
Et de trois !
Après une éclipse de plus de 90 ans, le club bruxellois de la Royale Union Saint-Gilles a engrangé en cette journée d’Ascension, un troisième trophée…en trois ans. Coupe de Belgique, déjà, en 2024, championnat, l’an dernier et Coupe de nouveau jeudi, en battant, en finale, après prolongations, Anderlecht, 3-1 !
Les 20 000 supporters unionistes présents au stade du roi Baudouin, dans le nord de la capitale européenne, hier, semblent s’être habitués à ce « triptyque ascensionnel ».
Dans un stade dont le nom a été rebaptisé en 1993, pour faire oublier le drame du Heysel en 1985, saturé de feux d’artifice et autres fumigènes lancés par les supporteurs du Sporting Anderlecht, les joueurs à la tunique jaune et bleu, ont bravé les frimas des seins de glace, dignes d’un jour de match automnal, quand le jour laisse la place à la nuit, au coup de sifflet d’entame.
A trois journées du verdict du championnat, les hommes de David Hubert sont toujours en course pour le sacre final, devancés de seulement un point par le rival du jour, le Club Bruges, permettant de rompre cet étonnant alignement trilogique.
Mais ce qui est à considérer de ce club mythique belge reste sa récente résurrection.
Fondé en 1897, au cœur de l‘un des quartiers les plus populaires à l’époque de la capitale belge, ancienne commune populaire, bastion socialiste, le club constitue un repère moral du football belge. On pourrait aussi sourire de l’anomalie géographique – royale et environnementale aussi – qui oblige les professionnels de l’USG, à pratiquer leur art footballistique, au stade Joseph Marien, à Forest, tout en s’entraînant à Lierre, non loin du rival, Anvers, en pleine Flandre !
Affilié à l’Union Belge de football sous le matricule 10, le club tient une place particulière dans le cœur des habitants de ces deux quartiers du centre bruxellois, aujourd’hui boboïsés ou en passe de l’être.
En effet, sept ans après sa création, en 1924, le club remportait déjà son premier titre de champion de Belgique, amorçant un parcours digne des plus grandes légendes du football européen.
La passe de 60 victoires…
Au-delà des trois titres d’affilée – 1932/1933, 1933/1934 et 1934/1935 – c’est la série de soixante rencontres sans défaites, sous la direction du célèbre capitaine, Jules Pappaert, qui va marquer tous les esprits. Rares en Europe, sont les clubs qui peuvent se targuer d’avoir remporter onze titres nationaux, en trois décennies – 3 X 10 – encore cette bénédiction du trois !
Mais certains lendemains déchantent.
Succédera à cette suprématie, incontestée pendant trente ans, une descente aux enfers que les moins de cinq ans n’ont pas connue. La traversée du purgatoire fut douloureuse et longue. Privé de titre pendant quatre-vingt-dix ans, l’Union va connaître les affres des divisions inférieures, jusqu’à la quatrième. Neuf décennies – 3 X 30 – de sevrage forcé. De quoi méditer et préparer des jours meilleurs. C’est certainement tout au long de cet enfer, pavé de trahisons et de nombreux abandons, que le cœur du club s’est forgé un sens de l’éthique et du devoir, aujourd’hui encore issu de ces moments difficiles. On ressent, dans les travées du stade art déco de Forest cette intime conviction de toujours dépasser ses limites, repousser aux frontières de l’indicible d’une inoubliable humiliation. Les victoires s’enchaînent alors dans l’allégresse, les défaites se partagent dans l’adversité des jours passés.
On comprend mieux pourquoi le retour dans l’élite a été fêté après le titre en division 1B, obtenu en 2020/2021, soit 48 ans d’oubli et de matches, tous plus durs les uns que les autres, sur des terrains hostiles, où les fondamentaux du football ne sont pas toujours inscrits au fronton des vestiaires des équipes affrontées. Mais, encore une fois, l’Union va faire taire ses nombreux adversaires, envieux du retour dans l’élite de ce club mythique, que l’on avait rangé dans les placards des stades de divisions inférieures pendant un demi-siècle. Le rachat du club, en 2018, par le britannique Tony Bloom, joueur de poker professionnel qui a fait fortune dans l’analyse de données, également propriétaire, depuis 2009, du club anglais de Brighton & Hove Albion, a profondément changé la donne et met fin à quarante-huit de disette de division 1.
De plus, il a fait rédiger une charte dont de nombreux clubs devraient s’inspirer. Celle-ci bannit l’insulte et le racisme, tout en prescrivant le respect et la bonne humeur. Aujourd’hui, les sièges du stade Joseph Marien accueillent les expats des délégations de la Commission européenne, des avocats, des chefs d’entreprise, des politiques, des mères de famille avec leur chérubins, fans des jeunes joueurs, lancés dans le grand bain professionnel par le nouvel entraîneur.
Il n’est pas rare d’entendre parler une dizaine de langues, parfois très exotiques selon la provenance. Implanté dans un parc classé réserve naturelle, faisant partie de la Dotation Royale – Léopold II craignant que ses trois filles – encore un petit clin d’œil au 3 originel ! – dilapident ses biens au profit de princes consorts étrangers, en a cédé la propriété à l’Etat belge.
Depuis le retour de l’USG au firmament du football belge, il fait bon, dans la bonne société bruxelloise, être vu dans les travées de l’USG.
Les légendes ne meurent jamais !
Lors de la résurrection de l’USG en première division, l’entraîneur Felipe Mazzu, élevé au rang de héros depuis, réussira à jouer les play-offs – système utilisé dans le championnat belge pour départager les meilleures équipes au classement, en fin de saison, sorte de sprint final de dix rencontres, opposant les six équipes en tête. Leader jusqu’à la dernière journée, l’Union allait s’incliner devant le Football Club de Bruges.
Mais l’an dernier, l’Union ne lâchera rien, s’imposant lors de ses dix matches des play-offs, allant même jusqu’à une ultime victoire, 1-0, sur le terrain de son adversaire du jour, le FC Bruges.
L’histoire se répète donc, ce dimanche, puisque les deux meilleures équipes des play-offs s’affronteront sur la pelouse de ce dernier, pour le sacre final de la saison 2025/2026. Avec un point d’avance sur l’Union, le FC Bruges joue sa saison sur ce match couperet, les deux dernières journées devraient être synonyme de victoires pour les deux clubs rivaux.
Cette renaissance nationale sera également associée à un retour dans les compétitions européennes : quart de finale de la Coupe Europa lors de la saison 2022/2023 et première participation à la Ligue des Champions en 2025/2026, soldée par d’honorables défaites contre le Bayern de Munich (2-0), l’Inter Milan (1-3), Newcastle (0-4), l’Atletico de Madrid (3.-1) ou encore Marseille (2-3). Mais aussi de remarquables victoires sur le PSV Eindhoven (1.3) et Galatasaray (0-1) !
Ici, c’est Saint-Gilles, s’époumonent les 9 500 supporteurs qui garnissent chaque jour de match les rangées du stade, digne d’un conte de fées, en relation directe avec l’histoire du club. Les victoires s’enchaînent pour ce centenaire aux jambes d’adolescent affamé de succès.
L’avènement de l’Union au sein d’un football belge malade d’un racisme affiché, de suspicion de matches truqués et d’une violence revendiquée – ou l’inverse ! – est apparu comme une bouffée d’oxygène au sein du public bruxellois. Un vent de légèreté sociétale, de sincérité sportive s’est mis à souffler de nouveaux sur les pelouses du royaume ! L’enceinte du parc Duden, petit stade art-déco à l’architecture élégante, construit en 1919, et agrandi en 1926, ne suffit néanmoins pas accueillir tous les nouveaux inconditionnels, affichant aux guichets des entrées, une longue liste d’attente…Femmes, en très grand nombre, et homme, tous habillés de la tête aux pieds en jaune et bleu, abonnés de la première heure, ne ratent jamais une rencontre, sinon, le lendemain, ils sont moqués sur le lieu de leur travail.
Qu’ils gagnent, qu’ils perdent – cela devient du reste de plus en plus rare – les supporteurs chantent, dansent et festoient une fois le coup de sifflet final tombé. Le refrain est toujours le même et galvanise jusqu’aux plus timorés : Bruxelles, ma ville, je t’aime, je porte ton emblème, les couleurs dans mon cœur et quand vient le week-end au Parc Duden, je chante pour mon club : vive l’Union !
Les recettes à la billetterie, ajoutées au soutien du milliardaire britannique, de l’ordre de 30 millions à chaque saison, jusqu’en 2023, ne suffisent pour autant pas à assurer l’ambition pérenne du club.
Là encore, l’USG va innover avec une politique de transfert particulièrement judicieuse…et rentable. En 2023, l’Union redevenait bénéficiaire, dégageant un bénéfice de 19 millions d’euros, avant de s’assurer d’une manne de 40 millions avec le titre. Tony Blomm se révélera être un magicien pour les transferts réalisés pendant son quinquennat. En vendant ses meilleurs joueurs à des formations allemandes, espagnoles ou encore belges, il remplira les caisses du club de Forest.
On ne sait pas encore si les trois buteurs de jeudi – Mac Alister, Fuseini et Rodriguez – figureront sur la liste des transferts à la fin de la saison, la semaine prochaine, mais une chose est certaine, la Royale Union Saint-Gilloise ne se lasse pas de faire battre les cœurs des milliers d’amoureux du beau football…
Eric Bazin
Correspondant Bruxelles / Belgique

















