Edito
10H04 - lundi 23 février 2026

Céline Gstalder : « Le SIA’PRO est le rendez-vous des professionnels du monde agricole qui veulent regarder loin ».

 

Céline Gstalder : « Le SIA’PRO est le rendez-vous des professionnels du monde agricole qui veulent regarder loin ».

Bonjour Céline Gstalder. Vous êtes la directrice du SIA’PRO qui, depuis deux ans tient en plein Salon International de l’Agriculture. Pendant trois jours, du 23 au 25 février, dans le pavillon 5.2 de la Porte de Versailles, c’est un peu le salon B to B du Salon de l’agriculture, davantage tourné vers le grand public. Quelle part occupent les professionnels parmi les nombreux participants du SIA ?

Céline Gstalder : le Salon international de l’agriculture, que tout le monde connaît, accueille environ 600 000 visiteurs chaque année à la Porte de Versailles. Parmi eux, près de 10 % sont des professionnels du monde agricole qui venaient jusqu’ici surtout pour se retrouver, rencontrer les responsables politiques ou participer aux concours agricoles. Mais il manquait un espace pour échanger et partager les réponses concrètes aux enjeux de gestion quotidienne de leurs exploitations et de développement de leur activité.

En 2024, nous avons donc lancé une première édition du SIA’PRO sous forme de conférences au sein du salon. Depuis 2025, nous sommes devenus un véritable salon co-localisé, organisé sur trois jours, du 23 au 25 février, exclusivement réservé aux professionnels agricoles et non accessible au grand public.

 

Comment se porte aujourd’hui le monde agricole du point de vue des professionnels ?

Le monde agricole est extrêmement diversifié. Un viticulteur ne fait pas face aux mêmes enjeux qu’un éleveur ou qu’un exploitant en grandes cultures. Néanmoins, tous sont confrontés à des défis majeurs.

Il y a d’abord des enjeux de rentabilité dans un contexte économique et international tendu. Les agriculteurs doivent se réinventer pour mieux vivre de leur travail. Ils font aussi face à des enjeux environnementaux liés au changement climatique et à la préservation des sols.

Le SIA’PRO a précisément vocation à apporter des solutions concrètes : gagner en autonomie, optimiser la rentabilité, financer son activité, se diversifier. Nous ne mettons pas en avant le machinisme agricole déjà très présent dans d’autres salons, mais plutôt des réponses opérationnelles pour le quotidien des exploitants, notamment via l’innovation et les nouvelles technologies.

 

Vous portez également l’Observatoire des tendances de l’innovation agricole. De quoi s’agit-il exactement ?

L’idée est venue naturellement. Le SIA’PRO propose déjà des exposants, des conférences et des temps d’échange entre agriculteurs. Cette année, nous avons voulu aller plus loin en créant un document de référence : l’Observatoire des tendances de l’innovation agricole.

Nous avons mobilisé de nombreux experts, issus des pouvoirs publics, des entreprises et du monde agricole, afin d’identifier douze tendances majeures susceptibles d’apporter des clés concrètes aux exploitants.

Ces tendances portent notamment sur la diversification agricole. Par exemple, certaines exploitations se tournent vers des cultures comme le bambou, la pistache ou la grenade, rendues possibles par l’évolution climatique. L’enjeu est de savoir si ces pratiques resteront des niches ou si elles pourraient se généraliser demain.

 

Les 12 tendances de l’innovation agricole :

• Les diversifications para-agricoles témoignent de la créativité de la profession

• L’investissement dans les machines agricoles entre dans l’âge de raison

• Les sources de financement se multiplient… et questionnent

• Dans le raisin tout est bien : la vigne à l’ère de la valorisation des coproduits.

• Bambou, pistache, grenade… Ces nouvelles cultures qui sortent des sentiers battus

• L’agriculture biologique à l’épreuve de la « Troisième Voie »

• L’intérêt autour de la fertilité biologique des sols monte en puissance

• La clôture virtuelle veut s’adapter au marché français

• L’IA promet de se mettre au service du bien-être des animaux et de leurs éleveurs

• Circuit court : vers de nouvelles connexions entre producteurs et consommateurs

• L’autoconsommation collective progresse sur les territoires

• Après les « médiateurs urbains », des « médiateurs rurbains » dans les campagnes

 

Ces tendances sont-elles de simples bonnes pratiques (et sont-elles généralisables ?) ou traduisent-elles une évolution structurelle du monde agricole ?

Elles sont un peu les deux. Si nous les avons retenues, c’est précisément parce qu’elles existent déjà sur le terrain et qu’elles fonctionnent. Ce sont des pratiques éprouvées, de véritables pistes de diversification et de rentabilité. Leur potentiel de développement est réel.

 

Le SIA’PRO et cet Observatoire ne représentent-ils pas une forme de troisième voie entre contestation du monde agricole et conservatisme ?

C’est exactement notre positionnement. Nous voulons être des apporteurs d’échanges et de solutions. Certaines sont très innovantes, notamment autour de l’intelligence artificielle, mais d’autres reposent sur des approches plus traditionnelles et humaines.

Nous abordons par exemple les circuits courts ou des solutions immédiatement applicables sur les exploitations. L’objectif est d’allier modernité et pragmatisme, avec des outils concrets que les agriculteurs peuvent mettre en œuvre dès maintenant.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels agricoles ?

Aujourd’hui, les agricultrices et les agriculteurs font face à de nombreux défis. Nous les invitons à venir passer au moins une journée sur le SIA’PRO. Ils en repartiront forcément avec des idées, des contacts et de nouvelles perspectives.  Le SIA’PRO offre un format convivial pensé pour favoriser les échanges entre professionnels.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication