
Christophe Rogi, merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale. Vous êtes maire de Semilly, en Haute-Marne. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Christophe Rogi : Volontiers. J’ai 60 ans, je suis agent immobilier et j’achève actuellement mon troisième mandat de maire. A priori, je vais repartir pour un quatrième.
Présentez-nous votre belle commune.
Semilly est un petit village rural de Haute-Marne, qui compte une centaine d’habitants. Nos ressources proviennent essentiellement de la forêt. Comme beaucoup d’autres communes, nous dépendons aussi des dotations de l’État et du département, qui sont malheureusement en baisse. Nous essayons donc de faire des économies plutôt que de dépenser plus que nous ne le pouvons.
Quel est le budget annuel d’une commune comme la vôtre ?
Le budget total tourne autour de 300 000 €, en additionnant fonctionnement et investissement.
Vous êtes la seule liste candidate à cette élection municipale. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
Avec une seule voix, nous serons élus. Cela signifie donc qu’il n’y aura qu’un seul tour. Ensuite, dans les petites communes, les habitants avaient l’habitude de rayer des noms, d’en ajouter, souvent en fonction des affinités personnelles plus que de considérations politiques. Cela n’est plus possible aujourd’hui.
Il a aussi fallu constituer une liste avec la parité obligatoire. À mon sens, l’important n’est pas d’avoir du cinquante-cinquante par principe, mais de trouver des personnes réellement motivées et impliquées dans la vie municipale et rurale.
Ces nouvelles règles ont modifié concrètement la manière de constituer une équipe municipale dans les petites communes.
Vous allez donc briguer un quatrième mandat. Avez-vous hésité à vous représenter ?
J’ai surtout voulu m’assurer que mes adjoints repartaient avec moi. Dans les communes rurales, le maire est sollicité en permanence. Quand on a deux adjoints compétents, on se sent épaulé et on peut déléguer certaines missions.
Par exemple, mon deuxième adjoint s’occupe de la forêt. Il a plus de compétences que moi sur ce sujet. Si personne n’était reparti avec moi, cela aurait été beaucoup plus compliqué. Il aurait fallu reconstruire une équipe et vérifier les motivations de chacun.
Combien y aura-t-il de conseillers municipaux à Semilly ?
Avant, nous étions onze. Désormais, nous repassons à sept. Là aussi, la loi a évolué. Il existe maintenant une fourchette avec un minimum de cinq et un maximum de neuf. Si neuf conseillers sont élus, seuls sept siègent immédiatement, les autres étant en attente en cas de démission ou de décès.
À quoi ressemble la vie d’un maire d’une commune de cent habitants ? Est-ce un travail à plein temps ?
Heureusement que ce n’est pas un travail à plein temps, sinon je ne gagnerais pas grand-chose. Mais c’est une fonction d’omniprésence. Le téléphone reste allumé jour et nuit. En cas d’accident sur la commune, on peut m’appeler au milieu de la nuit. Les pompiers me préviennent lorsqu’il y a une intervention.
En parallèle, j’ai deux grosses demi-journées par semaine consacrées à la mairie, avec la secrétaire, les permanences éventuelles pour les administrés, et tous les dossiers à traiter. Dans une petite commune, le maire occupe en quelque sorte le rôle de tous les chefs de service d’une grande ville, à plus petite échelle.
Vous touchez une indemnité de maire. À combien s’élève-t-elle ?
Elle est d’environ 850 € par mois. Nous avons aussi reçu récemment un courrier du Premier ministre indiquant qu’une prime annuelle de 500 € serait versée pour la gestion de l’état civil. Mais, très honnêtement, parmi les maires ruraux que je connais, personne n’a pris cette fonction pour l’indemnité.

L’une des difficultés majeures, pour un maire rural, semble être la relation avec les financeurs publics. Vous évoquiez notamment un dossier de subvention refusé très tardivement.
Oui, et en l’occurrence il ne s’agit pas de l’État mais de la région. Nous avons un problème sur le toit du clocher de l’église Saint-Martin. Les tasseaux sont abîmés, il faut intervenir. Ce ne sont pas des travaux de luxe, ce sont des travaux nécessaires.
L’église étant classée, nous avons déjà perdu près d’un an à cause des contraintes administratives et des échanges avec les Bâtiments de France. Ensuite, il faut monter les dossiers de subventions, avec parfois plusieurs versions papier et numériques selon les organismes, puis attendre les commissions.
Nous avions déposé ce dossier il y a presque un an. Début janvier, on nous a dit que nous pouvions engager les travaux sans problème et que les taux de subvention seraient précisés ensuite. Et fin février, je reçois un courrier m’annonçant que la commission du 25 novembre a refusé notre dossier. Dans ces conditions, il est très difficile de bâtir un plan de financement sérieux.
Craignez-vous une baisse de la participation électorale à une élection jouée d’avance ?
Oui, un peu. Nous avons 93 inscrits. Jusqu’à présent, les taux de participation étaient assez élevés, entre 70 et 80 %. Cette fois, si nous atteignons 50 %, ce sera déjà pas mal.
Beaucoup de gens me disent que cela ne sert à rien d’aller voter puisqu’il n’y a qu’une seule liste. J’essaie de leur expliquer que voter reste un devoir civique, même dans ce contexte. Mais je constate malgré tout un certain désintérêt.
Quel message adressez-vous à vos administrés pour les six années à venir ?
Je leur ai dit très simplement qu’il fallait être réaliste. Nous n’avons pas des budgets extraordinaires, et ils ne vont pas augmenter. L’idée est donc de ne pas augmenter les impôts et de mener des travaux à échelle raisonnable, tout en continuant à bien vivre dans un village propre et agréable.
C’est sans doute l’essentiel que l’on puisse offrir à nos concitoyens. En bon père de famille, on ne dépense pas l’argent qu’on n’a pas.
Un dernier mot ?
J’espère simplement que le scrutin municipal apportera un peu d’apaisement au niveau national. J’ai parfois le sentiment que les partis sont à côté de la politique réelle, celle que vivent les gens sur le terrain.
Comme tous les maires, vous jouerez aussi un rôle important dans la prochaine présidentielle, puisque les candidats doivent réunir 500 parrainages. Comptez-vous exercer pleinement cette responsabilité ?
Oui, parce que je considère que c’est aussi un devoir. D’ailleurs, certains partis m’ont déjà demandé depuis longtemps si je serais prêt à leur accorder mon parrainage. Je leur ai répondu que cela me paraissait un peu prématuré, un an avant les municipales, alors qu’on ne savait même pas encore si le maire sortant serait réélu.
Je prendrai le temps de la réflexion. Et puis, en général, les candidats ou leurs représentants viennent présenter leur démarche et leur programme. J’attends donc d’avoir davantage de recul avant de me prononcer.
Propos recueillis par Michel Taube




















