir au XIXe siècle. Je relate cette grande histoire de l’élégance dans le livre « Swann Society : les grands élégants de Brummell à nos jours ».
Le dandysme revient aujourd’hui dans l’air du temps ?
Oui, très clairement. Depuis une dizaine d’années, une jeune génération redécouvre ces codes de l’élégance classique. Ces jeunes n’ont pas forcément reçu cet héritage culturel que transmettaient naturellement les générations précédentes. Autrefois, les pères emmenaient leurs fils chez le tailleur ou le bottier. Avec l’explosion du prêt-à-porter et l’influence du casualwear après-guerre, cette transmission s’est effondrée.
Vous dites souvent que l’élégance procure aussi une forme de bonheur ?
Bien sûr. L’élégance n’est pas simplement un style, c’est une manière d’être au monde. Elle se manifeste dans un regard, un geste, une attitude. Les élégants diffusent une forme de lumière autour d’eux. D’ailleurs, lorsqu’un homme élégant se promène aujourd’hui dans Paris, il n’est pas rare que des inconnus l’arrêtent simplement pour lui dire combien cela fait plaisir à voir.
Je partage cette idée : loin de moi de me considérer comme élégant, mais une de ses formes, c’est la courtoisie et notamment le respect des femmes (qui explique chez moi le port de la cravate et des chaussettes orange) qui apportent ce même bonheur qui est une façon d’être au monde. Au fond c’est si agréable d’être courtois. Une femme élégante, un homme élégant doivent se sentir heureux.
Vous évoquez aussi l’élégance comme une forme d’armure…
Oui. Je pense notamment à Ardavan Amir-Aslani, un avocat parisien franco-iranien que nous avons interviewé dans Dandy. Il m’expliquait que lorsqu’il doit affronter une plaidoirie particulièrement difficile, il soigne encore davantage sa tenue. Selon lui, l’élégance est une armure face à un monde devenu plus brutal.
Les lecteurs d’Opinion Internationale connaissent bien Ardavan Amir-Aslani que j’ai toujours trouvé d’une élégance recherchée. Pourquoi ne faut-il pas manquer la soirée des Swann Awards à Cannes le 20 mai ?
Parce que cette soirée célèbre précisément cette élégance devenue si rare. Nous y honorerons des acteurs du monde du cinéma bien entendu, mais aussi des auteurs, des personnalités du monde de la presse, de l’industrie et de l’art de vivre. Et puis il y aura surtout une assemblée d’hommes et de femmes sensibles à cet art de vivre et à cette légèreté qui manquent aujourd’hui terriblement à nos sociétés.
Quand sort le prochain numéro de Dandy Magazine ?
L’édition numérique est déjà disponible et la version papier paraîtra à la fin du mois. Mais d’ores et déjà je donne rendez-vous le 20 mai à vos lecteurs pour les Swann Awards 2026.
Propos recueillis par Michel Taube




















