

Jean-Philippe Dugoin-Clément, vous êtes maire de Mennecy dans le sud Essonne, un des plus beaux coins d’Ile-de-France, et vous êtes candidat à votre réélection. Les lecteurs d’Opinion Internationale vous connaissent déjà : en 2023, à mi-mandat, vous nous aviez reçus dans votre ville pour une grande interview et pour des rencontres avec des Menneçois.
Permettez-moi de commencer par deux questions tirées de cette première rencontre. La première : êtes-vous toujours un maire aussi « pop » qu’il y a trois ans ? Avez-vous agrandi votre collection de figurines Pop dans votre bureau ? Et le Mennecy Metal Fest fonctionne-t-il toujours aussi bien ?<
Jean-Philippe Dugoin-Clément : Je suis encore plus pop qu’il y a trois ans puisque la collection s’est effectivement agrandie. D’ailleurs, ces dernières semaines, deux figurines personnalisées m’ont été offertes par des habitants, à mon effigie en tant que maire, ce qui est plutôt sympathique.
Et le festival se porte toujours très bien, même si certains de mes adversaires d’extrême-droite font campagne en disant que cela coûte trop cher et qu’il faudrait le supprimer.
Mais nous continuerons à soutenir la culture, toutes les cultures, à Mennecy.
Lors de notre entretien en 2023, vous assumiez pleinement d’être un « maire bâtisseur ». Est-ce que votre prochain mandat, si vous êtes réélu, sera placé sous les mêmes auspices ?
Je considère qu’une commune qui n’avance pas est comme un vélo à l’arrêt : elle finit par tomber. Une ville qui cesse de vivre est une ville qui décline.
Lors de mes deux premiers mandats, nous avons été soumis à une forte pression de l’État en raison de la loi SRU, car nous n’avions pas le quota de logements sociaux requis. Nous avons rattrapé ce retard et assumé cet effort.
La question de l’aménagement de la ville restera toujours centrale, mais la pression pour produire du logement est aujourd’hui moins forte qu’auparavant. Pour le prochain mandat, je porte trois grands chantiers : la requalification complète du quartier de la Jeannotte avec un nouveau groupe scolaire, un auditorium, le CCAS et un parc urbain ; le développement d’une zone d’activités sur environ vingt hectares ; et la déviation de la commune. Oui, j’assume d’être un maire bâtisseur qui veut que sa ville se développe et reste attractive.
Vous avez publié un livre intitulé « L’habitat fait le citoyen » et vous venez d’être réélu président de Grand Paris Aménagement. Cette vision plus large de l’aménagement s’enrichit-elle de votre vécu de maire de Mennecy ?
On peut distinguer les fonctions, mais on n’est pas schizophrène. Les valeurs et les convictions que l’on porte s’expriment à tous les niveaux.
Ce que je défends à la région ou au Grand Paris Aménagement, je le porte également dans ma commune et dans mon intercommunalité. La question du logement est la problématique majeure en Île-de-France. Elle impacte directement le pouvoir d’achat des Franciliens et concerne plus d’un million de personnes.
Les discours sur les « maires bétonneurs » sont souvent des discours de rejet. Derrière cette expression, il y a parfois l’idée que ceux qui arrivent dans une ville dérangent. C’est une manière de déplacer le débat et je trouve cela très préoccupant.
En 2023, Mennecy avait été relativement épargnée lors des émeutes urbaines. Trois ans après, considérez-vous que les enjeux de sécurité sont correctement pris en compte par les maires ?
Cela dépend des maires et des orientations politiques, même si les maires sont généralement pragmatiques. Sur des sujets comme la vidéoprotection, on constate que même dans certaines communes très à gauche, les positions évoluent.
À Mennecy, nous avons fait un choix clair. Alors que la population a augmenté de plus de 20 % en quinze ans, les faits de délinquance ont diminué de près de 30 %. Ce n’est pas un hasard. Nous avons développé une police municipale très structurée, avec l’un des plus forts ratios d’effectifs par habitant en France.
Nous disposons de plus de 200 caméras pour seize mille habitants, d’une brigade équestre, d’une brigade motorisée, de trois équipes cynophiles, d’un réseau de voisins vigilants et d’une réserve communale de sécurité civile. La sécurité n’est pas une question de droite ou de gauche. Elle concerne tout le monde et touche encore plus durement les plus fragiles.
Craignez-vous une faible participation aux municipales et que diriez-vous à un électeur de Mennecy qui hésiterait à aller voter le 15 mars ?
On votera probablement davantage qu’en 2020, année du confinement et de la crise Covid.
Je dirais simplement que deux élections ont un impact direct sur la vie quotidienne : la présidentielle et la municipale. Dans une municipale, les choix ont des conséquences immédiates pour chacun.
À Mennecy, il s’agit par exemple de savoir si l’on veut continuer à soutenir la culture ou la réduire, maintenir les dispositifs de sécurité ou les supprimer, reconstruire un groupe scolaire dans un quartier populaire ou renoncer à cet investissement. Sans oublier que nous sommes une ville « animal friendly ». Ce sont des décisions très concrètes qui concernent directement la vie des habitants.
Les municipales sont-elles uniquement un enjeu local ou aussi une forme de répétition générale avant la présidentielle ?
Certains voudront en tirer des enseignements nationaux, mais les municipales restent avant tout des élections locales. Je suis très sceptique sur la « nationalisation » des élections locales.
Dans les communes, les équipes sont souvent pluri-partisanes et travaillent ensemble malgré des sensibilités différentes. C’est quelque chose qui fonctionne encore au niveau local et qu’il faut préserver.
Vous êtes également porte-parole de l’UDI. Les résultats des municipales auront-ils une influence sur la présidentielle ?
La seule municipale qui aura un impact direct est probablement celle du Havre, parce que le maire sortant, Édouard Philippe, est un candidat sérieux pour la présidentielle.
Mais globalement, les résultats municipaux ne détermineront pas la physionomie de l’élection présidentielle.
Propos recueillis par Michel Taube




















